•  « J'étais arrivé à Sumatra sous un ciel couleur chiffon. La mousson. Dans les rues flottaient des odeurs d'épices, de pots d'échappement et de durian. L'Indonésie est un archipel à la nature rebelle, violente et déjantée. À l'histoire sanglante teintée d'opprobre. Un pays-continent chaleureux et disparate qui danse sur un volcan et tremble souvent de toute sa terre. Depuis son occident, je comptais voyager vers l'orient de l'archipel, aller d'îles en îles, passer de Java à Bornéo, gagner l'île Célèbes, jeter l'ancre dans les eaux des Moluques lointaines et terminer ma course en mer de Timor. J'avais été séduit par l'intranquillité de l'Indonésie, le caractère sidérant de ce monde en perpétuel déséquilibre. Au fil de ma dérive, je m'apercevais à quel point ces îles résonnaient sur le tambour de ma mélancolie. » Cultivant sans vergogne une « nostalgie anticipatrice » pour les êtres et les choses menacés d'extinction, fasciné par ce pays sur la tangente qui hésite entre deux époques, l'auteur nous entraîne dans un voyage débridé au travers de l'Indonésie. Une errance qui se déploie sur des terres de fantaisie, de poésie et de cruauté. Dans les quartiers coloniaux abandonnés de Medan, à Sumatra, il rencontre des mafieux d'extrême-droite, à Djakarta, il fraie avec des voyous des bidonvilles, au coeur de Java, il met ses pas dans ceux de Rimbaud, à Bornéo, il erre chez d'anciens coupeurs de tête, dans les lointaines Moluques, il est convié dans le palais du sultan d'un monde en perdition, ailleurs, après un voyage mouvementé sur un cargo rouillé, il traque des voleurs de petites culottes sur une île au-dessous du volcan. Dans ce vaste continent qu'il a choisi pour y dérouler les complaintes de son incorrigible penchant pour « le temps jadis », il poursuit des ombres. Les siennes mais aussi celles de l'archipel, ces « âmes » en cours d'engloutissement dans le grand entonnoir de la globalisation.

  • Parce que pour connaître les peuples, il faut d'abord les comprendre.
    La nostalgie est mauvaise conseillère. Mais comment ne pas percevoir, derrière le Laos actuel et la frénésie d'investissements chinois dans ce pays enclavé d'Asie du Sud-Est, l'ombre de l'ancienne Indochine française ? Puiser aux racines de l'histoire pour saisir les nuances du présent. Se laisser conquérir par la sérénité bouddhique de Luang Prabang, l'ancienne capitale aujourd'hui menacée par le tourisme de masse.
    Raconter les convulsions qui transformèrent ce pays, de la décolonisation française à la guerre du Vietnam, en un champ de bataille de montagnes et de jungle. Dire l'interminable conflit oublié entre les montagnards, enrôlés naguère par les États-Unis et le pouvoir de Vientiane. Chaque chapitre de cet ouvrage nous livre un pan de ce Laos méconnu, toujours politiquement verrouillé, où se pressent désormais les enfants et petits-enfants de la diaspora.
    Ce petit livre n'est pas un guide. Il nous permet de lever une partie de l'énigme laotienne. Parce que seul un séjour sur place, ce récit en main, peut vous permettre de la résoudre.
    Un grand récit suivi d'entretiens avec Soren Ivarsson (Le Laos colonial et le Laos d'aujourd'hui partagent la même grammaire) et De Mattie Do (Les Laotiens du Laos sont ravis que les émigrés reviennent, vraiment).
    Un voyage au gré de personnages forts et de lieux marquants, pour mieux connaître les passions laotiennes. Et donc mieux les comprendre.
    EXTRAIT
    Le Laos est, tout entier, tel qu'il existe dans ces formes actuelles, le résultat de la colonisation française, à la fin du dix-neuvième siècle, qui donna ses frontières à ce pays alors démembré et vassalisé. Il était dès lors naturel qu'une partie importante de cet ouvrage raconte cette histoire franco-laotienne, et se plonge dans les relations complexes et parfois sanglantes qu'entretinrent jadis les royaumes du Laos et du Siam (l'ancien nom de la Thaïlande). Des relations disséquées en fin de volume par l'historien Soren Ivarson, spécialiste du Laos sous le protectorat français.
    L'histoire, encore : les guerres du Vietnam, la française comme l'américaine, ont laissé leurs marques indélébiles sur le Laos d'aujourd'hui. Cruciale périphérie du grand théâtre d'opérations militaires, son territoire ne manqua pas d'être exploité par les belligérants. 
    CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE
    - "(...) Belle et utile collection petit format chez Nevicata, dont chaque opuscule est dédié à un pays en particulier. Non pas un guide de voyage classique, mais, comme le dit le père de la collection, un «décodeur» des mentalités profondes et de la culture. Des journalistes, excellents connaisseurs des lieux, ont été sollicités (...). A chaque fois, un récit personnel et cultivé du pays suivi de trois entretiens avec des experts locaux. - Le Temps
    - "Comment se familiariser avec "l'âme" d'un pays pour dépasser les clichés et déceler ce qu'il y a de juste dans les images, l'héritage historique, les traditions ? Une démarche d'enquête journalistique au service d'un authentique récit de voyage : le livre-compagnon idéal des guides factuels, le roman-vrai des pays et des villes que l'on s'apprête à découvrir." - Librairie Sciences Po
    À PROPOS DE L'AUTEUR
    Bruno Philip est le correspondant du Monde en Asie du Sud-Est, basé à Bangkok (Thaïlande). Vétéran du continent asiatique, il a vécu en Inde et en Chine. Il est l'auteur de Aung San Suu Kyi, l'icône fracassée (Équateurs).

  • Le terrible exode des Rohingya - « un génocide » selon l'ONU -  vient de remettre la Birmanie qui s'ouvre chaque année un peu plus aux Occidentaux, sous les feux d'une actualité cruelle. Plus de 500 000 personnes ont été déplacées de force de l'état du Myanmar vers le Bangladesh. Des massacres ont été perpétrés par l'armée birmane et des bouddhistes contre des femmes et des enfants. Effarée, l'opinion internationale et la communauté diplomatique paralysée par le soutien de la Chine et de l'Inde au gouvernement birman, assistent une fois de plus impuissantes à un crime contre l'humanité. La situation est d'autant plus incompréhensible que désormais Aung San Su Kyi est à la tête de la Birmanie avec le titre de conseillère d'Etat c'est-à-dire de chef de l'Etat. Aujourd'hui, les chancelleries, les gouvernements, les intellectuels, les ONG réclament que la Dame de Rangoun soit destituée de son prix Nobel de la Paix.  L'Occident en avait fait une icône, elle est devenue un monstre. La fée s'est transformée en sorcière. Comment la Birmanie est-elle parvenue à engendrer cet apocalypse ?
    Pour comprendre l'exode des Rohingya, Bruno Philip qui a rencontré Aung San Su Kyi s'est intéressée à la psychologie de cette femme longtemps persécutée par la junte militaire, assignée à résidence, éloignée de son mari britannique, le tibétologue Michael Aris, à l'enterrement duquel elle ne put même pas assister et de ses enfants. Cette Antigone bouddhiste est tout d'abord la fille de son père, son grand amour méconnu. Elle avait 2 ans quand le général Aung San, architecte de l'indépendance, fut assassiné par un rival. Or rien ne prédisposait cette jeune fille éduquée à Oxford et New York à se lancer dans la politique. Choisie par le peuple pour incarner la figure charismatique de l'opposante, elle connaitra de longues périodes de prison ou de résidence forcée tout en faisant preuve d'un courage, d'une détermination mais aussi d'un humour qui suscitent l'admiration. Mais elle veut venger son père c'est-à-dire parvenir aux plus hautes fonctions et à remplir la mission d'Etat que sa mort prématurée l'avait empêché d'atteindre et de réaliser. Le nationalisme birman coule dans les veine d'Aung San Su Kyi. Il apparaît aussi qu'elle a tout fait pour écarter les opposants à l'intérieur de son propre parti. Le caractère inflexible et autocratique de la « Lady » est l'une des clés pour comprendre le drame des Rohingya.
    Ce récit est une enquête psychologique captivante. Il s'ouvre sur un chapitre écrit cette fois par Rémy Ourdan, grand reporter de guerre, qui a couvert l'exode des Rohingya du côté du Bangladesh, dans la région de Cox's Bazar. Choses vues sur le terrain, qualité de l'observation et du récit font de ce livre une contribution à l'Histoire immédiate de la Birmanie.
    Bruno Philip est le correspondant du Monde en Asie du sud est depuis six ans. Après avoir vécu en Inde et en Chine.

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