• «  Mon père s'appelait Jacques Dominati. Il été conseiller de Paris, député et maire, sénateur, secrétaire d'état sous Giscard d'Estaing. Voilà pour la version officielle. Mais il n'est pas question de l'homme politique dans ce livre.
    J'ai perdu mon père. Certains événements de sa vie, j'en connaissais les grandes lignes d'après les récits innombrables, rapides et drôles qu'il en faisait parce qu'il était un conteur de talent, mais il me manquait les détails qui donnent corps à l'écriture.
    Le fil rouge du livre est un roman, celui que mon père a commencé à écrire dans sa jeunesse. André Malraux l'a repéré et encouragé. C'est aussi avec Malraux que mon père s'est engagé en politique et cet engagement l'a tenu debout et ardent jusqu'à l'âge de 89 ans. C'est un peu l'histoire d'un jeune homme qui n'est pas devenu écrivain dans la France d'après-guerre. Je me suis toujours demandé comment les hommes devenaient des hommes. Par moment le récit s'apparente à un roman de formation, avec l'aventure de la Résistance en Corse lors du soulèvement en 43 puis le campus du sanatorium des étudiants de Saint Hilaire du Touvet, creuset de débats intellectuels et de liaisons amoureuses.
    Et je suis demandé ce que ça fait aux hommes d'avoir des enfants. Ce livre est une histoire de transmission, de paternité, d'amour filial entre une fille des années 60 héritière des premiers acquis du féminisme et un père qui ne comprend que les codes masculins traditionnels.
    Ce livre est ma version. Il se serait, lui, raconté différemment et en ce sens, ce n'est pas du tout le livre de mon père, mais bien le mien. L'histoire d'une fille qui a perdu son père et qui retourne chaque mot pour voir si par hasard il n'est pas caché derrière.  »
    Sélection du prix Jean Freustié 2020

  • L'amour est-il autre chose qu'un concentré de futur ? Le choc de la rencontre
    n'est-il pas une invitation inattendue à s'y projeter ? C'est ce que je commence à
    démêler depuis hier soir, depuis le moment où je t'ai vu baisser les yeux et contracter tes lèvres parce que je venais de refuser, dans une sorte de réflexe de survie à la fois ironique et exagéré, le cadenas que tu avais apporté pour qu'on le verrouille ensemble au grillage du Pont des Arts.
    Bien que très éprise, Marion (la quarantaine, divorcée, mère d'une adolescente)
    réagit maladroitement à la déclaration de l'homme qu'elle aime. Pour dissiper
    le quiproquo et tenter de le retenir, elle va lui raconter, dans une longue lettre,
    /> ses échecs passés. Cette femme qui cherche à comprendre pourquoi l'amour
    fait mal est d'abord une conteuse. Pour elle, l'amour a toujours été la grande
    question : toute petite, tout ce qu'elle voulait faire quand elle serait grande,
    c'était connaître l'amour. Par le récit de ses expériences, tout en composant
    des portraits masculins, elle élucide au fur et à mesure - et c'est un des enjeux
    littéraires de ce roman - les effets des histoires que l'on se raconte à soi-même
    avant de les raconter aux autres. Car l'amour est toujours une proposition, une
    hypothèse, et en cela il est déjà une fiction.
    Ce roman est aussi celui d'une certaine représentation de Paris, avec ses
    clichés et son imagerie de la séduction. La ville de l'amour chère aux touristes
    est ici vue de l'intérieur : le point de vue d'une parisienne, de l'enfant à
    l'étudiante, à la jeune femme, à la femme de quarante ans, sur sa vie
    quotidienne dans le Paris des années 70 aux années 2000.
     

  • Après la première élection d'Obama à la présidence des États-Unis, quelques amis, expatriés américains et bobos parisiens, organisent une soirée pour fêter l'avènement de la nouvelle célébrité mondiale. Mais pour certains invités, un Obama à la Maison Blanche, ce n'est pas le plus important, loin de là. Déjà liés, dans leur vie personnelle ou professionnelle, à des célébrités, ils entretiennent avec elles des liens faits d'amour et de haine, d'admiration et de mépris, de jalousie, de dévotion et de pouvoir.
    Au cours de cette soirée, on découvre la fille d'un ministre mis en examen ; un voisin de George Clooney au bord du lac de Côme qui voudrait sauver le monde de la crise ; l'agent d'une star victime d'un accident et pleurée par des millions de fans ; l'ex-rivale malheureuse d'une auteure de best-sellers. Quant à la dessinatrice au chômage, devenue malgré elle une spécialiste de la Joconde, elle ne se révèlera que le lendemain en faisant scandale au Louvre.
    Cinq personnages fascinés par la célébrité, qui font rire et qui émeuvent, dont l'histoire va révéler les multiples facettes de ce diamant que représente à leurs yeux la notoriété, source de douleur et d'humiliation, de fantasmes, mais aussi de curiosité féconde, voire de remise en cause de soi.

    Isabelle Miller vit et travaille à Paris. Elle est l'auteur, chez Sabine Wespieser, du Syndrome de Stendhal (2003) et des Inachevées : Le goût de l'imparfait, au Seuil (2008).

  • Quelle place un narrateur accorde-t-il à la déclaration d'amour ? Dans quelle mesure la parole amoureuse peut-elle être un élément de tension du récit ou au contraire une menace pour celui-ci ?
    À partir de relectures de romans français, cet essai dévoile les rapports ambigus de ces frères ennemis que sont, selon Isabelle Miller, l'amoureux et le narrateur. L'auteur s'interroge du même coup sur l'art du récit. Puisque tout récit est d'abord l'histoire d'une transformation, et que l'amour est par définition un événement bouleversant, une histoire d'amour est une histoire au carré. Et si l'amour était à l'origine de toutes les histoires ?
    Le fil rouge de cet essai est un récit d'expérience personnelle racontée sur le mode mi-ironique mi-lyrique qui est la touche personnelle d'Isabelle Miller.

    Isabelle Miller est docteur en littérature. Auteur d'un premier roman, Le Syndrome de Stendhal (Sabine Wespieser, 2003), elle a ensuite publié au Seuil, en 2008, un essai, Les Inachevées. Le goût de l'imparfait, consacré à onze chefs-d'oeuvre de la peinture, de la littérature, de la musique et du cinéma, restés inachevés. Elle est également l'auteur de La Soirée Obama, roman paru chez Léo Scheer en 2012.

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