• Des années Bourguiba (1956-1987) au révolutions arabes, en passant par la présidence Ben Ali (1987-2011), retour sur l'histoire contemporaine, sociale et politique, de ce petit pays ouvert sur l'Occident et la modernité qui aborde, depuis la révolution de Jasmin, un nouveau cycle politique. Au début de 2011, en chassant du pouvoir un dictateur vieillissant, la Tunisie a été propulsée sur la scène médiatique internationale. Initiateur des " printemps arabes ", ce petit pays donnait pourtant l'image d'un régime stable, certes dirigé par un despote, mais ouvert sur l'Occident. Cependant, la question de la succession du président Ben Ali amenait certains auteurs à s'interroger sur la durabilité d'un pouvoir largement fondé sur la coercition. Ce livre apporte des clés pour comprendre la manière dont le régime autoritaire tunisien s'est construit, puis pérennisé, et a été remis en cause. Si le système politique instauré par le président Bourguiba (1956-1987) était sous-tendu par un projet de société modernisateur, celui du président Ben Ali (1987-2011) visait à transformer le pouvoir en un instrument d'accumulation de richesses économiques au profit d'un clan familial. La rupture introduite par la " révolution " de 2011 a ouvert la voie à un nouveau cycle politique.

  • Le 14 janvier 2011, jour de la fuite du président Ben Ali, les images d'avocats tunisiens manifestant dans leur robe noire devant le ministère de l'Intérieur ont fait le tour de la planète, véhiculées aussi bien par les médias audiovisuels que par le Web. Elles ont donné à penser que les avocats avaient joué un rôle fondamental dans les mouvements de protestation entrainant la chute du régime autoritaire issu de l'indépendance. S'il convient de nuancer cette analyse, il n'en demeure pas moins que l'avocature, plus que d'autres corps de métier, dispose de par l'exercice des droits de la défense dans les procédures judiciaires d'une proximité fonctionnelle avec le politique.

    L'approche sociohistorique de cet ouvrage permet justement de montrer combien les « faits » professionnels peuvent revêtir une dimension politique. Pendant la période coloniale, les revendications des barreaux ont pris un caractère politique dans la mesure où elles aboutissaient à exiger un surcroît d'autonomie et, in fine, remettaient en cause la domination coloniale. Depuis l'indépendance, sous les présidences Bourguiba et Ben Ali, les aléas de l'exercice autoritaire du pouvoir ont eu un impact sensible sur l'action professionnelle du barreau.
    L'analyse de l'histoire de la profession depuis 1956 contribue à mettre en exergue l'aspect complexe et ambivalent des relations entre gouvernants et avocats dans le cadre de rapports sociaux et politiques marqués par l'autoritarisme. Si les premiers ont mis en oeuvre des instruments de coercition et de clientélisation de la société pour exercer leur domination, les seconds ont mobilisé des ressources juridiques et un savoir-faire professionnel pour intervenir dans le champ du pouvoir.

  • Pourquoi avoir choisi de se pencher de manière spécifique sur la question de la formation des ingénieurs marocains, algériens et tunisiens ? Si la question de l'emploi des diplômés au Maghreb a été largement abordée, en revanche la communauté scientifique a négligé l'étude des formations d'ingénieurs. Or, ces dernières apparaissent stratégiques en terme de développement dans la mesure où elles sont censées fournir la main-d'oeuvre qualifiée, les cadres et les innovateurs du secteur productif. Au Maghreb, l'effort de formation a été d'autant plus massif que la présence de Maghrébins dans les corps techniques au moment de l'indépendance était insignifiante. Cependant, au-delà des discours sur la nécessité de former des ingénieurs et des techniciens, la question de la formation des compétences se pose moins aujourd'hui en termes de pénurie de cadres techniques, qu'en termes de massification de certaines formations d'ingénieurs. Il convient désormais de s'attarder sur les implications scolaires, professionnelles et sociales des arbitrages imposés par le nouveau contexte de la transition libérale ou d'austérité budgétaire qui touche les États maghrébins.

  • Au Maghreb, la figure de l'ingénieur moderne est née dans la première moitié du xixe siècle. Les souverains tunisiens d'abord et marocains ensuite ont fait appel à des experts étrangers pour mettre en place les réformes administratives et techniques qui devaient leur permettre de rivaliser avec l'Europe conquérante. Mais au bout du compte, ces efforts de modernisation se sont révélés insuffisants pour empêcher la France coloniale de prendre pied au Maghreb. La colonisation va constituer un frein à l'industrialisation des pays conquis et donc, à l'accroissement du nombre d'ingénieurs. Au fondement du pacte colonial, on trouve l'idée qu'il est indispensable de ne pas créer de concurrence aux industries françaises et que les colonies doivent se spécialiser dans la production de denrées agricoles destinées à la métropole. Les quelques ingénieurs « indigènes » voient leur possibilité de carrière réduite au profit des ingénieurs coloniaux issus de la métropole. Avec les indépendances, les problématiques changent. Il s'agit désormais pour les pays nouvellement indépendants de remplacer les ingénieurs français par des cadres techniques nationaux et de mener un développement industriel planifié par un État qui va rapidement devenir le premier employeur des ingénieurs. À partir des années 1980, la majorité des économies arabes entre dans un cycle nouveau. La figure dominante de l'ingénieur d'État entre en crise, alors que les pays du Maghreb mettent en place des programmes d'ajustement structurel. Aujourd'hui, la libéralisation de l'économie modifie les pratiques professionnelles et entraîne de nouvelles segmentations dans la profession.

  • Après avoir été l'espace de l'exception autoritaire, le monde arabe est devenu, au premier semestre de 2011, celui des « révolutions ». Au leitmotiv de l'incapacité congénitale des pays arabes d'accéder à la démocratie a succédé le discours sur les « printemps arabes » et l'effet de domino supposé de la « révolution tunisienne » qui, ...

  • À travers la construction de l'objet sociologique « ingénieur », cet ouvrage vise à apporter un éclairage sur la manière dont se sont recomposés les enjeux politiques, économiques et sociaux dans le contexte de libéralisation économique du Maghreb des années 1990-2000. Prenant pour point de départ la naissance du corps moderne des ingénieurs pendant la période coloniale, il s'est agi d'analyser comment, après l'indépendance des États du Maghreb, les ingénieurs sont passés du statut de grands commis du secteur public au service de la construction d'un projet de développement national impulsé par l'État à celui de cadres moyens ou supérieurs se présentant sur un marché du travail de plus en plus ouvert. Ce processus, inscrit dans le cadre d'une dualisation du système de formation, est apparu lui-même lié à la massification de l'enseignement supérieur et aux transformations économiques et sociales générées par l'application, à partir du milieu des années 1980, des plans d'ajustement structurel du FMI, synonymes d'élargissement progressif du secteur privé et d'ouverture à l'économie mondiale.

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