• "De son côté, Bouya ne mangeait plus, ne dormait plus, il ne voulait que sa soeur. Ce minuscule bout de sa mère lui avait apporté un bonheur inattendu, une alternative paisible à l'amour maternel perdu. Il était sa bouée, elle était l'air de la bouée. Dans le désespoir où il se débattait, il croyait que les autres ne cherchaient pas vraiment sa soeur parce qu'ils ne souffraient pas de sa disparition ; que lui seul la cherchait puisque lui seul l'aimait. À cette pensée, il se mit à sangloter, comme si les digues qui retenaient son chagrin avaient lâché d'un coup ; car le chagrin est une rivière à traverser, dans laquelle on perd pied par endroits, et dont le courant nous emporte, parfois."

    Tout commence à Conakry, en Guinée, dans une cour des miracles de nos jours où une femme meurt en couches. Ses congénères, des misérables qui survivent ou trépassent entre deux mondes, se disputent le nouveau-né afin de l'offrir, devant les mosquées, à la charité ostentatoire des fidèles. Bientôt le petit Bouya partira avec ses amis à la recherche de sa soeur kidnappée.
    L'errance des enfants-mendiants, comme des étoiles perdues dans le sable, fera s'entrecroiser jusqu'à Marseille d'autres quêtes, cent autres destinées affamées, cocasses et révélatrices de notre monde. Au coeur de l'histoire, Malick qui, pour un billet d'avion, vend sa virilité ; et Khady vendue à un vieil homme par son père, plutôt qu'un lopin de terre, et qui tombe amoureuse de Malick. Les commerces humains et inhumains ne s'arrêtent pas là. C'est la misère éperdue des migrants, que l'auteur a vécue de près. C'est aussi l'espoir d'un retour aux sources et à la force des origines.

  • Dans l'incapacité pécuniaire d'effectuer un pclerinage ´r La Mecque, l'imam Galouwa craint d'etre remplacé par un jeune hadji qui convoite sa place et ses privilcges. Un octogénaire lui propose le prix d'un billet d'avion en échange de sa fille Hcra, âgée de treize ans. Vendre la chair de sa chair au diable pour conserver sa religieuse fonction? Ce marché horrible ne plonge pas du tout Galouwa dans les affres d'un choix impossible. Un imam doit-il tout accepter pour mériter d'Allah? Que vaut une fille pour son pcre quand la passion et l'ambition religieuses s'en melent? Et l'amour ne peut-il etre alors qu'un reve sur de la chair meurtrie? Peut-il toucher ´r une diabolique rédemption?
    Le diable dévot est un roman d'une rare et cruelle lucidité, une tranche de vie vraie dans la peau d'une jeune fille pour la plus grande gloire de Dieu, diraient d'autres religieux dans une autre religion. Un déchirant sacrifice, une passion portée par une écriture cristalline ´r en émouvoir jusqu'´r la pierre carrée de La Mecque.

  • 'Leur quête d'identité était en réalité une quête de place. Quelle place ai-je dans ce monde? Se sentant rejetées, elles se rapprochèrent l'une de l'autre. Face à ceux qui les excluaient, elles s'unirent à nouveau pour résister. Cette alliance tacite modifia la nature de leur lien. Il devint protecteur. Ce besoin vital qu'elles avaient l'une de l'autre s'avéra à la longue une souffrance. Car, là où elles cherchaient à s'émanciper et à affirmer chacune son identité, elles se retrouvèrent enchaînées à un destin commun.'

    Mais la beauté de Hawa, son corps presque normal lui valent très tôt des commentaires flatteurs et une bienveillance dont est privée Toumbou ('Asticot'), sa plus que jumelle, perçue comme un monstre. Ce tourment muet se transforme peu à peu en haine. La première rêve d'amour, la seconde, de devenir ministre. Or, comment avoir chacune une avenir propre tout en étant charnellement attachée à l'autre par une nature tragique et facétieuse? La douloureuse route commune de deux soeurs siamoises pourra-t-elle s'ouvrir un jour sur deux destins particuliers?

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