• Avant l'avenir

    Genevieve Jurgensen

    Voici la vie d'une petite fille qui a trois ans en 1950 jusqu'à son mariage en 1970. Geneviève Jurgensen se fait ici l'archiviste de son enfance et d'une époque déjà bien lointaine mais riche d'histoires.
    La petite Vève grandit dans un quatuor familial qui se désaccorde  : une soeur aînée déjà presque ailleurs, un père fonctionnaire international qui ouvre sa famille sur le monde et surtout une mère aimante, absente et malheureuse qui s'efforce d'initier ses filles aux beautés de la culture. Une famille où la parole et l'écrit, entre conversations et échanges épistolaires, ponctuent le temps et les sentiments.
    Enfant choyé, enfant perdu, enfant confiant, enfant fuyant, Vève ne rêve que de sa libération future.
    Hisser aux frontières de la fiction, l'ordinaire de la vie, faire parler le silence, sublimer les détails, c'est la marque de Geneviève Jurgensen. 

  • Décidée à devenir, coûte que coûte, éducatrice à l'Ecole orthogénique de Chicago qui accueille des adolescents psychotiques, Geneviève Jurgensen suit d'abord à l'Université les cours de Bruno Bettelheim. Puis, à sa demande, elle tente la grande aventure, celle qui va la confronter à ces filles-enfants étranges dont il lui faut patiemment, très patiemment, faire la conquête. L'expérience sera souvent douloureuse, bouleversante, désespérante. Mais peu à peu, tout en prenant conscience de ses faiblesses et de ses forces, elle deviendra capable d'assumer ses « shifts », ces longues tranches horaires au cours desquelles l'éducatrice a la charge totale des enfants. Elle apprendra à les aimer, à s'en faire aimer et à n'être plus vulnérable à leur agressivité ou à leurs humeurs. Derrière cet ouvrage attachant et sincère, on perçoit l'influence constante de Bruno Bettelheim, celle d'un homme exigeant qui demande à ceux qui vont à lui un engagement absolu, un homme avec lequel on ne peut jamais tricher et qui vous conduit, peu à peu, à ne plus pouvoir tricher avec soi-même.

  • « Je suis une femme, poète, et nul ne peut changer cela ». Ainsi s'affirme Joan Stern face aux grands choix de son existence. « Je te demande de m'épouser pour le pire, lui écrit Patrice Depoorter. Le meilleur, nous l'avons déjà ». Ils auront le pire aussi, et Patrice y verra la chance de donner la mesure de son amour. Dans une jolie ville aux portes de la Bourgogne, se sont rencontrés le jeune ingénieur français et cette Américaine, de dix ans son aînée. La force de Patrice réside dans son innocente et tyrannique passion. La force de Joan, dans son ignorance de ce frein mortel à toute création qu'est l'attachement à un être de chair. Un jeune homme dominé par la passion, une femme conduite par son art, une grand-mère abusive et un beau-fils inconscient : quatre héros conjuguent leurs égoïsmes. Et ce sera tout de même une histoire d'amour. La chevelure de la nuit, c'est la brune chevelure de Joan, bien sûr, mais aussi celle des comètes, des constellations, demeures célestes des mortels que Patrice aime observer. Dans une nuit propice à l'astronomie comme à l'écriture, à la fuite comme à la conquête, à l'amour comme à la mort.

  • Dix ans ne suffisent pas toujours pour connaître quelqu'un. Pour connaître Judith, il aura suffi d'une journée. Ce jeudi-là, dès son réveil, elle nous captive. Elle a froid ? Nous aussi. Elle embrasse ses enfants ? Nous aussi. Si elle se dispute avec un collègue dans l'établissement où elle est professeur d'anglais, nous sommes de son côté, et si elle souffre de jalousie nous souffrons avec elle. Nous ne la quittons pas. Jusqu'au soir. Jusqu'à ce qu'elle s'endorme. Nous la connaissons alors parfaitement, nous aimons ceux qu'elle aime et rejetons ceux qu'elle rejette. Nous rions des mêmes choses, partageons ses ambitions, mêlons nos larmes aux siennes. Elle est notre amie intime. Si proche que nous ne pouvons plus la juger. On connaissait déjà avec La folie des autres, récit de son expérience à l'École orthogénique de Bruno Bettelheim, les dons de narratrice de Geneviève Jurgensen et à travers ses Croque-Notes dans le magazine « Elle » son regard tendre et incisif sur notre monde. C'est son talent de romancière qui s'épanouit ici.

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