• Journal de A à Z Nouv.

    Il y a le talent - cette explosion selon René Fallet - et le «savoir-faire» qu'on apprend à l'école ou à l'établi. Il avait les deux, une prédisposition au talent que la passion pour l'écriture amena à son meilleur niveau. Il y a la vie et il y a le « savoir-vivre » qui ne signifie pas la vie avec un mode d'emploi mais, pour René Fallet, l'expression d'une hypocrisie généralisée à laquelle il tourne résolument le dos. La littérature lui tient lieu de savoir-vivre. Grave erreur de sémantique. D'après ses propres notes, il se déchire avec entrain à tous les barbelés que crée son imagination, il s'ennuie mortellement entre deux pages et s'ennuie déjà moins quand il écrit qu'il s'ennuie. Son goût pour la chose écrite avec grâce, quel qu'en soit le sujet, littéraire, poétique, vélocipédique, footballistique ou halieutique, occupe une grande partie de son temps mais il s'ennuie dès qu'il lève les yeux de son pupitre. Alors, il tombe amoureux, et, croyant vivre un grand amour, il se prépare de tout son coeur à survivre dans ses décombres. Bref, il ne sait pas s'y prendre avec la vraie vie et ce n'est pas pour rien qu'il écrit en lettres géantes sur le mur de sa chambre « La vraie vie est absente ». Paradoxalement, rien ne ressemble plus à la vraie vie que ces 450 pages de littérature singulière, inconvenante, surprenante et si parfaitement honnête...

  • Le quartier général des copains : le 'Café du Pauvre', bistrot vieillot et charmant de la banlieue parisienne. Les copains : quatre mousquetaires du zinc qui forment une sorte de bande à Bonnot de la chopine. Refusant le monde tel qu'il est devenu, ils lui offrent une maligne et haute en couleur résistance passive.
    Comment Camadule, Poulouc, Captain Beaujol et Debedeux échappent superbement au métro-boulot-jus de fruits, c'est le thème de ce roman tonique et salutaire.

  • La soupe aux choux

    René Fallet

    Deux vieux paysans, deux amis, le Cicisse Chérasse et le Glaude Ratinier, achèvent modestement leur existence aux confins d'un village bourbonnais en voie de disparition.
    Une nuit, une soucoupe volante se pose dans le champ de Glaude. Un extra-terrestre en sort, que le Glaude appelera 'la Denrée'. La Denrée vit dans un austère astéroïde où les notions de superflu sont inconnues. L'absorption d'une assiettée de soupe aux choux va plonger le voyageur interstellaire dans un tout autre monde, celui du plaisir de vivre, celui aussi de l'amitié. Et ce sera la révolution sur sa planète.
    Quant au Cicisse et au Glaude, ils vont connaître une fin de vie plutôt inattendue!

  • Vous n'avez jamais vu l'aube. La vraie. Pas celle du premier train de banlieue. Seul le pêcheur sait le goût exact du matin, le goût du pain et celui du café de l'aurore. Il a, seul, ces privilèges exorbitants. Né subtil, il n'en parle pas. Il garde tout cela pour lui. C'est un secret entre le poisson et lui, l'herbe et lui, l'eau et lui.
    *
    Poisson, roseau pensant dans les roseaux, je te salue ! Tu mérites, plus que la guêpe, un coup de chapeau.
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    Un soleil d'Austerlitz monte sur Jaligny ébloui par tant de gloire et de lumière. Je pêche dans une toile de Monet. Me voilà au Salon de l'Été, accroché à un mur de verdure.
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    J'habite tous les châteaux d'eau. J'aime toutes les pêches. Toutes les rivières. Tous les canaux. Tous les étangs. Je peux même pêcher le poisson-chat, ce Frankenstein des eaux, dans une mare de ferme, lancer ma ligne entre deux canards. Je pourrais vous raconter mes très modestes histoires de pêche jusqu'à la nuit, mais c'est déjà la nuit.
    *
    L'oiseau bleu file au ras de l'eau, sur coussin d'air. Ça, c'est une loutre et ça, c'est une bécassine. Il pleut à peine sur la rivière, si peu que l'on pourrait croire qu'il s'agit des ablettes qui moucheronnent. C'est le soir. Déjà le soir. Des gouttes d'angélus tombent d'un peuplier.
    RENÉ FALLET

  • Intrépide, fougueux, effronté et généreux, Fanfan la Tulipe, soldat dans l'armée du roi, part à la conquête de la gloire et du coeur de la belle Adeline, la fille du sergent recruteur.
    Voici une adaptation audio parue en 1954 avec l'inoubliable Gérard Philipe, dans le rôle de Fanfan la Tulipe.
    7 pistes, 28 minutes environ.

  • C'est en 1947, alors qu'il n'a pas encore vingt ans, que René Fallet lance son premier pavé dans la mare aux lettres : un roman intitulé Banlieue sud-est. Les deux premières lignes donnent le La : " Je suis le type qui possède l'amour. D'un seul mot je le donne, d'un seul geste je l'arrache." Boris Vian salue " ce jeune et talentueux bougre ". Blaise Cendrars s'exclame : " Bravo ! C'est une réussite. " La critique n'en revient pas, les lecteurs se ruent : un nouvel écrivain vient de surgir de nulle part !
    René Fallet récidive en 1948 avec La Fleur et la Souris et, en 1949, avec Pigalle. Un romancier est né. En 1950, il reçoit le prix populiste pour l'ensemble de ses trois premiers romans.
    En 2008,
    Romans acides réunit cette trilogie fondatrice qui n'avait jamais été publiée en un seul volume : Banlieue sud-est épuisé depuis plusieurs années, La Fleur et la Souris et Pigalle introuvables depuis trente ans.
    Avec Romans acides, on découvre un écrivain rabelaisien, truculent, toujours en verve mais toujours acerbe, un auteur " joyeusement désespéré " (selon le mot de Didier Daeninckx), un adepte inconditionnel du " Je ris en pleurs " de François Villon.
    Romancier caustique, Fallet affûte chacun de ses mots, invente et chahute sa langue en poète : " L'air sentait à présent la fleur artificielle ", écrit-il par exemple dans Pigalle.
    René Fallet est bien, dès ses débuts, cet auteur turbulent et inclassable que n'a pas manqué de repérer Antoine Blondin : " un fabricant de porcelaine dans un magasin d'éléphants ". Romans acides en fait la preuve par trois.

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