• "Maintenant, il savait tout le prix de Dorothy. Au fond de lui-même, il croyait qu'il avait gardé un pouvoir sur elle et qu'il pouvait la reprendre, si enfin il s'en donnait la peine. Et il ne pouvait pas croire que l'émoi qu'il ressentait ne fût pas communicatif. Elle avait l'air si bon, sur cette photo. Sa bouche répétait ce que disaient les yeux : une tendresse timide. Ses seins frêles disaient encore la même chose, et sa peau qui fuyait sous ses doigts, ses mains friables."

  • "Jaime Torrijos était lieutenant dans le régiment de cavalerie d'Agreda, qui tenait alors garnison à Cochabamba. Il était admiré et aimé des officiers et des soldats parce qu'il y avait dans son corps une force et une audace extraordinaires. Il était aimé des femmes pour la même raison.
    Quand je le connus, sa renommée commençait à se répandre hors du régiment et de la ville. Il en jouissait insoucieusement. J'étais guitariste et je m'attachai à Jaime qui me voulait dans ses orgies. Il manquait toujours d'argent à cause des cartes et de l'amour..."

  • "Saurai-je un jour raconter autre chose que mon histoire ?" demande Drieu la Rochelle au début de ce livre, un de ses premiers, en 1921. Il y raconte son enfance, son adolescence, ses tourments déjà et la quête des idées qui vont mener sa vie.

  • Ce roman est le dernier de Drieu la Rochelle. Il l'écrivit de 1943 à 1944. À propos d'une intrigue assez simple, qui pourrait être celle d'un roman d'aventures - la lutte, autour d'un dépôt d'armes caché dans une demeure mystérieuse, de petits groupes de français activistes (gaullistes, collaborateurs, communistes, nationalistes) -, Drieu a imaginé un roman qui transcende de très haut les drames de ces années.
    Constant, dernière incarnation des héros de Drieu - un Gilles vieilli -, qui a tout connu, tout éprouvé, tout lu, bien qu'encore profondément attaché à un jeu politique dont il occupe le centre, regarde d'un oeil de plus en plus absent les fureurs et les intrigues de ces hommes de proie. Pour lui qui, depuis des années, médite sur Judas et la signification de son prodigieux destin, le temps de Dieu et le temps de la mort sont venus.

  • "Pendant que je me déshabillais, je vis Antoine qui fixait mon dos. Il me convoitait, encore, toujours, et il se méfiait de moi. Avec son regard, je me regardai : j'étais belle et menteuse. Je ne me regardai pas au visage, je regardai mon corps. J'avais un beau corps, je l'ai encore. Peu de femmes ont de beaux seins : je suis de ces femmes. Encore moins de femmes ont des seins beaux et émouvants : je suis de ce peu de femmes. Mon corps avait des liens avec cet appartement, et avec Antoine ; il s'était façonné à tout cela. J'avais le corps soigné, aisé, épanoui d'une belle femme riche, de plus flattée par les caresses d'un homme qui avait de belles dents, de la fougue, de l'adresse."

  • Publié pour la première fois en 1963, ce recueil posthume rassemble cinq nouvelles qui constituent un éventail tout à fait représentatif de l'art et des thèmes de Drieu la Rochelle. D'une poésie profonde et acide où le désespoir et l'élégance ne cessent de se croiser, ce livre révèle son auteur de manière étrangement présente, libre.

  • Alain, un jeune homme dans la trentaine, s'enferme dans la drogue et la solitude. Après avoir suivi une cure de désintoxication, il entre dans une maison de repos à Versailles. Il passe ses journées enfermé dans sa chambre, peuplée d'objets fétiches. Pendant deux jours, il guette un signe de sa femme et ressasse les échecs de sa vie passée qu'il confronte à la réalité du monde environnant, aux pensionnaires de la maison de repos dans laquelle il est hébergé.
    Entré dans une phase de rédemption, il déjeune chez son ami d'enfance Dubourg qui mène à présent une vie rangée. Il se sent alors gêné par la vie bourgeoise de Dubourg, devenu égyptologue, qui est marié et est devenu père. Les deux anciens amis ne se comprennent alors pas malgré la volonté de Dubourg de faire comprendre à Alain que l'exaltation de la vie de l'esprit vaut celle de la chair. Face au fossé qui se creuse entre eux, Alain chute à nouveau dans la drogue et fréquente les salons dont il a l'habitude. Au lendemain d'une nuit de déceptions, Alain met fin à ses jours.

  • Pierre Drieu la Rochelle a écrit les Mémoires de Dirk Raspe pendant le dernier hiver de la guerre. C'est son dernier roman. En novembre 1944, il écrivait à une amie : "Je travaille et cela devient une grande machine très importante. Cela va très bien, je suis en pleine forme et crois faire mieux que je n'ai fait jusqu'ici." Quatre mois après, il se tuait.
    C'est la vie de Van Gogh qui a inspiré à Drieu les Mémoires de Dirk Raspe. Dans ces semaines où il est hanté par la mort, il voit dans Vincent Van Gogh un grand compagnon fraternel. Comme lui, Van Gogh a voulu voir le dessous des cartes, ce qu'il y a derrière l'écorce de la vie et, pour cela, il ne s'est pas épargné. Les Mémoires de Dirk Raspe, où Drieu et Van Gogh, se tenant par la main, descendent côte à côte vers la mort, sont le récit d'une ascèse, d'une lente marche vers la délivrance à travers les mirages et les miroitements de la vie : l'amour des femmes, la passion des pauvres, l'éblouissement de l'art. Pierre Drieu la Rochelle nous en dit plus long sur lui-même dans ce roman secret que dans tant d'autobiographies appuyées.
    L'oeuvre est inachevée. Drieu prévoyait d'écrire encore trois parties et, d'après la vie de Van Gogh, on peut assez aisément les imaginer. Tels que Drieu nous les a laissés, les Mémoires de Dirk Raspe sont cependant le livre qui éclaire le mieux la dernière démarche spirituelle du romancier du Feu follet.

  • "J'imaginai une femme jeune, jolie, riche, Marquise Santorini. Un hasard lui fait arracher des mains de la police d'Athènes, où son mari est diplomate, un jeune communiste, Michel Boutros. Margot Santorini devient amoureuse de Boutros. Quelle qualité peut-elle donc aimer dans cet homme qui la froisse dans tous ses préjugés ? C'est un beau garçon ? Oui, mais l'explication est insuffisante, car Margot est une femme difficile. Elle croit deviner en lui un homme d'avenir qui deviendra un grand chef et avec qui elle courra une forte aventure.
    Boutros, de son côté, aime Margot, mais il devine ses mobiles. Très exactement, il comprend que si Margot l'aime, c'est parce qu'il est demeuré le bourgeois qu'il était avant de devenir communiste. Il s'en effraie.
    Le noeud de mon livre est donc là : est-ce que Boutros, inspiré par l'antique Pythie qu'il va avec Margot consulter à Delphes, acceptera cette loi que la femme, toujours imprégnée d'un puissant réalisme, ne peut aimer un homme que pour sa force et son prestige ?"
    Pierre Drieu la Rochelle.

  • Au début du XXème siècle, un séducteur se rend chez des amis libertins. Il y rencontre des femmes mais une prise de conscience ou une remise en cause de sa vie le tourmente.
    De conjoncture en conjoncture, il se tourne vers un idéal qui pourrait être Dieu.
    Drieu la Rochelle, dans ce roman, nous fait partager son obsession : être ou ne pas être l'homme moderne.

  • Il y a dans ce recueil trois textes différents. Le premier est un traité de suicide. Drieu raconte ici les diverses tentatives de suicide auxquelles, depuis l'âge de sept ans, il s'est livré. Il esquisse une sorte de philosophie du suicide qui, à la lueur de sa mort, prend des résonances singulièrement profondes. Le second fragment est un journal tenu par Drieu, du 11 octobre 1944 au 13 mars 1945. Ce sont des notations au jour le jour sur le suicide, toujours, la situation politique, ses lectures, ses états d'âme, et un ouvrage qu'il écrivait à ce moment-là : Dirk Raspe. Le troisième texte est un court fragment, dans lequel l'auteur retrace rapidement son évolution politique, entre la guerre de 1914-1918, et celle 1940-1945.

  • En onze nouvelles - plus une qui a plus trait à une nouvelle de science fiction - Drieu la Rochelle exprime le désaroi du couple bourgeois. Avec élégance, il nous dépeint une société sur le point de perdre ses repères - la seconde guerre mondiale est proche - qu'ils soient sociétaux ou amoureux. Qu'est ce que l'amour quand on l'épuise en de multiples conquêtes ? Qu'est ce l'émoi quand les premières passions physiques sont épuisées ?

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