• Dignité, justice sociale, partage du travail, égalité, rapport renouvelé à l'art, à l'éducation, à la culture et au quotidien... C'est tout cela, la Commune de Paris, une expérience révolutionnaire à bien des égards inouïe : pour la première fois, des ouvriers, des ouvrières, des artisans, des employés, des instituteurs et institutrices, des écrivains et des artistes s'emparent du pouvoir. Comme l'écrit Rimbaud qu'elle enthousiasme tant, la Commune entend vraiment " changer la vie " par des " inventions d'inconnu ". Ses protagonistes sont des femmes et des hommes ordinaires qui créent de l'extraordinaire, non seulement en l'imaginant mais en le mettant en pratique.
    C'est de leur expérience si actuelle que part ce livre, sous une forme originale : il est composé de lettres adressées à ces femmes et ces hommes comme s'ils et elles étaient encore en vie et comme si on pouvait leur parler. Ces lettres rendent la Commune vivante et présente, par un entrelacement des temps. L'ouvrage s'appuie sur un vaste travail d'archives et de nombreux documents, le plus souvent inédits : correspondances, débats, projets, procès... Il offre aussi au regard plus de cent photographies qui s'égrènent tout au long de ses pages, images d'époque et images d'aujourd'hui, comme un télescopage entre passé et présent.
    L'événement reste de par le monde une source d'inspiration, car il permet de réfléchir à l'émancipation, aux solidarités et aux communs. Il nous concerne toutes et tous, de manière plus brûlante que jamais, et demeure évocateur par les espoirs et les projets qu'il porte. Tant il est vrai que " la Commune n'est pas morte ".

  • L'histoire de la publication des
    Mémoires de Louise Michel est étonnante : elle débute en 1886, chez l'éditeur Roy, sous le titre - maintes fois réédité - de
    Mémoires de Louise Michel écrits par elle-même. Tome I. Aucun autre tome n'a suivi. Et si, par la suite, sont venus s'accoler d'autres écrits de la célèbre anarchiste, les soixante-dix feuilletons qui constituent le véritable second tome, parus dans la presse de 1890, avaient " disparu ", peut-être victimes collatérales d'une entreprise de récupération de l'autobiographie de Louise Michel juste après sa mort. Aussi l'édition de ce second tome, inédit en librairie, constitue-t-elle un événement.
    Couvrant les années 1886-1890 (période qui s'ouvre après la mort de Marianne Michel, la mère, et de Victor Hugo, l'idole, pour se refermer en août 1890, à son départ pour Londres), ce gisement incroyablement riche révèle une écrivaine viscéralement engagée dans l'écriture, vivant ensemble le rapport à l'histoire, à la mémoire, au présent de sa lutte et à l'écriture.
    L'édition critique de ces
    Mémoires, accompagnée d'un dossier documentaire, est établie par Claude Rétat, directrice de recherche au CNRS.

  • Utopie

    Thomas Bouchet

    • Anamosa
    • 21 January 2021

    Alors que le mot " utopie " est au mieux paré des vertus du doux rêve, au pire rangé pour certains non loin des totalitarismes, l'historien Thomas Bouchet s'en empare, dans un voyage au sein de la littérature et de la théorie politique, afin de le recharger.
    " Les six lettres d'utopie nous sont assez familières. Pourtant, il est difficile de déterminer quelle place le mot tient dans nos vies. Il paraît à la fois proche et lointain. Il est déroutant en lui-même car si en grec " topos " signifie " lieu ", le " u " initial peut être l'équivalent d'un " ou " et l'utopie serait alors le non-lieu (le lieu de nulle part), ou bien l'équivalent d'un " eu " et l'utopie serait alors le bon lieu (le lieu du bonheur). Il déroute aussi parce qu'il est environné d'une petite nébuleuse de mots dérivés, de qualificatifs, d'expressions apparentées. Utopie, mais aussi utopiste ou utopique. Utopie, pure utopie, belle utopie, folle utopie. Ceci est une utopie, cela n'est pas une utopie ou n'est qu'une utopie. Il y a aussi anti-utopie ou contre-utopie (mais quel lien entre ces deux-là ?), qui peuvent aussi accompagner utopie, ou s'y confronter, ou s'y substituer. Accommodée à toutes les sauces, l'utopie a été parée dans l'histoire de couleurs diverses voire inconciliables. Cela reste le cas aujourd'hui - on peut s'en convaincre en faisant le test auprès de proches ou de passants. Orange sur le mur de la Croix-Rousse, mais aussi rose ou rouge ou brune ou noire, verte comme l'écologie, jaune comme l'opposition populaire au président Macron et à son gouvernement. Ou arc-en-ciel. Certains la voient transparente, d'autres opaque. Ici claire, sombre là.Elle peut être désirée ou bien dénigrée, prisée ou bien méprisée. Elle peut s'employer avec le U majuscule de l'admiration ou de la peur, ou avec un u minuscule motivé par la confiance, l'attendrissement, la moquerie. Elle donne lieu à toutes sortes de parallèles, rapprochements, télescopages, mises à distance : avec idéologie (Karl Mannheim, Paul Ricoeur), rêve, mythe, réalité, fiction et aussi science-fiction, et même totalitarisme. Car utopie est aussi - et peut-être même surtout - ce qu'en font celles et ceux qui s'en saisissent. Ce mot-caméléon prend les teintes de ce qui l'entoure. " Vive l'utopie " pour les un·es, " à bas l'utopie " pour les autres : le mot est davantage polémique que descriptif et l'effet de brouillage n'en est que plus marqué. En bref : utopie est un mot vif et vivant, un mot qui ne tient pas en place et qui pour cette raison même nous est précieux. " Thomas Bouchet

  • Disons les choses d'emblée : la condition anarchique ici n'a rien à voir avec l'anarchisme qui intéresse la théorie politique. Lue étymologiquement, comme absence de fondement, an-arkhé, elle est le concept central d'une axiologie générale et critique. Générale parce qu'elle prend au sérieux qu'on parle de " valeur " à propos de choses aussi différentes que l'économie, la morale, l'esthétique, ou toutes les formes de grandeur, et qu'elle en cherche le principe commun. Critique parce qu'elle établit l'absence de valeur des valeurs, et pose alors la question de savoir comment tient une société qui ne tient à rien.
    Aux deux questions, une même réponse : les affects collectifs. Ce sont les affects qui font la valeur dans tous les ordres de valeur. Ce sont les affects qui soutiennent la valeur là où il n'y a aucun ancrage. Dans la condition anarchique, la société n'a que ses propres passions pour s'aider à méconnaître qu'elle ne vit jamais que suspendue à elle-même.
    Frédéric Lordon est chercheur en philosophie au CNRS. Sous le programme d'un " structuralisme des passions ", il s'intéresse aux usages de la philosophie de Spinoza en sciences sociales. Il a publié, entre autres, Capitalisme, désir et servitude (La Fabrique, 2010), Imperium (La Fabrique, 2015) et Les Affects de la politique (Seuil, 2016).

  • Connu pour ses sympathies anarchistes, Octave Mirbeau est un écrivain engagé. Il a combattu l'antisémitisme, le nationalisme, le colonialisme, toutes les formes de domination qui asservissent l'individu. Sujets d'indignation qui intéressent notre temps et nous incitent à redécouvrir cette oeuvre.Avec Le Jardin des supplices, il invente une forme romanesque qui rompt avec les conventions de la cohérence narrative et de la vraisemblance. Ce texte offre un assemblage de morceaux disparates dans lequel la stylisation du réel en dévoile, par-delà les apparences, les aspects grotesques ou monstrueux. Mirbeau y adopte, après l'avoir longtemps cherché, le mode satirique qui va désormais faire de ses romans l'expression de son engagement passionné dans les luttes de son époque.Le Jardin des supplices et Le Journal d'une femme de chambre sont autant d'allégories qui, en pleine affaire Dreyfus, renvoient à la France antidreyfusarde sa propre image hallucinée sous un jour crépusculaire. Quelques années plus tard, La 628-E8, parodie d'un récit de voyage en automobile à travers l'Europe du Nord, est l'occasion de violentes charges contre le colonialisme belge, le militarisme, le nationalisme barrésien, la germanophobie. En 1913 enfin, Dingo, pseudo-récit de formation où un chien refait paradoxalement l'éducation de son maître, offre un tableau féroce de la France radicale.Ces quatre romans montrent combien Octave Mirbeau mérite d'être considéré comme le rénovateur du roman satirique dans la tradition de Ménippe, le philosophe cynique. Sans oublier, comme nous le rappelle son contemporain Émile Zola, qu'il fut aussi ce " justicier " compatissant, qui avait " donné son coeur aux misérables ".

  • Après Stirner, Proudhon et Bakounine, Pierre Kropotkine poursuit le grand rêve libertaire : ce prince russe devenu géographe de renom se fait le généalogiste d'une morale anarchiste qui dénonce les fausses morales imposées depuis des lustres par « le prêtre, le juge, le gouvernant ».
    Avec La Morale anarchiste (1889), livre virulent et raisonné, il montre que seul l'instinct d'entraide est le dépositaire des valeurs humaines à construire.

  • En quête d'une nouvelle provocation, Céline cherche par tous les moyens à attiser la haine. Il croise Paul Morand, qui lui tient des propos antisémites. "Voilà enfin mon sujet !" s'écrie Céline. Il fait part au chef de presse de la Gestapo de son projet de livre. Celui-ci le conseille sur la manière de servir la propagande antisémite. "Un bon nazi ne cherche pas de références, il les invente."

    Kaminski emploie l'arme la plus redoutable de l'écrivain : la satire. En hissant Céline en personnage de fiction, cruel, imbu de lui-même, sombre et délirant, il met à jour les techniques de falsification propres à la propagande nazie. Réaction à chaud et virulente, cette dénonciation avait valeur d'avertissement. Hélas, à la lumière de ce qui a suivi, elle fut prémonitoire.

    Juif allemand né en 1899, H.-E. Kaminski s'engage en 1917 dans la Luftwaffe. En 1922, il soutient sa thèse en sciences économiques puis publie en 1925 un ouvrage sur le fascisme italien. Il quitte rapidement Berlin pour Paris en 1933. Un voyage en Espagne en 1936 aboutit à Ceux de Barcelone (rééd. Allia 1986, 2003), suivi en 1938 par Bakounine, la vie d'un révolutionnaire et Céline en chemise brune. Après l'invasion allemande, il gagne Lisbonne puis l'Argentine, où il meurt vers 1960.

  • Rédigée en 1917 et publiée en 1921, au tout début du mouvement Dada, L'Apologie de la paresse possède un charme mélancolique singulier, un ton qui ne ressemble à aucun autre. De fragments en fulgurances, ce pamphlet poétique aurait toute sa place dans l'Antologie de l'humoir noir. Face à la société marchande, l'auteur invite à l'insoumission, à la nonchalance, à la joie et au rire dans une langue vive, libertaire et iconoclaste à souhait. Dans cette apologie où se mêlent lyrisme iconoclaste, érotisme noir et terminologie savante, Clément Pansaers tire une conclusion sans concession : la paresse est la condition souveraine de la raison humaine.

    Clément Pansaers (1885-1922) est un artiste belge, peintre, sculpteur, graveur et poète. Destiné aux ordres, il quitte le séminaire à 21 ans et s'engage comme bibliothécaire à la Bibliothèque royale. Inspiré par cet environnement, il commence à rédiger des poèmes dès 1916. Proche des cercles avant-gardistes de Belgique, il crée en 1917 la revue "Résurrection", profondément antimilitariste. Chef de file du mouvement Dada en Belgique à partir de 1919, il rejoint le groupe parisien en 1921.

  • L'anarchisme demeure un mouvement largement méconnu, pourtant riche de théories et d'expériences qui ont marqué, souvent dans l'ombre, les deux derniers siècles.
    Né en Europe lors de la révolution industrielle, il se forme en réaction à la condition prolétarienne et à l'autorité de l'État. Si l'anarchisme naît d'une négation radicale de tout ce qui diminue ou asservit l'homme, il est aussi porteur d'un projet fondé sur l'égalité, la liberté et l'autonomie. Les courants multiples qui nourrissent l'idée anarchiste se retrouvent ainsi unis dans des combats (contre les totalitarismes, le colonialisme, le capitalisme...) menés de concert avec des pratiques grosses de la société future (syndicalisme, écoles, fédéralisme, communes libres...).
    Éclipsé un temps par l'hégémonie marxiste, le projet libertaire renaît aujourd'hui, ouvrant de nouvelles perspectives d'émancipation empreintes d'expériences passées toujours vivantes.

  • Altermondialistes, zadistes, environnementalistes, anarcho-primitivistes... Anarchie et écologie semblent partager de nombreux points communs. Une même aspiration à un monde meilleur, plus proche de la nature, respectant les espèces vivantes et les paysages, fait de communautés solidaires et tolérantes. Une même détestation d'un monde dominé par l'argent, les guerres et la soif du pouvoir.
    Pourtant, les choses sont loin d'être aussi simples qu'il n'y paraît. Elles sont parfois même antagoniques si l'on considère, comme Philippe Pelletier en fait l'hypothèse dans cet ouvrage, que la finalité de l'injonction au « tous écologistes » n'est autre que de faire évoluer le système actuel vers un capitalisme vert, bien éloigné de l'idéal anarchiste...

  • Loin d'être un manifeste dogmatique, ce Petit éloge de l'anarchisme célèbre la faculté d'exercer son jugement moral et sa créativité en toute liberté.
    À partir d'exemples tirés de la vie quotidienne et de l'histoire, James C. Scott analyse les notions d'autonomie, de dignité, de justice et de résistance. S'en dégage un plaidoyer pour l'insubordination sous toutes ses formes et dans toutes les circonstances - au travail, dans la rue, à l'université et dans les maisons de retraite.
    Manuel d'exercices de l'esprit pour voir et agir dans le monde comme un anarchiste, ce livre s'adresse avant tout à ceux qui ne se considèrent pas comme tel. À sa lecture, ils apprendront sans doute qu'ils partagent plusieurs des valeurs défendues par ces « dangereux extrémistes de gauche ». Les libertaires, quant à eux, y redécouvriront l'origine de certaines de leurs convictions.

  • Qu'est-ce que l'anarchie et que veulent les anarchistes ? Un humaniste curieux et désireux de comprendre interroge son fils, un militant anarchiste qui s'est penché sur le sujet.

    Au fil de leur dialogue, les deux hommes remontent aux racines des notions d'anarchie et de démocratie. Ils évoquent certaines figures de l'anarchisme et les différents courants de ce mouvement révolutionnaire, tout en illustrant leurs propos d'exemples tirés du monde d'aujourd'hui. Ensemble, ils analysent la critique anarchiste des grands systèmes de domination - l'État, la religion, le patriarcat, le capitalisme et le racisme - et offrent ainsi une initiation vivante et originale à l'anarchie.

  • Né en Algérie en 1894 et mort en banlieue parisienne en 1953, l'anarchiste kabyle Mohamed Saïl fut toute sa vie un infatigable militant antimilitariste, anticolonialiste et anticapitaliste. Insoumis et déserteur pendant la Première Guerre mondiale, il s'engagea sans hésiter dans la colonne Durruti lors de la guerre d'Espagne pour combattre les fascistes et participer à la révolution. Harcelé par la police, arrêté et emprisonné plusieurs fois, il n'a jamais pour autant cessé de contribuer à divers journaux nord-africains et français et d'en assurer la diffusion, d'organiser des comités de lutte et de participer à nombre de meetings et manifestations.

    Cette anthologie regroupe une trentaine de ses textes écrits entre 1924 et 1951, qui ciblent spécialement l'oppression coloniale française en Algérie ainsi que le racisme meurtrier et souvent hypocrite de l'administration républicaine, tout en appelant ses camarades algériens et français à se méfier des fausses solutions et à rejoindre les rangs des anarchistes. La colère de Mohamed Saïl résonne particulièrement avec celle des soulèvements populaires d'aujourd'hui.

  • "Le Voleur" de Georges Darien est un des romans que nous sommes les plus fiers de publier. C'est un des romans qui nous font aimer ce métier. C'est le premier volume de la Comédie Inhumaine, remarqué par Jarry, redécouvert par André breton, JeanJacques Pauvert et Louis Malle, c'est le chef d'oeuvre de Darien. Le roman raconte l'histoire d'un jeune homme ruiné par la malfaisance de son oncle, et qui décide de pourvoir à ses besoins et de se venger de la société en devenant voleur. Au passage, il rencontre des personnages fascinants dans le monde interlope de la pègre, et celui, bien naïf, des anarchistes : l'abbé voleur La Margelle, l'anarchiste évadé du bagne Cannonier... Un roman anarchiste (?), libertaire, noir, cynique, pessimiste, porté par l'incroyable énergie de l'écrivain qui inspira Céline.

  • Apparue à Berlin-Ouest vers 1980 et popularisée lors de la «bataille de Seattle» en 1999, la tactique du black bloc connaît un renouveau. Des black blocs ont manifesté lors du Sommet du G20 à Toronto, du Printemps arabe, du mouvement Occupy et des Indignés, lors des récentes grèves étudiantes au Québec et contre la vie chère au Brésil, dans les «cortèges de tête» en France et contre les néonazis aux États-Unis.

    Cagoulés, vêtus de noir et s'attaquant aux symboles du capitalisme et de l'État, les black blocs sont souvent présentés comme des «casseurs» apolitiques et irrationnels, voire de dangereux «terroristes».

    Publié une première fois en 2003 et depuis mis à jour et traduit en anglais et en portugais, ce livre est reconnu comme la référence pour qui veut comprendre l'origine du phénomène, sa dynamique et ses objectifs. Alliant observations de terrain, entretiens et réflexion éthique et politique, l'auteur inscrit les black blocs dans la tradition anarchiste de l'action directe.

  • "Pourquoi sommes-nous anarchistes ?" est la profession de foi d'Elisée Reclus. Ce que nous aimons bien avec les anarchistes, c'est que contrairement aux politiques classiques, ou aux extrémistes haineux, les anarchistes lancent des cris qui viennent du coeur. Si vous en doutez, téléchargez, lisez ce texte, pensez-y, et contactez-nous ?

  • Emma Goldman tenait Voltairine de Cleyre (1866-1912) pour « la femme anarchiste la plus douée et la plus brillante que l'Amérique ait jamais produit », et ce jugement avancé il y a près d'un siècle n'a toujours pas été infirmé.

    Pionnière du féminisme américain, poétesse, musicienne, celle qui se définissait comme une « anarchiste sans qualificatif » propose une réflexion originale qui touche à un très large éventail de sujets - notamment l'économie, la libre pensée, la philosophie, la religion, la criminologie, la littérature et l'action directe non violente.

    L'oeuvre d'envergure de cette militante passionnée expose les raisons de sa révolte, témoigne de son espérance d'un monde meilleur et demeure, aujourd'hui encore, d'une brûlante actualité.

    Cet ouvrage, réalisé sous la direction de Normand Baillargeon et de Chantal Santerre, réunit 16 essais majeurs qui couvrent l'ensemble de son parcours ainsi que 14 poèmes.

  • Aphorismes bohême

    Ayerdhal

    La Bohême et l'Ivraie, premier roman, d'Ayerdhal n'est pas seulement un très grand space-opera et une réflexion sur la place de l'individu et le rôle de l'art dans la société, il jette aussi la base d'une pensée critique politique qui fait l'éloge de la liberté par le contre-pouvoir et les contre-cultures. Le mouvement politique de la Bohême est une stupéfiante anticipation des mouvements et idées politiques qui agitent aujourd'hui la pensée radicale.

    Extraits de l'ouverture des chapitres de La Bohême et l'Ivraie, rassemblés ici, les Aphorismes bohêmes composent un florilège d'une puissance et d'une actualité stupéfiante, une pensée politique vivante et toujours fertile pour penser l'humanité.

  • S'il y en a pour dénier à Bakounine son appartenance au socialisme libertaire, c'est qu'ils n'ont pas lu Dieu et l'Etat. Il ne s'agit pas en effet de simplement vomir les deux bêtes noires qui asservissent l'humanité, comme pontifie généralement le marxisme. Mais bien de proposer une vie autrement. Certes le concept de Dieu est incompatible avec celui de liberté. Certes, l'Etat, tel qu'il est figuré par le capitalisme, est irrécupérable. Mais, c'est la nature même de ces deux notions qui pose problème : il est dans l'essence même de l'Etat de produire de l'oppression, de l'élite, du chef, de la violence légitimée, de la justice justifiée, bref, du sang versé, encore et toujours, pour de bonnes raisons. Pour la Raison. Bakounine a en tête Robespierre et ses amis, sectateurs de l'Etre suprême avant tout... Bakounine propose de construire une société fédératrice. Où le prolétaire ne voit pas dans le paysan un traitre à la révolution. Bien avant les tragédies totalitaires, il anticipe les dangers de la technocratie rouge, celle qui se donne bonne conscience, encore aujourd'hui. Et ce, grâce à Marx, Sartre et les autres...
    A mettre en toutes les mains, de ceux qui veulent du changement, maintenant.

  • Pascal Lebrun offre au public francophone la première synthèse présentant l'économie participaliste. Il expose ses fondements philosophiques, théoriques et idéologiques ainsi que son fonctionnement.

  • « La vulnérabilité appelle la vulnérabilité. La mort est en embuscade. L'aide sociale inadéquate et l'apathie médiatique renforcent cette hyperfragilité. Les femmes autochtones sont surreprésentées dans cette cohorte livide et silencieuse. Fétus de paille, brindilles, flocons de neige, éphémères, invisibles. »

    Depuis 1980, près de 1 200 Amérindiennes canadiennes ont été assassinées ou ont disparu dans une indifférence quasi totale. Proportionnellement, ce chiffre officiel et scandaleux équivaut à 55 000 femmes françaises ou 7 000 Québécoises.

    Dans ce récit bouleversant écrit au terme d'une longue enquête, Emmanuelle Walter donne chair aux statistiques et raconte l'histoire de deux adolescentes, Maisy Odjick et Shannon Alexander. Originaires de l'ouest du Québec, elles sont portées disparues depuis septembre 2008. De témoignages en portraits, de coupures de presse en documents officiels, la journaliste découvre effarée ces vies fauchées. Soeurs volées apporte la preuve que le Canada est bel et bien le théâtre d'un féminicide.

    Avec des textes de Widia Larivière, Laurie Odjick, Connie Greyeyes et Helen Knott.

  • Dans "L'anarchie" d'Elisée Reclus, pas de drapeau rouge à la Kropotkine ou à la Bakounine. Reclus est un anarchiste idéaliste et intelligent. C'est avec calme et brio qu'en seulement dix-huit pages Reclus démonte les mécanismes de préservation du pouvoir, mis en place par des fratries cooptées, aux liens incestueux et criminels, et qui nous ont donné la majorité de nos belles institutions et de notre morale. Reclus n'est pas un excité, c'est un homme qui a beaucoup vu, beaucoup vécu. Le pouvoir ne l'intéresse pas. Reclus ne supporte pas l'injustice, la tyrannie, le pouvoir central, il adore la liberté. En cela, c'est un anarchiste libertaire, son message est atemporel.

  • Élisée Reclus, Albert Camus, l'Algérie : deux personnages, une contrée, une convergence finalement évidente.
    Malgré le demi-siècle qui les sépare, malgré les différences de métier, de contexte ou de caractère, Reclus et Camus partagent de nombreux points communs : honnêteté intellectuelle, exigence éthique, convictions libertaires et passion pour l'Algérie.
    Véritable fil noir et rouge, qui passe d'abord par un attachement familial, ce pays traduit en effet leur sentiment d'être des « indigènes de l'univers ».
    Leur dénonciation du colonialisme, exempte de nationalisme, fut mal comprise. Leur alternative autogestionnaire et fédéraliste aurait permis des issues moins douloureuses.

  • Ce texte de Karl Marx, extrait des Manuscrits de 1844 que le philosophe et économiste allemand écrivit à l'âge de 26 ans, nous fournit des clés pour comprendre comment la course au « toujours plus d'argent » aliène nos sociétés et nos consciences. »

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