• Ces nouvelles présentent des personnages aux instants de leur vie où tout se joue, quand on ne se résout plus à être ce que l'on était, quand on prend le risque, peut-être fatal, d'un pas de côté.Autant d'expériences fortes dont on ne revient pas, ou plutôt si, mais au sens de l'expression commune : "Je n'en reviens pas", un étonnement, parfois une sidération qui marquent une seconde naissance, une vraie entrée dans le monde quand on n'était, avant, qu'en sa périphérie.Robert Alexis : «Ces nouvelles touchent du bout du doigt le prisme de mon être. J'aime tous ces textes, je les ai aimés, rêvés, écrits, je ne veux pour eux qu'un héritage digne : celui qui les efface tout en les complétant. Il n'est aucun auteur sans suivant.»

    Romancier et nouvelliste, Robert Alexis n'en finit pas de multiplier les figures d'une personnalité ambiguë, plurielle, autant de facettes qui empêchent de le catégoriser. Son oeuvre est l'exact reflet d'un renouvellement sans fin. La vie, a-t-il souvent dit, exige le mouvement permanent, le brassage de cartes et, pour les plus audacieux, l'exploration des coulisses. Il a choisi de n'écouter que vaguement ce qui se passait sur scène et de provoquerr des possibilités en pratiquant le scandale.

  • L'Éloge de l'oisiveté est une pépite dénichée dans l'oeuvre immense et protéiforme de Bertrand Russell. Dans la grande tradition des essayistes anglais (Swift, Stevenson), il manie le paradoxe pour s'attaquer aux fondements mêmes de la civilisation moderne. Derrière l'humour et l'apparente légèreté du propos se cache une réflexion de nature à la fois philosophique et politique qui s'exprime avec une ironie mordante : "Il existe deux sortes de travail : le premier consiste à déplacer une certaine dose de matière à la surface de la terre ; le second à dire à quelqu'un d'autre de le faire."

  • Logique du sens

    Gilles Deleuze

    À travers des séries de paradoxes antiques et modernes, ce livre cherche à déterminer le statut du sens et du non-sens, et d'abord leur lieu. Où se passe exactement ce qu'on appelle un « événement » ? La profondeur, la hauteur et la surface entrent dans des rapports complexes constitutifs de la vie. Les stoïciens furent un nouveau type de philosophes, Lewis Carroll fut un nouveau type d'écrivain, parce qu'ils partaient à la conquête des surfaces. Il se peut que cette conquête soit le plus grand effort de la vie psychique, dans la sexualité comme dans la pensée. Et que, dans le sens et dans le non-sens, « le plus profond, c'est la peau ».

    Logique du sens est paru en 1969.

  • Dans ce nouveau séminaire, Jean-Richard Freymann poursuit son exploration subversive de la clinique analytique, à partir de l'idée que les praxis avec l'inconscient renouvellent toutes les pratiques du colloque singulier.  À regarder de près dans la cure analytique, il montre que l'inconscient est bâti sur un tissu complexe de mécanismes : le refoulement, la sublimation, l'idéalisation, la forclusion, le déni, la conversion... Il développe l'hypothèse personnelle que « chaque sujet est porteur de tous les mécanismes psychiques même s'il existe chez chaque être parlant un mécanisme prépondérant ». Les frontières entre les tableaux cliniques sont ainsi questionnées dans un retour à Freud pour interroger Freud avec Lacan mais aussi Lacan avec Freud.

    Témoignant de la vitalité de « l'école de Strasbourg », Jean Richard Freymann propose au lecteur un cheminement dans l'histoire de la psychanalyse, à la fois classique et moderne, pour découvrir une sorte de tresse de dynamiques psychiques qui traversent chaque être parlant.

  • Une démocratie sans autorité ?

    Alain Eraly

    • Eres
    • 5 September 2019

    De la famille à la politique, la crise de l'autorité touche à peu près tous les responsables dans toutes les institutions. La perte de légitimité du politique et la crise des Gilets jaunes offrent une illustration frappante des raisonnements développés dans cet ouvrage. L'enjeu n'est pas d'apprendre à vivre sans autorité, mais d'engendrer des formes d'autorité plus respectueuses des valeurs de notre temps.

    Pour l'essentiel, la crise de l'autorité est une bonne nouvelle, son érosion engage toute notre modernité et rien ne saurait justifier de faire machine arrière. Il reste que ce déclin affecte en profondeur nos formes de vie et nos institutions. Partout, le besoin d'autorité se fait sentir, mais une autorité au service de la démocratie, du débat public, des droits et des devoirs, de la justice et l'équité, de la transmission des valeurs fondamentales, de la défense du commun contre l'emprise des intérêts privés, de l'adaptation des modes de vie à l'urgence écologique. Tout retour en arrière est proscrit : l'autorité est donc à réinventer.

  • Parce que nous vivons dans une société où l'emprise de l'économie n'a jamais été aussi forte, tout chrétien est amené à se questionner sur la place que l'argent tient dans sa vie.Grâce à une analyse à la fois claire et subtile s'appuyant sur l'Évangile et le magistère de l'Église, très éloignée des manichéismes faciles, Pierre de Lauzun nous aide à comprendre la nature paradoxale de l'argent et les raisons de l'attrait qu'il peut exercer sur nous, tout en nous aidant à ajuster notre rapport à lui, à la lumière du Bien commun.Du choix de notre activité professionnelle à la meilleure façon d'investir, en passant par ce qu'il nous faut donner, cet ouvrage propose de nombreuses réflexions qui sont autant de balises concrètes sur le chemin du royaume de Dieu.

  • Lire l'entretien avec Gérard Neyrand (propos recueillis par Audrey Minart)

    Mort le couple ?
    Plutôt fragilisé, mais bien vivant. Certes, il n'est plus un passage social obligé, il se défait plus facilement, on se méfie de son côté fusionnel, mais on en attend tout. Il demeure ainsi le principal instrument de la réalisation de soi. L'ouvrage vient éclairer ce paradoxe et explore les multiples façons de faire couple.

  • « Le titre de ce livre pourrait faire croire que la psychanalyse tend à devenir une langue étrangère, à traduire donc. Pourquoi pas ? Car il est bien vrai qu'à chaque nouvelle génération, son savoir s'obnubile, refoulé qu'il se voit par la banalisation de ce qu'avaient de plus vif ses trouvailles les plus bouleversantes.

    Nestor Braunstein s'emploie justement à sortir la langue de la psychanalyse du confinement dans les cabinets de ceux qui la pratiquent. Il la confronte à celle qui se profère sur la place publique où confluent les savoirs et où se déchaînent les mises en question. Son discours en ressort renouvelé et ragaillardi.

    La question du sens occupe une place centrale dans la recherche ici déployée, qu'il s'agisse de celui à retrouver lors du passage de la langue des fondateurs, Freud et Lacan, à celle de leurs épigones, ou de celle des procès mis en jeu dans la compréhension des énoncés : ceux convoqués dans le transfert ou ceux qui sous-tendent la croyance en l'effectivité de la Science ou au Dieu de la religion, surtout quand on lui prête l'interdit de toute représentation.

    On le verra, cet essai, qui pourrait devenir un classique, travaille donc le même thème en six variations qui donnent l'impression de parvenir à l'épuiser, mais qui ne font que le reprendre pour en aiguiser les arêtes et le relancer jusqu'à rendre la psychanalyse elle-même aussi limpide qu'insubmersible. À traduire donc et retraduire sans trêve.»

    Jacques Nassif

  • Lire l'entretien avec l'auteur (propos recueillis par Audrey Minart)

    Aujourd'hui, chacun sait qu'il vit dans un monde « complexe » composé de multiples « systèmes ». Mais ces mots de « complexité » et de « systèmes » servent le plus souvent davantage à opacifier les débats qu'à les clarifier. La complexité se confond alors avec le compliqué, réservé aux experts, ou bien elle devient un concept simpliste, un écran de fumée qui nourrit des sentiments d'irresponsabilité et d'impuissance.

    « Penser complexe » est à la portée de tous. Au prix de la remise en question de quelques habitudes paresseuses...

    En laissant ici de côté les débats théoriques des chercheurs en complexité, François Balta met à la portée de tout un chacun des éléments qui lui permettront de repérer si, face à un problème précis, la complexité de la situation est réellement prise en compte.

    L'enjeu est d'importance : nous ne devons pas nous laisser dépouiller de la part de responsabilité, et donc de pouvoir, qui nous appartient dans cette co-construction du monde. Y renoncer, ce serait nous soumettre à des hommes dits providentiels, ou à des mécanismes anonymes, et dans tous les cas, participer à une déshumanisation du monde.

  • Dans leur métier, au quotidien, les soignants voient leurs responsabilités et leurs compétences très directement sollicitées. L'infirmière ou l'infirmier reçoit les patients et leurs proches en entretiens évaluatifs et thérapeutiques en se penchant tout autant sur les relations avec l'environnement que sur les seuls éléments pathologiques. L'entretien dialogué, ouvert sur le devenir individuel ou collectif, joue un rôle déterminant dans ces prises en charge et offre une alliance thérapeutique dans un projet soignant.

  • « Si nous parlons aujourd'hui, c'est parce que nous aimons notre pays, et que nous sommes préoccupés par sa situation », nous disent les évêques du Conseil permanent de la Conférence des évêques de France. Ils prennent la parole parce que les catholiques, citoyens à part entière au milieu de leurs contemporains, ne peuvent se désintéresser de ce qui touche à la vie en société, à la dignité et à l'avenir de l'homme. Ils s'adressent à tous les habitants de notre pays parce qu'il est fragilisé. Et que c'est ensemble que nous pourrons nous atteler à le refonder.

  • Inspiré par le travail du photographe Gregory Crewdson, Hugues Corriveau plonge à pieds joints au coeur de l'Amérique contemporaine, sondant ses paradoxes et ses idéaux. En résulte un ouvrage tout à fait singulier et autonome, qui éclaire la solitude implacable montrée dans les oeuvres de Crewdson et interprète à sa façon l'envers de l'American dream.

    Se révèlent au fil des pages une violence latente, l'étrangeté d'un événement improbable, de curieux rêves et d'inexplicables phénomènes. À travers une grande charge émotive doublée d'une rare finesse psychologique, ces textes traduisent une réelle fascination pour l'humanité dans toute sa diversité. Les personnages de ces nouvelles se rejoignent pour donner à voir, de l'intérieur, la fragilité comme la force de ceux et celles qui résistent à leurs peurs et acceptent leur singularité.

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