• Farouches

    Fanny Taillandier

    Depuis la villa de Jean et Baya, la Méditerranée scintillante donne à penser que tout est paisible. Mais à l'approche du solstice, la colline où habite le couple est bientôt parcourue de diffuses menaces, à peine perceptibles mais bien réelles : d'invisibles sangliers saccagent les jardins ; des règlements de comptes entre bandes rivales défraient la chronique de Liguria, la ville la plus proche ; une inconnue habite depuis peu la maison vide près de la falaise...

    Dans un univers à la fois banal et légèrement dystopique, Fanny Taillandier joue avec les codes (roman noir, roman d'amour, fantastique) pour créer une atmosphère où l'on retient son souffle, tandis que se troublent les lignes de partage qui régissent le monde humain.

  • Dans l'aube à peine levée sur un lac proche de Detroit, aux États-Unis, un vieil homme insomniaque laisse successivement le même message à sa fille et à son fils : il va bientôt mourir. Elle est une brillante mathématicienne et travaille à calculer les risques dans une compagnie mondiale d'assurances dont le siège est au World Trade Center, à New York. Lui est un vétéran de l'US Air Force, il dirige la sécurité à l'aéroport de Boston. C'est le matin du 11 septembre 2001 et un jeune architecte égyptien, Mohammed Atta, a pris les commandes d'un Boeing 767.
    Entre roman d'espionnage et méditation historique, entre western et fable dostoïevskienne, Fanny Taillandier propose de parcourir le labyrinthe cathodique d'un millénaire dont le spectacle, d'emblée, s'impose comme une énigme.
    Née en 1986, Fanny Taillandier est agrégée de lettres. En 2017, elle a reçu le prix Fénéon pour Les États et Empires du lotissement Grand Siècle paru aux PUF en 2016. Elle vit et travaille en Seine-Saint-Denis.

  • Le lotissement a été le grand rêve urbanistique de la seconde moitié du vingtième siècle. Le rêve d'une maison à soi, où reconstituer une vie qui rassemblerait tous les traits d'une Arcadie à la fois familiale et communautaire, fondée sur l'égalité et la propriété. Il n'en a rien été. Aujourd'hui, le lotissement pavillonnaire est devenu le repoussoir absolu - le lieu d'une vie où ne règneraient plus qu'ennui, vide et mauvais goût. En retraçant, par une multitude virtuose de moyens, l'histoire presque quotidienne d'un lotissement disparu, Fanny Taillandier dresse ainsi le portrait mi-grinçant, mi-ému, d'une utopie et du douloureux réveil qui a suivi son effondrement, en même temps que de ce qui, dans cet effondrement même, continue à nous séduire. Car, à travers cette histoire, c'est encore notre quête naïve d'un habitat idéal qui continue à se lire - quête qui se déplace désormais ailleurs, dans d'autres rêves, appelant d'autres déceptions.

  • Je travaillais, beaucoup. Je compulsais les chiffres de l'avenir devant un ordinateur cubique et ronronnant, dans un bureau de vingt personnes à ma semblance, et par les fenêtres immenses nous aurions pu voir des tours. Je ne regardais pas par la fenêtre. Le soir, lorsque j'arpentais les parvis dans la même direction que tous les autres, je levais parfois la tête et je trouvais cela beau. La beauté des quartiers d'affaires. J'étais très aimable. On m'appréciait, beaucoup. Nous partions parfois en week-end à plusieurs, nous n'étions jamais fatigués. Et nous trouvions qu'il était important que les minorités soient reconnues. Les minorités, c'est à peu près tout, sauf les pauvres, qui sont la majorité. Mais nous ne les connaissions pas. Comme tous, j'étais contre le racisme, contre l'homophobie, pour l'extension du réseau TGV. Je ne voulais de mal à personne.
    Quand j'avais vingt ans, personne n'aurait dit de moi que j'étais un monstre, et pourtant j'étais monstrueux.

    Portrait de Fanny Taillandier par Léa Crespi © Flammarion

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