• Le monde contemporain fait face à un double péril : l'exploitation abusive des ressources naturelles met en danger l'équilibre du climat et de la biodiversité, et les inégalités croissantes condamnent notre capacité à faire société.

    Ces menaces se renforcent mutuellement et appellent sans délai à l'affirmation d'une double solidarité, celle qui relie les hommes et la nature, et celle qui unit les hommes entre eux. Un tel effort ne se décrète pas. Il s'organise. La transformation sociale et sociétale indispensable à notre survie collective suppose ainsi tout à la fois une autre économie et une autre gestion.

    En s'appuyant sur de nombreuses expériences citoyennes qui s'inventent chaque jour dans le monde et sur une approche historique et anthropologique, l'ouvrage explore différentes façons de conjuguer solidarité et organisation. Gestion solidaire, gestion des communs, gestion du buen vivir sont autant de pistes analysées dans le contexte d'un dialogue Nord-Sud afin de formuler le cadre conceptuel et les étapes pratiques d'une transition sociale et environnementale plus que jamais nécessaire.

  • Définir la qualité du travail soulève la question de l'évaluation des critères retenus pour juger du produit fabriqué, du service rendu ou du soin prodigué et des activités pour y parvenir. La qualité est celle prescrite par les directions, mesurée, contrôlée et régulée par le management au moyen d'indicateurs de gestion. Mais on sait également combien cette évaluation peut varier selon les points de vue des clients/usagers/patients, des professionnels de première ligne, des différents métiers et niveaux hiérarchiques, de la direction, de la gestion financière, des organisations syndicales, ou encore des citoyens, de l'empreinte écologique, de la santé publique...

    L'auteur rend compte de la genèse et du développement d'un dispositif de dialogue sur la qualité du travail entre pairs, ligne hiérarchique, direction jusqu'au dialogue social dans l'usine de Renault Flins. Ce dispositif a été à l'origine d'innovations durables et généralisables (référents-métiers élus par les ouvriers, instance tripartite de « coopération conflictuelle » entre eux, la direction et organisations syndicales...) qui montrent qu'en agissant sur la qualité du travail, il est possible d'améliorer la santé des ouvriers, leur efficacité et les relations au sein de l'entreprise.

  • Lire l'entretien de l'auteur (propos recueillis par Audrey Minart)

    Comment dire le mal-être au travail ? Que faire des émotions ressenties au travail, celles qu'on ne peut pas exprimer parce qu'on se révèlerait « trop sensible », ou pas suffisamment « performant » ni « professionnel » ? Comment dire la peur, celle qui est jugée « irrationnelle » ? Considérés comme des « ressources humaines », les travailleurs n'arrivent plus à donner du sens à ce qu'ils vivent.

    Nourri d'une recherche socio-anthropologique, cet ouvrage présente une analyse du langage utilisé dans le management en articulant les registres de la pensée, de l'éprouvé et de l'action. Avec des illustrations saisissantes et des références théoriques diversifiées, l'auteur analyse les dévastations qu'occasionne le management moderne en toute tranquillité, en toute impunité :celui-ci ne provoque pas seulement du mal-être au travail. Par l'utilisation de sa novlangue, il participe aussi et surtout au corsetage des imaginaires, au façonnage des univers symboliques, au formatage des émotions, à l'écrasement des intelligences individuelles et collectives.

    Agnès Vandevelde-Rougale ne se contente pas de démonter le processus d'intériorisation du discours dominant, elle souligne le potentiel de résistance de l'individu et les voies qui s'offrent à lui pour se dégager de ces entraves langagières et faire face à la violence plus ou moins ordinaire à l'oeuvre dans les organisations.

  • La violence ordinaire perpétrée au quotidien dans les organisations est au centre de cet ouvrage. La percevoir pour s'y opposer, telles sont les orientations proposées. En appui sur des récits mettant en scène des situations de travail banales, analogues à celles que chacun peut avoir vécu,l'auteur montre comment la violence se tisse quotidiennement. Pour se perpétrer, comme pour se perpétuer, la violence a besoin de l'indifférence, voire de l'acceptation du plus grand nombre. Les récits proposés montrent comment les petits renoncements, les cécités multipliées, les questionnements liquidés, chaque jour répétés par les uns, fabriquent des mécaniques qui détruisent les autres. Il n'y a aucune fatalité à ce phénomène. L'auteur plaide pour la mise en place d'organisations «réflexives» valorisant une appréhension clinique des procès de travail et le déploiement d'une critique réhabilitant la subjectivité et l'intersubjectivité. Gilles Herreros est professeur de sociologie à l'université Louis Lumière Lyon 2, membre du Centre Max Weber.

  • La fécondité de l'approche psychanalytique concerne non seulement le sujet singulier, mais aussi les collectifs organisés (entreprises, écoles, hôpitaux, institutions, associations, etc.). Elle offre une compréhension approfondie de leur dynamique humaine et notamment des processus psychiques et subjectifs en jeu dans leur quotidien, ainsi que des repères méthodologiques déterminants pour structurer des démarches d'intervention, en dépassant le réductionnisme comportementaliste.

    Cet ouvrage présente une synthèse critique des apports de la psychanalyse et de courants associés (psychodynamique du travail, psychosociologie, socioanalyse, sociologie clinique, sociopsychanalyse, etc.) à l'étude du fonctionnement des organisations, depuis les premières découvertes freudiennes jusqu'aux recherches les plus récentes, en France et dans le monde. Ces travaux originaux revisitent, par la mobilisation et le remaniement de concepts analytiques (inconscient, refoulement, imaginaire, pulsion, angoisse, narcissisme, envie, désir, jouissance, etc.), des thématiques aussi importantes que la constitution du lien social, la subjectivation, la « motivation », le pouvoir, les conflits, le changement organisationnel, la souffrance au travail ou encore l'identité professionnelle.

  • Certains milieux de travail connaissent une véritable inflation des normes. Leurs finalités sont multiples : instaurer de la transparence, garantir au « client » un service de qualité, orienter et contrôler les comportements, responsabiliser les acteurs et les inciter à « l'excellence », mieux évaluer le personnel. En constituant un véritable corset, voire un carcan, ces normes peuvent empêcher les salariés de réaliser un travail de qualité, être une source de démotivation -  voire de souffrance au travail - et fragiliser les collectifs de travail en place. Elles peuvent aussi générer des actions de résistance, individuelles et/ou collectives.

    Damien Collard invite le lecteur à un véritable voyage au centre des organisations. A travers trois univers professionnels différents (les agents d'ambiance ou d'escale à la SNCF, les agents au contact avec les usagers d'une préfecture, les enseignants-chercheurs de l'université), il essaie de comprendre pourquoi et comment de nouvelles normes ont été instaurées. Sur la base d'exemples concrets, il en analyse les effets induits, pointe les risques de dérive potentielle pour la société toute entière et esquisse quelques pistes de réflexion pour repenser la question de l'évaluation du travail.

  • Lire l'entretien avec Anne-Lise Ulmann, coauteur (propos recueillis par Audrey Minart)

    Travailler n'est pas exécuter. Dans le décalage irréductible entre ce qui est défini comme étant à faire et ce qui est fait, se loge la créativité, cette puissance inventive engagée dans le travail vivant. S'y jouent à la fois la question de l'efficacité mais aussi, et fondamentalement, celle de la santé.

    La créativité n'est donc pas l'apanage des grands créateurs : elle se loge aussi dans les arts de faire, le bricolage, l'intelligence pratique, les processus de renormalisation qui permettent de se dégager de la soumission à l'environnement et à ses contraintes. Son éloge, remis aujourd'hui à l'ordre du jour dans le monde de l'entreprise, n'est pourtant pas exempt d'ambiguïté.

    Dans la perspective retenue ici, la créativité n'est pas seulement instrumentale (nécessité d'inventer pour faire), elle nécessite et manifeste une invention de soi. Elle se révèle dans un mouvement où l'on se surprend soi-même.

    Mettre la créativité au travail pour en explorer les ressorts, modalités et enjeux requiert de mobiliser des approches disciplinaires, théoriques et méthodologiques complémentaires.

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