• Comment un certain désir s'y prend-il pour impliquer des puissances tierces dans ses entreprises ? C'est le problème de ce qu'on appellera en toute généralité le patronat, conçu comme un rapport social d'enrôlement.
    Marx a presque tout dit des structures sociales de la forme capitaliste du patronat et de l'enrôlement salarial. Moins de la diversité des régimes d'affects qui pouvaient s'y couler. Car le capital a fait du chemin depuis les affects tristes de la coercition brute. Et le voilà maintenant qui voudrait des salariés contents, c'est-à-dire qui désireraient conformément à son désir à lui. Pour mieux convertir en travail la force de travail il s'en prend donc désormais aux désirs et aux affects.
    L'enrôlement des puissances salariales entre dans un nouveau régime et le capitalisme expérimente un nouvel art de faire marcher les salariés. Compléter le structuralisme marxien des rapports par une anthropologie spinoziste de la puissance et des passions offre alors l'occasion de reprendre à nouveaux frais les notions d'aliénation, d'exploitation et de domination que le capitalisme voudrait dissoudre dans les consentements du salariat joyeux.

    Et peut-être de prendre une autre perspective sur la possibilité de son dépassement.

  • La philosophie théorique de Spinoza est une des tentatives les plus radicales pour constituer une ontologie pure : une seule substance absolument infinie, avec tous les attributs, les êtres n'étant que des manières d'être de cette substance. Mais pourquoi une telle ontologie s'appelle-t-elle Éthique ? Quel rapport y a-t-il entre la grande proposition spéculative et les propositions pratiques qui ont fait le scandale du spinozisme ? L'éthique est la science pratique des manières d'être. C'est une éthologie, non pas une morale. L'opposition de l'éthique avec la morale, le lien des propositions éthiques avec la proposition ontologique, sont l'objet de ce livre qui présente, de ce point de vue, un dictionnaire des principales notions de Spinoza. D'où vient la place très particulière de Spinoza, la façon dont il concerne immédiatement le non-philosophe autant que le philosophe ?

    « Il suffit d'entrer dans ces pages vives, nerveuses, lumineuses, pour se retrouver, comme à chaque fois avec Deleuze, emporté par un tourbillon d'intelligence. Les dernières lignes évoquent, à propos de Spinoza, un vent-rafale, un vent de sorcière. Il se pourrait que Deleuze parle de lui-même.
    L'unité de ce volume multiple repose sur l'affirmation que les registres de la vie et de la pensée spinozistes ne se séparent pas.
    Vivre en philosophe, polir des lentilles pour microscope, user de la méthode géométrique, c'est finalement une seule et même activité. Elle vise à augmenter la puissance d'agir, donc la joie. Au lieu d'être seulement théoricien, architecte de système, grand maître du rationalisme, Spinoza apparaît ainsi, indissociablement, comme un penseur pratique, engagé dans une transformation permanente de soi et du monde. » (Roger-Pol Droit, Le Monde) Cet ouvrage est paru en 1981.

  • En une cinquantaine d'esquisses, qui ont la valeur de motifs aisément mémorisables, Jean François Billeter éclaire le moment historique actuel, la crise que nous traversons et le moyen pour tenter d'en sortir : la critique ne suffit plus, il faut des idées neuves, en particulier une façon juste de se représenter l'être humain et ses besoins. Ces esquisses forment un essai philosophique (car c'est de l'homme en tant que sujet qu'il s'agit) et politique. Elles s'inscrivent dans le prolongement des travaux précédents de l'auteur, mais constituent une proposition nouvelle, présentée avec la limpidité, la sobriété et la clarté dont Billeter est coutumier. Comme Un paradigme, c'est un outil de compréhension de soi et du monde, un livre à conserver, en toutes circonstances.

    Éminent sinologue, Jean François Billeter a dirigé jusqu'en 1999 le département de langue et littérature chinoises de l'université de Genève. Il a notamment publié aux éditions Allia Leçons sur Tchouang-tseu, Études sur Tchouang-tseu, Contre François Jullien, Un paradigme, Lichtenberg et Trois essais sur la traduction. En 2013, il a reçu le prix culturel de la Fondation Leenaards, aux côtés de Jean-Luc Godard et de l'organiste et clavecinsite Lionel Rogg.

  • Pourparlers

    Gilles Deleuze

    Pourquoi réunir des textes d'entretiens qui s'étendent presque sur vingt ans ? Il arrive que des pourparlers durent si longtemps qu'on ne sait plus s'ils font encore partie de la guerre ou déjà de la paix. Il est vrai que la philosophie ne se sépare pas d'une colère contre l'époque, mais aussi d'une sérénité qu'elle nous assure. La philosophie cependant n'est pas une Puissance. Les religions, les États, le capitalisme, la science, le droit, l'opinion, la télévision sont des puissances, mais pas la philosophie. La philosophie peut avoir de grandes batailles intérieures (idéalisme - réalisme, etc.), mais ce sont des batailles pour rire. N'étant pas une puissance, la philosophie ne peut pas engager de bataille avec les puissances, elle mène en revanche une guerre sans bataille, une guérilla contre elles. Et elle ne peut pas parler avec elles, elle n'a rien à leur dire, rien à communiquer, et mène seulement des pourparlers. Comme les puissances ne se contentent pas d'être extérieures, mais aussi passent en chacun de nous, c'est chacun de nous qui se trouve sans cesse en pourparlers et en guérilla avec lui-même, grâce à la philosophie. (G. D.) Ce recueil est paru en 1990.

  • Non pas lire, mais dévorer les livres, en faire son souffle et son sang. Aimer, être à la hauteur de l'amour. Être grisé par la musique de Bach qui a « un goût d'éternité ». Contempler la beauté d'un tilleul, d'un ciel bleu, d'un paysage de Caspar David Friedrich. Avoir vécu avec Breton, Aragon, Bataille, Barthes, Bernard Noël, mais aussi avec tant d'écrivains et philosophes morts et pourtant si vivants. Avoir connu, grâce à eux et à sa compagne, Lola, sa « part d'infini ».

    Jérôme Peignot a 94 ans. Ma part d'infini est le roman de sa vraie vie. Car il s'agit, dans ce dernier livre, de l'espérance d'une mort heureuse.

    Né en 1926, Jérôme Peignot a publié en 1976 les Écrits de sa tante Colette, la « Laure » de George Bataille. Il est surtout connu pour être un grand spécialiste de la typographie - il est d'ailleurs le premier « typoète » - et pour avoir fondé la notion de musique acousmatique. Il est également romancier, poète, auteur de romans pour la jeunesse et pamphlétaire. Il a été un pilier du « Masque et la Plume », avant de produire « Les Chemins de la connaissance » et « Les nuits magnétiques ».

  • Le philosophe Robert Misrahi l'affirme : "Le bonheur, chacun de nous y a droit." Et le spécialiste de Spinoza d'y ensemencer la vocation véritable de l'entrepreneur, ainsi exhorté à épanouir son autonomie, sa créativité, et ses désirs propres mais aussi, par la grâce du principe de réciprocité sacralisant autrui, à faire grandir ceux de toutes les parties prenantes. Ainsi l'individu trouve sens à son existence et l'entreprise, promue conscience et identité, peut aspirer à devenir "sujet" et terreau d'un "bonheur commun". Le philosophe accomplit là sa mission : bousculer, éclairer, et élever au-delà des lourdes et prosaïques lois qui s'imposent à la réalité entrepreneuriale.

    Robert Misrahi est un philosophe français né en 1926. Spécialiste de Spinoza, il consacre son travail à la liberté et au bonheur. Professeur émérite de philosophie éthique à l'Université Panthéon-Sorbonne, il a publié de nombreux ouvrages sur Spinoza et consacré l'essentiel de son travail à la question du bonheur.

  • Que faire des idéaux que sont l'internationalisme, le dépérissement de l'Etat et l'horizontalité radicale ? Les penser. Non pas sur le mode de la psalmodie mais selon leurs conditions de possibilité. Ou d'impossibilité ? C'est plutôt la thèse que ce livre défend, mais sous une modalité décisive : voir l'impossible sans désarmer de désirer l'impossible. C'est-à-dire, non pas renoncer, comme le commande le conservatisme empressé, mais faire obstinément du chemin. En sachant qu'on n'en verra pas le bout.
    Les hommes s'assemblent sous l'effet de forces passionnelles collectives dont Spinoza donne le principe le plus général : l'imperium - « ce droit que définit la puissance de la multitude ». Cet ouvrage entreprend de déplier méthodiquement le sens et les conséquences de cet énoncé. Pour établir que la servitude passionnelle, qui est notre condition, nous voue à la fragmentation du monde en ensembles finis distincts, à la verticalité d'où ils tirent le principe de leur consistance, et à la capture du pouvoir. Il ne s'en suit nullement que l'émancipation ait à s'effacer de notre paysage mental - au contraire ! Mais elle doit y retrouver son juste statut : celui d'une idée régulatrice, dont l'horizon est le communisme de la raison.

  • Spinoza est peut-être le plus grand philosophe de l´Occident, mais il est si difficile à lire que très peu arrivent à le comprendre.
    Voici son Éthique rendue enfin accessible à tous dans une version simplifiée et modernisée enrichie de précieuses explications et de nombreux exemples.
    Reformulant l´Éthique dans le sens des sagesses non-duelles, Bruno Giuliani met en lumière l´intuition la plus révolutionnaire de l´oeuvre, souvent incomprise de ses lecteurs, à savoir que le véritable sens de Dieu - c´est-à-dire la nature - est en réalité la Vie.
    Accompagnant le lecteur tout au long de l´ascension spirituelle qui va de la souffrance de l´ignorant à la liberté du sage, il montre comment se libérer des illusions de la morale et s´éveiller à la grâce de l´amour par la seule compréhension de la vérité.
    L´Éthique apparaît alors clairement pour ce qu´elle est : une extraordinaire pédagogie du bonheur dont la méthode est la thérapie de l´affectivité par l´éveil de notre intuition.
    Plus nous comprenons nos affects comme des expressions nécessaires de la Vie, plus nos passions se transforment en vertus et plus nous devenons libres, aimants et heureux, jusqu´à la plus haute béatitude.
    Une invitation magistrale à éveiller notre coeur à l´unique source du bonheur - et au sens même de l´existence - : la culture de la joie.
    Bruno Giuliani est professeur agrégé et docteur en Philosophie de l´université de Nice Sophia Antipolis. Il est également maître en Biochimie, professeur de Biodanza et créateur de la Biosophie, un système d´éducation au bonheur qu´il définit comme une pédagogie de la sagesse par la culture de la joie.

  • Mettez du Spinoza dans votre vie

    Spinoza n'a jamais eu d'autre ambition que prendre le lecteur par la main pour le guider vers la Béatitude, c'est-à-dire vers le plein épanouissement de soi... Sa théorie philosophique est un outil, formidablement efficace, pour changer notre manière de penser, d'agir et de ressentir.

    Comment comprendre ses émotions ? Comment trouver sa liberté en assumant ses contraintes ? Comment transformer la tristesse en joie, la dépendance en affirmation de soi ? Comment trouver du sens dans le déroulement de nos vies ?

    Les réponses de Spinoza à ces questions nous permettent de mieux interpréter les aléas de nos existences pour pouvoir y faire face. Mode d'emploi direct et accessible, ce livre nous propose d'appliquer concrètement l'enseignement du philosophe : notre quotidien en sera transformé.

  • 'Sur son lit de souffrances, quelques semaines avant de mourir, maman m'avait mis en garde :
    "Qu'est-ce que c'est bête, un homme.
    - Je ne comprends pas.
    - C'est bête, égoïste et pas fiable. Antoine, promets-moi de ne jamais te comporter comme un homme." Je me souviens que j'avais hoché la tête. Encore une promesse que je n'ai pas tenue. Je suis toujours resté à l'affût. Même quand j'étais heureux en ménage, ce qui fut souvent le cas, je continuais à rechercher le très grand amour, celui qui, selon Spinoza, constitue un "accroissement de nous-même".
    C'est exactement la sensation que j'éprouvais en observant la jeune fille aux cheveux d'or. Je m'accroissais. Je m'élevais aussi.'

  • Pourquoi le mal, la misère et la mort ? Faut-il accuser Dieu de tous nos maux ? Quand un pasteur et exégète renommé actualise le plus grand des cris bibliques.
    L'épisode de Job se lamentant sur son tas de fumier est célèbre. Mais si de nombreux théologiens ont lu ce texte, rares sont ceux qui ont osé affronter les questions qu'il pose.
    Alain Houziaux met les pieds dans le plat : pourquoi Job voit-il Dieu comme l'auteur du mal ? Quel sens donner au très énigmatique discours par lequel Dieu lui répond ? Et pourquoi Dieu fait-il l'éloge de créatures monstrueuses qui incarnent le tohu-bohu à l'oeuvre dans le monde ?
    C'est à une lecture neuve et originale du célèbre texte biblique que nous sommes invités. On découvre ainsi que le Dieu du livre de Job n'est en rien celui du judaïsme classique ; plutôt un Dieu incompréhensible et déroutant qui ignore le bien et le mal. Un Dieu que Spinoza, Nietzsche et Simone Weil pourraient reconnaître.
    Un Dieu finalement réjouissant, fortifiant et convaincant. Un Dieu pour aujourd'hui.


  • Que peuvent bien avoir en commun Lucky Luke, Bridget Jones, Tyrion Lannister et Mary Poppins, avec Emmanuel Kant, Jean-Jacques Rousseau, Jean-Paul Sartre, et Friedrich Nietzsche ?

    A priori... rien. Et pourtant, tous ces héros à la personnalité attachante et au charisme inimitable agissent - consciemment ou non - avec philosophie lorsqu'ils affrontent l'adversité, défendent leurs valeurs avec dignité et font leurs choix avec témérité.
    (Re)découvrez la pensée des plus grands philosophes à travers une quarantaine de personnages qui ont bercé votre enfance, vous ont tenus éveillés des nuits entières, ont séché vos larmes, et vous font rêver d'un monde meilleur...

  • Les définitions courantes de la philosophie ne s'appliquent pas à Spinoza : penseur solitaire, scandaleux et haï, qui conçoit la philosophie comme une entreprise de libération et de démystification radicales, n'ayant d'équivalent que chez Lucrèce ou, plus tard, chez Nietzsche. Le spinozisme pose aujourd'hui les problèmes les plus actuels, concernant le rôle comparé de l'ontologie (théorie de la substance), de l'épistémologie (théorie de l'idée), de l'anthropologie politique (théorie des modes, des passions et des actions). L'objet de ce livre est de déterminer le rapport de ces trois dimensions : l'affirmation spéculative ou l'univocité de l'Être dans la théorie de la substance ; la production du vrai ou la genèse du sens dans la théorie de l'idée ; la joie pratique ou l'élimination des passions tristes, l'organisation sélective des passions dans la théorie des modes.
    Ces trois dimensions s'ordonnent suivant un concept systématique, celui d'expression (la substance s'exprime dans les attributs, les attributs s'expriment dans les modes, les idées sont expressives). Et sans doute le concept d'expression a une longue histoire avant Spinoza, pendant tout le Moyen Âge et la Renaissance. Il a aussi avec Leibniz un développement très différent de celui que lui donne Spinoza. La seule chose commune entre Leibniz et Spinoza, c'est pourtant qu'ils fondent la première grande réaction anti-cartésienne sur cette notion théorique et pratique. Mais la manière dont Spinoza la comprend, lui donnant une structure nouvelle, est peut-être au coeur de sa pensée et de son style, et forme un des secrets de l'Éthique : livre double, composé d'une part par l'enchaînement continu des propositions, démonstrations et corollaires, d'autre part par la chaîne violente et discontinue des scolies - livre deux fois expressif.

    Cet ouvrage est paru en 1968.

  • Correspondance

    Baruch Spinoza

    Voici Spinoza tel qu'en lui-mme : il plaisante, travaille, s'inquite, s'enthousiasme, parfois mme se fche. Des amis proches ou des lecteurs lointains lui crivent des questions, auxquelles il rpond comme il peut. Ses rponses ne sont pas celles d'un matre dispensant son enseignement, mais celles d'un homme construisant sa pense dans la pense des autres, avec leurs mots. On ne trouvera donc pas ici le philosophe en gloire, mais le philosophe en diffi cult, embarrass son bureau, mordant sa plume. Et c'est lorsqu'il est parfaitement pris au pige que Spinoza crit ses pages les plus inspires. Pour la premire fois, sa correspondance est reconstitue l'aide de tous les documents disponibles et dans l'ordre chronologique : on y trouvera notamment les indications expdies en urgence par Spinoza au moment d'diter son manuscrit des Principes. Le dossier de cette dition propose en outre quatre textes devenus introuvables : le brouillon envoy Oldenburg, les notes de Blyenbergh sur l'change oral qu'il eut avec Spinoza, les lettres de Huygens propos du Juif de Voorburgh , et la Profession de foi de son proche ami Jarig Jelles.

  • Avec une grande clarté, Giuseppe Rensi expose les concepts et théories qui ont émaillé l'oeuvre de Spinoza. Pour cela, il n'adopte pas la distance du chercheur ou de l'exégète mais se glisse dans la peau du penseur pour en communiquer le point de vue essentiel. Il pose après lui les grandes questions métaphysiques, toujours d'actualité : Qu'est-ce que l'être ? ; Quelle perception avons-nous de la réalité ? ; Est-ce que la nouveauté existe ? Rensi s'attache à nous rendre accessible la pensée du philosophe hollandais en démontrant la cohérence de ses différentes thèses, qu'elles soient métaphysiques, anthropologiques, morales ou politiques. La définition de l'Être comme substance éternelle est le point de départ d'une trajectoire dont les contradictions ne sont qu'apparentes. En tentant de les résoudre, Rensi nous propose une réflexion philosophique à part entière en livrant son interprétation personnelle des apports du penseur hollandais. Il va même jusqu'à impliquer directement le lecteur dans sa réflexion en ancrant la philosophie de Spinoza dans l'expérience. Le souci pédagogique de l'auteur, son recours à des images et des analogies, son enthousiasme même, dynamisent et rendent actuelle la pensée de Spinoza.

  • « Peut-on dire qu'une philosophie est vraie ? » [et la réponse négative de Canguilhem], « La réalité des philosophies » [et l'idéalisme radical de Gueroult], « Les deux systèmes de métaphysique » [et la place de Spinoza], « Comment je vois la Nature », « Les points cardinaux de ma philosophie », « Comment philosopher », « Faire son devoir » [ce qui compte est l'acte] sont parmi les chapitres principaux de cet ouvrage. Ceux-ci sont secondaires : « Bergson et Eucken », « Palmyre », « Kant contre Spinoza » [sur la place des définitions]. Marcel Conche est professeur émérite de philosophie à l'Université de Paris I, et membre associé de l'Académie d'Athènes.

  • L'orthodoxie économiste s'obstine à imposer le modèle d'un individu décideur rationnel, qui maximise ses revenus à force de calculs régis par le souci de son intérêt bien entendu. Opérant un changement d'échelle radical, L'économie contre elle-même soutient plutôt que le néolibéralisme se fonde aux niveaux infra- et trans-individuel, sur une interaction complexe entre rationnel et affectif. Brian Massumi insiste en effet sur la manière dont, en deçà du niveau individuel, les tendances et contre-tendances affectives d'un individu résonnent avec celles des autres pour amorcer et orienter l'action.

    Cette plongée vers l'infra-économie des affects entraîne une recomposition conceptuelle de toutes les dynamiques sociales : là se dessinent les mouvements des corps sensibles et se constitue la volonté, mais surtout, là se crée l'action de transformation sociale. Empruntant à Hume, Foucault, Deleuze, Spinoza et Luhmann, L'économie contre elle-même a l'ambition de déployer une nouvelle théorie de l'économie politique.

    Le public francophone n'a pas encore pris la mesure de la pensée de Brian Massumi, traducteur en anglais de Mille Plateaux, vulgarisateur aussi fidèle qu'inventif de la pensée deleuzo-guattarienne. De son travail de passeur, Brian Massumi a surtout tiré les ressources d'une réflexion originale, que L'économie contre elle-même nous permet enfin de découvrir aujourd'hui.

  • Ce volume rassemble les principales études consacrées par Étienne Balibar à la philosophie de Spinoza, dans son rapport intrinsèque à la politique. Partant de la thèse que Spinoza avait reprise de Tacite (la « crainte des masses »), il aboutit à une interprétation renouvelée des modes de communication et des genres de vie, que résume la triple explication du Nom divin : Dieu c'est la Loi, Dieu c'est l'Homme, Dieu c'est la Nature. Pour accomplir cette transition, il faut parcourir plusieurs espaces théoriques : la construction de la démocratie comme limite des régimes étatiques, où s'exprime la puissance de l'être en commun ; l'ontologie du transindividuel, qui affirme le primat de la relation sur l'être isolé ; enfin la constitution du sujet comme une conscience recherchant l'intelligence des affections de son propre corps. Cette enquête permet alors d'approfondir la conception de l'anthropologie philosophique que l'auteur défend dans le cadre du débat contemporain sur l'actualité du spinozisme.

  • Lorsque Descartes fait de la connaissance de l'esprit humain la principale tâche de la philosophie, il lui applique l'idée moderne de la science comme connaissance certaine et évidente. Durant les 150 ans qui suivront, aucun penseur ne reniera cette étincelle cartésienne. Dans son sillage mais aussi contre elle, ...

  • Athée de système, athée vertueux, Spinoza a disparu sous le spinozisme, lui-même réduit à une forme d'athéisme. L'auteur a voulu poser la question de cette résistance à l'Éthique et retrouver Spinoza sous le spinozisme. Il fallait pour cela être dans l'Éthique, dans un livre dont l'écriture more geometrico cache un déplacement inédit. Chez les adversaires de Spinoza, la résistance au texte montre que Spinoza institue un mode nouveau et inouï de positionnement du lecteur. À la lecture de l'Éthique, on comprendra ce que signifie pour le sujet, être effet de texte : le lecteur est construit par sa lecture, ce qui configure une théorie du sujet absolument nouvelle. Il fallait partir des réfutations de Spinoza pour mesurer, contre le prestige du cogito cartésien et de sa méthode, ce que peut être l'assujettissement du moi à un ordre dont il est l'effet et non le principe. Et ordre se prend en deux sens. Ordre de l'infini actuel auquel la puissance du sujet s'intègre, or en proférant une imputation de spinozisme, les adversaires de Spinoza ont privilégié une théorie de la substance sans travailler sur une théorie de la puissance. Ordre d'un livre jouant de la géométrie comme d'une rhétorique et qui procède par allers et retours. Se placer dans l'Éthique pour la lire, c'est assumer cette détermination du lecteur se constituant par ces déplacements réitérés. L'ordre de la lecture est infini et symbolise avec l'infini actuel dont il est l'effet.



  • Accessible, précis et complet, ce livre propose 100 citations extraites de l'oeuvre de Baruch Spinoza.

    Organisées par thèmes, elles abordent successivement la joie, Dieu, le désir, la liberté... Pour chacune vous trouverez :


  • Baruch Spinoza (1632-1677), philosophe, grammairien et penseur politique, cartésien immodéré selon Leibniz, a exposé la ""Méthode"" en lui donnant une forme géométrique rigoureuse, et douté de l'authenticité des livres de Moïse - ce qui lui a valu d'être excommunié de La Synagogue. On lui doit une théorie de la Substance radicale - Dieu est la seule substance, le seul être, le monde est l'ensemble des modes des deux seuls attributs divins que nous pouvons connaître: étendue et pensée - qui l'a fait passer pour panthéiste...

    Comment Spinoza, fils de marchand d'Amsterdam, est-il devenu philosophe? Comment a-t-il fait de la philosophie avec ceux qui le désiraient? Comment en a-t-il fait contre ceux qui l'en empêchaient? Et surtout comment en a-t-il fait avec ceux qui n'en faisaient pas? Telles sont les questions que l'on a voulu traiter ici, comme pour entrouvrir son oeuvre.

  • Ce livre entreprend de replacer Freud dans l'épistémé classique en montrant qu'au moment de penser la nature du lien, Freud en est venu à épouser la position adoptée sur ce point par Newton : tous deux prennent appui sur la même figure logique d'une origine d'où procède le lien.
    Tout au contraire, avec l'entrée en scène de la relativité générale d'Einstein, un nouvel espace de pensée s'est ouvert, et c'est dans cette brèche que Lacan a pu mettre en place un père qui soit autre chose que le lointain reflet d'un père originaire. Le lien se pense désormais sans souci d'une origine.

  • La philosophie consiste à donner un autre nom à ce qui a été longtemps cristallisé sous le nom de Dieu » : quel sort réserver à cet énoncé de Merleau-Ponty ?Ces Leçons, qui se focalisent sur quelques désignations emblématiques de l'absolu dans la philosophie moderne, ...

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