• Il y a une Venise de l'évidence et une Venise invisible qui refuse de livrer ses secrets : Celle des églises, jamais ouvertes. Pourquoi sont-elles inaccessibles ? Jean-Paul Kauffmann a essayé de forcer ces portes solidement cadenassées où des oeuvres dorment dans le silence.

  • Remonter la Marne,"un voyage de retour", comme disent les ethnologues qui après avoir ausculté d'autres sociétés reviennent au pays pour l'explorer. Cette rivière, longue de 520 km, l'auteur l'a remontée à pied, depuis sa confluence avec la Seine jusqu'à sa source sur le plateau de Langres. Mince cordon nerveux situé trop près de la tête, Paris. " C'est là qu'il faut attaquer la maison France avec une chance d'en enfoncer la porte", a écrit Fernand Braudel. Les catastrophes nationales surgissent toujours du côté de ce cours d'eau. C'est une France inconnue et inattendue que l'auteur a découverte. Au gré de ses rencontres, il a été envoûté par la France hors circuit, celle qui ne va jamais à Paris et s'en félicite, la France des "conjurateurs", toutes ces personnes qui, sans être marginales, sont sorties volontairement de la course. Ces personnages résistent, à leur façon, au pessimisme contemporain et conjurent les esprits maléfiques de l'époque : l'esprit de lassitude, la fascination pour la décadence, la tyrannie du consensus.Voyage fragmentaire plutôt qu'inventaire, sorte d'extrait, comme on le dit d'un passage d'un livre ou de morceaux choisis, mais aussi d'un parfum concentré. Livre d'odeurs, de paysages encore intacts, d'églises désertes et de villages "démeublés" mais nullement moribonds. Seule la marche permet un rapport au temps, au silence, et le marcheur reste ouvert à l'aventure d'une auberge improbable, d'un barbecue dominical sur les berges ou d'un héron tout droit sorti d'une fable de La Fontaine. Remonter la Marne, c'est retourner en arrière, un désir d'aller vers l'origine, comme on se remémore son passé.   

  • Eylau, c'est la rencontre paroxystique de l'Histoire et de la géographie. Une bataille napoléonienne qui a lieu le 8 février 1807 contre les Russes, en Prusse orientale, là où se trouvait autrefois la célèbre Knigsberg fondée par les chevaliers teutoniques. Aujourd'hui Eylau est située dans l'enclave de Kaliningrad, territoire russe séparé de la Russie par la Pologne et la Lituanie.
    Jean-Paul Kauffmann qui s'était rendu une première fois à Kaliningrad en 1991 voulait y revenir mais, cette fois, en famille. Un voyage de cohésion familiale en quelque sorte.
    Eylau est une bataille à part dans les faits d'armes napoléoniens. Une victoire à la Pyrrhus, à l'arrachée, dont Napoléon n'aimait pas évoquer le souvenir quand il fut exilé à Ste-Hélène. Une bataille particulièrement meurtrière qui se déroula dans le brouillard, l'obscurité, sous la neige.
    Eylau est restée célèbre dans l'histoire pour la fameuse cavalerie de Murat mais aussi dans la littérature grâce au Colonel Chabert de Balzac. Le colonel Chabert que l'on donnait mort est un fantôme d'Eylau. Quand il revient en France, il doit prouver son identité pour recouvrer son territoire, sa femme, ses droits. C'est l'un des romans les plus captivants de Balzac. Une sorte de roman noir sur le mariage.
    Jean-Paul Kauffmann est l'auteur, entre autres, de L'Arche des Kerguelen (1993), de La Chambre noire de Longwood (1997), de La Maison du retour (2007) et de Courlande (2009). Il vient de recevoir le prix Prince-Pierre-de-Monaco.

  • " Les Landes, la campagne normande ou les îles Fortunées : il fallait bien se poser quelque part. Je n'ai pas choisi la maison dans la forêt. Elle s'est proposée à moi, par défaut, à une époque confuse de mon existence. Choix hâtif auquel je suis lié à jamais. "
    Détenu au Liban pendant trois ans, le narrateur choisit après sa libération de s'installer au coeur de la forêt landaise. Deux maçons taciturnes restaurent la maison. Il campe au milieu du chantier, rééduquant ses cinq sens au contact de la nature. Il va devenir prisonnier de la demeure dans la clairière et prendre de plus en plus de goût à cette dépendance. Dans cette parenthèse qui sépare la fin de l'épreuve du retour au monde des vivants, il écrit ce livre de la délectation où les odeurs, les visions et les rumeurs du monde sont nommées comme au premier jour.

  • Near the end of his life, the great Romantic artist Eug-ne Delacroix (1798-1863) painted one of the most enigmatic episodes from the Bible: Jacob wrestling with the angel. This painting, which decorates the wall of the Chapel of the Holy Angels in the Paris church of Saint-Sulpice, is Delacroix's "spiritual testament". But Sain-Sulpice is a mysterious church where everything happens behind the scenes. A fan of Inspector Maigret, Jean-Paul Kauffmann investigates the painting and the church, paying particular attention to its hidden history. He searches for clues in a bar in Dieppe, a castle in Quercy, a village in the Argonne, an oak tree in the forest at S-nart, even a golf course in the Loiret. The trail leads him to an art critic, a lecturer at the Louvre, and a sculptor who has a studio in the attic of Saint-Sulpice itself. All these intertwining threads finally come together in a central motif in which Kauffmann himself is involved. There comes a time in which everyone must wrestle with the angel.

  • Il est fréquent de rêver au temps qui passe trop vite, à ce temps qui nous file entre les doigts, ce temps que nous voudrions retarder en lui gardant la couleur d'un « déjà passé ». Cette illusion de « suspendre » ou « d'accélérer » le temps nous tient à coeur car elle est bien là pour nous persuader que nous avons une emprise sur lui. Il nous est difficile d'accepter l'idée que « le temps est un vide ». En disant qu'un « jour est historique », un tel effet d'annonce nous donne l'illusion d'une prise de possession du temps. L'idée même d'histoire, dans la vie quotidienne, ne semble prendre sens que dans une relation de défi entre ce qui arrive - l'événement - et le sentiment de destin. Quel sens a la passion contemporaine de la restauration patrimoniale du passé ? La reconfiguration des paysages obéit à des modèles de plus en en plus identiques comme si notre regard devait se satisfaire de la négation même des métamorphoses naturelles. Face à la contingence du futur, la représentation la plus commune de la continuité temporelle puise sa légitimité dans la sauvegarde acharnée des « mémoires collectives ». Mais une grande crise de la mémoire s'annonce avec la maladie d'Alzheimer - l'ivresse du désoeuvrement de la mémoire.

  • Courland is an entity that no longer exists. With the Gulf of Riga to the north, the Baltic to the west and Lithuania at its southern border, and now part of modern Latvia, the region was by occupied by Nazi Germany and returned to Soviet Russia after the war, remaining largely inaccessible until 1991. Once ruled by descendants of the Teutonic Knights, it is now a nowhere land of wide skies and forests, deserted beaches, ruined castles and ex-KGB prisons. For years Jean-Paul Kauffmann has been irresistibly drawn to this place, the buffer between the Germanic and Slav worlds. His digressive travels at the wheel of a Skoda become an investigation into the whereabouts of a former lover, a search for an excavator of tombs, and he follows in the footsteps of Louis XVIII, for whom Courland was once a place of exile. Author of Voyage to Desolation Island and The Dark Room at Longwood - 'a remarkable book which defies classification' (New Statesman), which won six prizes on its publication in France - Kauffmann has come to be known as an erudite and witty observer of the world's most desolate reaches.

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