• Voici enfin le livre accessible et complet que l'on attendait sur la question animale. Clair et bien informé, écrit par un spécialiste de l'éthique, il évite les écueils tant de la propagande que des caricatures journalistiques pour proposer un état des lieux impartial et équilibré sur le problème du statut à accorder aux animaux. Non, tous les défenseurs de la cause animale ne préféreront pas sauver un chien plutôt qu'une personne handicapée. Oui, l'homme se rattache sans contestation possible au règne animal. Mais non, ce n'est pas parce qu'il partage 99 % de ses gènes avec le chimpanzé qu'on peut en déduire qu'il est un singe comme les autres. Et non, considérer qu'il se distingue des autres animaux n'est pas un blanc-seing pour qu'il les maltraite.Mettant au jour les véritables enjeux, parfois vertigineux, de ces questions qui hantent désormais notre actualité, cet ouvrage, tout en faisant montre d'un authentique humanisme, offre au lecteur un bien des plus rares : le moyen de se forger son propre jugement loin des excès manichéens.

  • A voté

    Laurent Le Gall

    • Anamosa
    • 30 March 2017

    En cette année d'élection présidentielle, les questions qui nourrissent les médias et tenaillent sans doute déjà nombre de citoyens sont sans aucun doute " Voter ou pas ? ", et " Pour qui voter ? " Il s'agit ici, dans une histoire vivante et enlevée, organisée en une dizaine d'" instantanés ", de s'interroger sur pourquoi et comment nous votons, pourquoi et comment les Français, à partir du XIX e siècle, ont appris à voter.
    Les pratiques électorales sont, à intervalle régulier, l'objet d'un commentaire si intense qu'il en fait oublier l'essentiel : d'où vient l'évidence des actes et des rites dont elles sont faites ? D'où vient l'habitude du bulletin, de l'isoloir et de l'urne ? En réalité, ces choses de la vie démocratique n'ont rien de secondaire. Laurent Le Gall montre, à partir de souvenirs personnels de suffrages (la première élection, celle des délégués de classe), d'affiches, de bulletins (le bulletin nul : qu'écrire ? Le sens de la transgression et l'économie graphique de l'espoir et du désespoir ; la modernité technique fait-elle la modernité démocratique ?) ou de campagnes électorales (1974 à travers le film de Depardon, 2002), les pratiques différenciées qui président à l'acte de vote et des sens que des acteurs différemment socialisés lui ont donnés depuis les années 1830, mais aussi toutes les luttes qu'il a fallu, dans les campagnes du XIXe siècle comme dans les villes du XXe siècle, pour apprendre à voter. Il fut un temps où les bulletins n'étaient pas imprimés, où le notable des lieux le remplissait pour le citoyen. Et dans les villages du pays, les affaires sont nombreuses qui voient les villageois s'emparer de l'urne de la communauté voisine et demander rançon, d'autre la brûlent en guise de résistance. Plus tard, les trucages, la multiplication des fraudes et des bourrages d'urne, dont bruissent longtemps les élections, la nécessité d'édifier un code électoral et de pacifier l'urne et le bulletin, dessinent une autre histoire électorale du pays. Mais les fraudes et les bagarres ne sont pas tout. Ce livre explique l'ascension d'un rite qui nous est devenu familier et des objets oubliés à force d'évidence sur lequel il prend appui. Dans le repli des débats idéologiques auxquels on ramène tout le plus souvent, il raconte, en somme, comment les Français ont appris à voter et pourquoi on le fait, derrière l'utopie du suffrage, restituant au bulletin ce qui en fait toute sa richesse : son évidence et son énigme.

  • Le présent ouvrage offre un portrait contrasté et critique de l'offre de services en santé mentale au Québec en s'appuyant sur les données d'une recherche ethnographique portant sur l'expérience des personnes qui utilisent ces services. Afin de découvrir la manière dont l'identité du patient se transforme à travers le parcours de soins, l'auteure de ce livre a développé un cadre conceptuel (liant les théories « goffmanienne » et « foucaldienne ») lui permettant de comprendre comment les discours dominants et l'organisation concrète des services agissent sur l'expérience des sujets de sa recherche.

    L'étude présentée ici montre que l'offre de services en santé mentale et connexes engendre chez les usagers des enjeux identitaires - qui passent par des contraintes structurelles qui occasionnent une transformation du rapport à soi, à l'autre et à la société. Ces contraintes résultent de relations de pouvoir sous-jacentes à l'organisation des services et se situant à l'extérieur de la vie quotidienne des usagers. Un continuum identitaire se développe au fil du parcours, aboutissant, à son extrême, à une identité « docile » qui correspond aux besoins de fonctionnalité de la structure et qui contribue au maintien de relations de pouvoir asymétriques, au détriment du mieux-être des personnes psychiatrisées. Celles-ci demeurent donc dans un état de marginalité institué.

    Cet ouvrage se veut un outil de dénonciation des modalités de traitements destinés aux individus dont l'état mental est jugé déviant. Il s'adresse à tout lecteur concerné, qu'il le soit par sa fonction professionnelle ou par son statut d'aidant ou de pair, ou parce qu'il est lui-même psychiatrisé. L'auteure propose, entre autres vecteurs de changement, la réactualisation des approches d'intervention visant la conscientisation critique des personnes psychiatrisées, afin que ces dernières puissent contrer la modulation de soi engendrée par le dispositif de services en santé mentale et se réapproprier les dimensions multiples de leur pouvoir d'agir.

    Katharine Larose-Hébert est titulaire d'une maîtrise et d'un doctorat en travail social de l'Université d'Ottawa. Depuis 2016, elle est professeure adjointe à l'École de travail social et de criminologie de l'Université Laval. Ses recherches portent sur l'offre de services et les pratiques d'intervention en santé mentale et auprès des populations marginalisées ainsi que sur les acteurs, les processus et les pratiques de judiciarisation et de déjudiciarisation de ces populations.

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