• « V. est assise sur une hauteur légère, à l'extrémité du plateau de L. : ce que les manuels géographiques appellent table, mesa ou, lorsque la superficie en est relativement modeste, comme à V., qui ne peut plus s'étendre, butte témoin, de celles où la mer secondaire a laissé tant de vestiges. La route que je pris en sortant de la gare, montait à travers les villas et les jardins qu'on devinait seulement, derrière les murs épais qui soutenaient leurs terrasses, pleins de fleurs... Me retournant, la main tendue et ouverte pour me protéger du soleil, je constatai que cette main dissimulait désormais tout le noeud ferroviaire et la gare (si petite qu'elle semblait ne pouvoir fonctionner que par la volonté des hordes d'enfants qui la regardaient avec intérêt du haut des remparts) - jusqu'à cette sensation d'une absence insolite, troublante, dont je compris plus tard qu'il s'agissait de ma fatigue : je ne soufflais pas malgré l'escalade, je n'étais pas mort. »

  • Comme précédemment dans La visite du château, Jean Lahougue nous propose ici trois courts romans. La Polonaise met en scène un homme solitaire, Jésus, attaché à l'écoute d'une Polonaise de Chopin, qu'il mime maladroitement dans le cadre peu à peu transfiguré de sa chambre nocturne. D'écriture très différente, la Tête de jeune fille à la révolution se présente comme un cahier de vingt-quatre esquisses autour du personnage d'Anna, compagne du narrateur et prétexte, sur fond nostalgique de lointaines révoltes, à d'étranges ou merveilleuses révélations. Une vieille dame et son chien malade engendrent une pantomime tragico-comique à la terrasse d'un café. Tel est l'argument dérisoire de la danse où sont jetés les personnages anonymes de L'Anus du Weimaraner, dernier récit de ce livre, où le fantastique côtoie obstinément - lorsqu'il ne l'investit pas pour finir - le réel le plus quotidien.

  • Un amour de René Descartes - C'est peu après un souper au Stadhuis de Klaveren que René Descartes croise, au gré de sa promenade quotidienne, la jeune fille en pourpre. Le trouble où le jette cette apparition atteint bientôt toutes les méditations du philosophe : quels liens tisse-t-elle avec les propos sulfureux de Mme d'A., les problèmes du capitaine des Gardes, la conduite scandaleuse du peintre Fabritius ou même les manies de sa logeuse ? Aucun, en tout cas, qui « procéderait de la durée ou de l'étendue ». La ressemblance - Autre surprise que celle du célèbre écrivain Vladimir N. lorsqu'il découvre, à la Bibliothèque de B., son parfait sosie... Non moins inédite sera la méprise entraînée par son projet d'user de cette ressemblance pour disparaître. Seuils - Accident ou suicide ? Le souvenir de la mort brutale de sa maîtresse, après une pathétique infidélité, poursuit toujours le narrateur de Seuils. Après une visite à son amie, Eve O., errant au milieu de baraques foraines, il saisit l'occasion que lui offre Phanès et sa machine à maîtriser les rêves pour tenter de réécrire l'histoire. Histoire naturelle - On le sait : les ultimes pages du journal de J.H. Fabre, le célèbre entomologiste, n'ont jamais été publiées. Consacré à la minutieuse description des moeurs de la fourmi Atta Bellifera, ce dernier cahier, il faut l'avouer, est étrange. Le soupçon, puis l'effroi qui, progressivement, s'emparent du vieux savant devant les manoeuvres des insectes, atteint le lecteur lui-même : journal et fourmis ne répondraient-ils pas à une identique stratégie ?

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