LETTRE SUR LE COMMERCE DE LA LIBRAIRIE

  • " Il est des textes dont l'intérêt est tel que l'on finit par oublier les circonstances qui entourèrent leur publication et qui deviennent quasi intemporels, presque éternels [...], ainsi en est-il de la Lettre sur le commerce de la librairie de Denis Diderot. Si la Lettre a acquis un tel statut, c'est au prix d'un véritable détournement de signification. Intitulée initialement Mémoire sur la liberté de la presse, fondatrice en matière de défense de la liberté d'expression, elle a pris un tout autre sens dans l'Histoire. Rédigée fin 1763, publiée seulement en 1861, brandie par Bernard Grasset en 1937 pour contrer les propositions du ministre Jean Zay, puis à nouveau lors des débats préparatoires au vote de la loi [sur la propriété intellectuelle et littéraire] de mars 1957, elle est aujourd'hui tirée du linceul où dorment les grandes oeuvres, comme chaque fois qu'un péril réel ou supposé semble menacer le monde de l'édition. " Jean-Yves Mollier

  •  On ne lit pas un texte parce qu'il serait "utile", ni même "important". On le lit pour ce qu'il nous apprend, et met en mouvement en nous-même.  Qui pour douter de notre attachement au livre, si nous lui devons le meilleur de nous-mêmes, de notre apprentissage de l'imaginaire, de ce qui transcende notre rapport au monde ?  Seulement voilà: le livre a une histoire. Les dangers, la complexité, ne sont pas d'aujourd'hui. Et ce qu'on veut nommer "chaîne du livre" pour en figer les acteurs n'a jamais eu de pérennité. Le métier d'éditeur ne se distinguait pas, autrefois, du métier de libraire. La littérature et le poids d'un auteur n'attendaient pas le système des "droits d'auteur".  Il n'y a aucune obligation militante à revenir à Diderot. Il ne nous donne pas de leçon pour aujourd'hui. On n'en sort pas avec plus de certitudes.  C'est un travail de question, de dépli. On sépare l'objet commercial de l'objet nécessaire. On interroge les temps, d'écriture, de circulation. On examine la question du littéraire par rapport à la question de l'industrie. On met en perspective le rôle régulateur de l'État, et les questions liées à la censure.  Ce qui est fascinant, dans le "plaisir" qu'on a chaque fois à lire Diderot, c'est que finit ici la fable comme quoi les gentils auteurs s'occuperaient de leurs histoires, et sourire aux tables des salons du livre à pots de fleur, et que de l'autre côté des gens sérieux, parce qu'ils s'occupent des flux économiques, seraient en charge des choses savantes.  Diderot s'embarque dans la partie savante, mais il le fait du point de vue l'auteur. Ce qui est fascinant, parfois jusqu'au vertige quand on considère la modernité et l'actualité de ses formulations, même dans la mutation accélérée que nous abordons, c'est la façon dont il ouvre et nous présente une complexité nécessaire.  Tout du long de ce texte géant, on aura ces brillances, ces inquiétudes, qui rejaillissent sur la légitimité de ce qu'on fait, et pourquoi on s'y attelle. La leçon de complexité de Diderot vaut bien sûr pour notre aventure numérique. Elle vaut pour une société secouée, qui se replie sur des savoirs marchands qui la barricadent encore plus.  Il y a longtemps que je voulais que ce texte, symboliquement, ait sa présence dans notre catalogue. Il l'articule. Oui, nous marchons à neuf. Dans ce paysage neuf, ce qui sauve, c'est combien ces questions-là, les plus décisives, sont anciennes.  Cette mise en lignée est dédiée à Alain Pierrot.  FB

  • BnF collection ebooks - "A l'issue du congrès tenu à Bruxelles pour régler les droits de la propriété littéraire, MM.Ed. Laboulaye et Georges Guiffrey eurent la pensée de réunir et d'annoter les mémoires et ordonnances que cette grosse question avait provoqués au siècle dernier."BnF collection ebooks a pour vocation de faire découvrir en version numérique des textes classiques essentiels dans leur édition la plus remarquable, des perles méconnues de la littérature ou des auteurs souvent injustement oubliés. Tous les genres y sont représentés : morceaux choisis de la littérature, y compris romans policiers, romans noirs mais aussi livres d'histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou sélections pour la jeunesse.

  • LES hommes de génie, tous les auteurs, imprimeurs et libraires, attendent avec impatience une décision définitive sur la propriété littéraire. Ils vous disent, par mon organe : « Votre justice et la sagesse de votre jugement protégeront nos veilles laborieuses ; nos travaux n'auront de valeur, ils n'obtiendront d'encouragement, ils ne seront récompensés qu'autant que la cause soumise à vos lumières aura triomphé des embûches de l'avarice, et des spéculations de ces hommes qui seroient dignes de notre estime, s'ils n'étoient égarés par l'envie ou l'avidité.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • Extrait :
    "A l'issue du congrès tenu à Bruxelles pour régler les droits de la propriété littéraire, MM.Ed. Laboulaye et Georges Guiffrey eurent la pensée de réunir et d'annoter les mémoires et ordonnances que cette grosse question avait provoqués au siècle dernier."

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