Période moderne (< 1799)

  • Tout d'un coup, dans le petit chemin creux, je m'arrêtai touché au coeur par un doux souvenir d'enfance : je venais de reconnaître, aux feuilles découpées et brillantes qui s'avançaient sur le seuil, un buisson d'aubépines défleuries, hélas, depuis la fin du printemps. Autour de moi flottait une atmosphère d'anciens mois de Marie, d'après-midi du dimanche, de croyances, d'erreurs oubliées. J'aurais voulu la saisir. Je m'arrêtai une seconde et Andrée, avec une divination charmante, me laissa causer un instant avec les feuilles de l'arbuste. Je leur demandai des nouvelles des fleurs, ces fleurs de l'aubépine pareilles à de gaies jeunes filles étourdies, coquettes et pieuses. "Ces demoiselles sont parties depuis déjà longtemps", me disaient les feuilles.

  • Le jeune d'Artagnan, gentilhomme fougueux et téméraire, rêve de devenir mousquetaire du roi. Dès son arrivée à Paris, il est plongé au coeur d'un terrible complot contre la reine, ourdi par le cardinal de Richelieu. Duels, traquenards, enlèvements : le danger menace à chaque instant. Mais d'Artagnan peut compter sur ses nouveaux amis, Athos, Porthos et Aramis. Tous pour un, un pour tous!

  • Sur la route qui mène de l'enfance à la vieillesse, des joies de Combray à la perte des illusions du Temps retrouvé, Le Côté de Guermantes signe la fin de l'adolescence. On y observe l'aristocratie parisienne à travers les yeux d'un jeune bourgeois. Deux amours impossibles et douloureuses s'y nouent : la passion du Narrateur pour Oriane de Guermantes, et celle de son ami Saint-Loup pour l'actrice Rachel. Le salon mondain est un microcosme qui révèle ce qui intéresse en profondeur le romancier : la lutte de l'intelligence contre la bêtise, la force de la confrontation des points de vue, la richesse de la fluidité des identités.
    Le Côté de Guermantes est le témoignage mélancolique d'une époque en transition, qui court à la guerre de 1914. Le spectre de l'affaire Dreyfus plane sur tout le roman et en divise les acteurs. La lucidité et le pessimiste de Proust s'y expriment avec vigueur. Dénonçant le règne des apparences, le romancier met son extraordinaire talent d'observateur au service d'une satire sociale. Il fait de l'ironie une arme de combat, et de la méchanceté un art. Le Côté de Guermantes est le roman le plus drôle de toute la Recherche. Il est aussi le plus sombre : s'y jouent la maladie de la grand-mère du Narrateur, et celle de Swann. Mais par-dessus tout, c'est l'émerveillement devant le mouvement de la vie qui emporte le Narrateur et son lecteur.

    À la recherche du temps perdu est une exceptionnelle comédie sociale. Le Côté de Guermantes en est la preuve éclatante.

  • Édition de Jean-Yves Tadié comportant une préface et un dossier sur l'oeuvre.

    Ce court roman (deuxième partie de Du côté de chez Swann) contient tout ce qu'on aime lire : une peinture sociale, celle de l'immortel clan Verdurin et du cercle aristocratique de Mme de Saint-Euverte, dans les années 1880 ; une histoire d'amour et de jalousie, mettant en scène un dandy et une courtisane ; des réflexions sur l'art (peinture et musique) ; le comique et le tragique ; le passage du temps et le phénomène de mémoire involontaire ; enfin, un récit tout en analyse et des dialogues étincelants, et bien souvent hilarants. Proust a mis ici tout ce qu'il pense et sent sur l'amour. Roman qui condense toute la Recherche, confession intime cryptée, Un amour de Swann est un chef-d'oeuvre dont le sens est caché sous de multiples enveloppes, métamorphoses, synthèses et fusions - profondeur que n'épuise jamais la lecture.

  • L'amour passionnel et incestueux que porte Phèdre à son beau-fils la rend folle. Une tragédie incontournable.
    Notions littéraires : les règles de la tragédie classique, la passion tragique, le récit dans la tragédie classique, le monologue, la scène d'expositionHistoire des arts : peindre le paysage au XVIIe siècle, les contraintes de la représentation théâtraleRepères élèves : frise historique et culturelle du XVIIe siècle, lexique, notes de vocabulaire, méthode
    OEuvre du rabat : Guérin

  • Mythe du chevalier se battant contre les moulins à vent, dessin de Gustave Doré, de Picasso, de Dali, tel est le don Quichotte qui survit aujourd'hui dans nos mémoires. Pourtant, ce fou de littérature, ce dévoreur de romans de chevalerie, qui part à l'aventure pour vair si ce que disent les livres est vrai, est le héros du premier roman moderne.
    Retraduire don Quichotte, c'est tenter de redonner au lecteur d'aujourd'hui le même plaisir et la même passion qu'éprouvèrent les lecteurs contemporains de Cervantes. En restituant l'originalité des dialogues et des jeux de mots, en faisant rebondir l'aventure qui, pour la première fais dans l'histoire littéraire, va et vient entre réalité et fiction, en rendant à Sancho sa dimension de personnage, avec une voix et une langue qui lui sont propres, Aline Schulman fait tout à coup surgir la merveilleuse modernité du Quichotte enfouie sous un palimpseste de traductions archaïques. Par-là même elle reste fidèle à l'esthétique de Cervantes et réconcilie, à 400 ans de distance, les deux termes in dispensables à toute littérature : l'auteur et le lecteur.

  • Une édition de référence de Zadig ou la Destinée de Voltaire, spécialement conçue pour la lecture sur les supports numériques.
    « Zadig éprouva que le premier mois du mariage, comme il est écrit dans le livre du Zend, est la lune du miel, et que le second est la lune de l'absinthe. Il fut quelque temps après obligé de répudier Azora, qui était devenue trop difficile à vivre, et il chercha son bonheur dans l'étude de la nature. « Rien n'est plus heureux, disait-il, qu'un philosophe qui lit dans ce grand livre que Dieu a mis sous nos yeux. Les vérités qu'il découvre sont à lui : il nourrit et il élève son âme, il vit tranquille ; il ne craint rien des hommes, et sa tendre épouse ne vient point lui couper le nez. » (Extrait du chapitre III.)

  • La guerre de Troie a bien eu lieu : la ville est en cendres et ses grands héros sont morts. Mais leur souvenir et celui du conflit sont au coeur d'un enchaînement passionnel entre vainqueurs et vaincus : Oreste (le fils d'Agamemnon) aime Hermione (la fille d'Hélène), qui aime Pyrrhus (le fils d'Achille), qui aime Andromaque (la veuve d'Hector), qui reste fidèle à son premier époux, par-delà la mort. Un enfant, Astyanax, est l'otage innocent de ce drame.
    Première grande tragédie de Racine, Andromaque fait figure d'exemple accompli de l'art classique. Cependant, revirements incessants, personnages piégés dans un vain jeu d'apparences et dénouement sanglant animent la pièce d'une énergie toute baroque qui participe de son infinie richesse.
    o Questionnaires de lecture ;
    o Lectures analytiques ;
    o Groupements de textes :
    - des mots qui tuent ;
    - Andromaque, de l'Antiquité à nos jours ;
    o Cahier photos :
    - Andromaque en décors
    - Maîtres et confidents ; figures de la passion ;
    o Écrits d'appropriation ;
    o Vers le bac :
    - exercices de grammaire ;
    - sujet de dissertation.

  • Comment devient-on un tyran sanguinaire ? C'est l'intrigue de Britannicus, où Racine montre, en 1669, la prise de pouvoir de Néron. Ce « monstre naissant », sous le joug d'Agrippine, mère possessive, et d'un mauvais conseiller, le traître Narcisse, va laver l'affront d'un amour sans retour dans le chantage, l'enlèvement et le meurtre. En quelques minutes, Racine nous fait assister au spectacle de l'avènement, à Rome, de la barbarie.

  • Casanova (1725-1798) ne déroule pas seulement l'histoire de sa vie : il la recrée par la littérature. Il n'a pas le goût de la confession, mais celui du spectacle. Son pouvoir de séduction, c'est le pouvoir du récit. Chercher les mots qui sachent rendre une silhouette, un vêtement, une attitude, une étreinte, c'est donner forme à des souvenirs, c'est se laisser aller à un roman qui déborde le souvenir. Écrite dans une langue toute personnelle, où le français emprunte constamment à l'italien, l'Histoire de ma vie est la réunion, brillante et jouissive, d'un mémorial et d'une réinvention de soi.
    Aventurier, libertin, grand européen, Casanova apparaît aussi sous un jour plus sombre : inquiet de Dieu et de la mort, vieil homme qui se penche avec mélancolie sur les coups d'éclat d'une jeunesse perdue. Sa nostalgie de l'Ancien Régime va de pair avec ses revendications de plébéien. L'exaltation d'une réciprocité en amour s'accompagne de la pire répétition de la violence contre les femmes. Voici un témoignage rare sur la lucidité et l'inconscience d'un homme qui a voulu libérer les élans amoureux sans toujours se libérer des réflexes de la domination masculine. Casanova y échappe en inventant une écriture à nulle autre pareille : son français de l'extérieur nous conduit, comme rarement, au coeur d'un être qui s'est aventuré dans la différence des sexes.

  • Indiana

    George Sand

    • Bookelis
    • 29 October 2016

    Indiana se morfond au Lagny en compagnie de son vieux mari, rude et autoritaire , elle attend un messie qui la délivrera. Raymon de Ramière, qui a séduit Noun, la femme de chambre, rencontre Indiana lorsqu'elle fait son apparition dans le monde, à un bal. Il en tombe amoureux et décide de la séduire...

  • Texte antérieur à l'écriture de la Recherche, Journées de lecture fut composé, dans sa première version, comme une préface à un ouvrage de l'auteur anglais John Ruskin. Y éclôt toutefois une poétique infiniment singulière, Marcel Proust esquissant là sa propre conception de l'expérience de lecture, et avec elle, déjà, de celle du temps qui passe.
    "Ce qui diffère essentiellement entre un livre et un ami, ce n'est pas leur plus ou moins grande sagesse, mais la manière dont on communique avec eux..."

  • Manon lescaut

    Prevost

    Edition enrichie (Préface, notes, variante, dossier sur l'oeuvre, chronologie et bibliographie)Alors qu'à dix-sept ans, il s'apprête à quitter Amiens où il achève ses études de philosophie, des Grieux voit arriver le coche d'Arras. Une jeune fille en descend, si charmante qu'il s'avance vers elle pour l'interroger : ses parents l'envoient pour être religieuse, et elle sait qu'elle va être malheureuse. Décidé à l'arracher à la tyrannie de ses parents, il la loge dans une hôtellerie dont le maître lui est dévoué et le lendemain, à la pointe du jour, tous les deux partent pour Paris.
    Lorsqu'elle s'est tragiquement achevée, des Grieux fait le récit de sa tumultueuse liaison avec Manon au marquis de Renoncour qui la rapporte dans ses Mémoires que Prévost fait paraître au mois de mai 1731. C'est ainsi la voix même du chevalier que nous entendons, c'est l'émotion qu'il éprouve à raconter et à revivre ce qu'il a vécu qui nous touche - et sa parole fait entendre des accents si vrais que l'on a pu croire que Manon et des Grieux avaient véritablement existé, ou que l'abbé Prévost transposait un moment de sa propre vie. Mais le réalisme poignant de ce récit traversé de souffrances, de cette histoire où le plaisir se vit, s'achète, et conduit à la mort, n'est redevable qu'à l'art éblouissant de l'auteur.Professeur émérite à l'Université de Tours et ancien membre de l'Institut Universitaire de France, Jean Goulemot a récemment publié Adieu les philosophes. Que reste-t-il des Lumières? (Seuil, 2001). Il a également procuré au Livre de Poche une édition du Paradoxe sur le comédien de Diderot et de La Nouvelle Héloïse de Rousseau.

  • Alors que le premier tome est publié à compte d'auteur chez Grasset en 1913 grâce à René Blum (Proust en conserve la propriété littéraire), la guerre stoppe la publication du deuxième tome et permet à Proust de remodeler son oeuvre, cette dernière prenant de l'ampleur au fil des nuits de travail épuisant. L'auteur retravaille sans cesse ses dactylographies autant que ses brouillons et ses manuscrits, et souhaite interrompre sa collaboration avec l'éditeur. La Nouvelle Revue française, dirigée par Gaston Gallimard, est en pleine bataille éditoriale avec Grasset depuis 1914 mais a commis l'erreur de refuser en 1913 de publier Du côté de chez Swann par l'entremise d'André Gide, figure dominante du comité éditorial de la NRF qui juge que c'est un livre de snob dédié à Gaston Calmette, directeur du Figaro. Extrait : De tous les modes de production de l'amour, de tous les agents de dissémination du mal sacré, il est bien l'un des plus efficaces, ce grand souffle d'agitation qui parfois passe sur nous. Alors l'être avec qui nous nous plaisons à ce moment-là, le sort en est jeté, c'est lui que nous aimerons. Il n'est même pas besoin qu'il nous plût jusque-là plus ou même autant que d'autres. Ce qu'il fallait, c'est que notre goût pour lui devînt exclusif. Et cette condition-là est réalisée quand -- à ce moment où il nous a fait défaut -- à la recherche des plaisirs que son agrément nous donnait, s'est brusquement substitué en nous un besoin anxieux qui a pour objet cet être même, un besoin absurde que les lois de ce monde rendent impossible à satisfaire et difficile à guérir -- le besoin insensé et douloureux de le posséder.

  • Edition enrichie (Introduction, notes, dossier, chronologie, bibliographie, glossaire, index nominum)
    En 1584, un an avant sa mort, Ronsard rassemble et organise ce qui sera la dernière édition de ses oeuvres parue de son vivant. Sous le titre désormais habituel Les Amours, on trouvera ici l'ensemble des poèmes (principalement des sonnets) figurant dans la première des sept parties ; soit, en particulier, les Amours de Cassandre, les Amours de Marie et les Sonnets pour Hélène. Se dessine un vaste parcours qui montre la maîtrise de celui qui, en un peu plus d'une trentaine d'années, alors que la France passe des guerres contre l'Empire aux guerres de Religion, construit une oeuvre ample et complexe où se mêlent les influences des poètes grecs, latins et italiens. Quand il meurt en 1585, Étienne Pasquier considère qu'« il a en notre langue représenté un Homère, Pindare, Théocrite, Virgile, Catulle, Horace, Pétrarque » et conclut : « Bref, tout est admirable en lui ». Le lecteur pourra en juger avec ces Amours, la part la plus célèbre de son oeuvre.Édition présentée et annotée par François Roudaut

  • Que fait un petit-bourgeois parisien, célibataire, le dimanche en 1880? Désoeuvré, il s'ennuie. Aussi notre héros décide d'aller s'aérer à la campagne, dans cette banlieue parisienne encore assez méconnue des lecteurs, que peignent les impressionnistes, entre déjeuner sur l'herbe, bal populaire, partie de pêche et canotage. Tous les dimanches, ce sera pour lui une véritable expédition. Ignorant les codes qui régissent les loisirs dominicaux, le héros se condamne à être le dindon de la farce : il se perd en chemin, se soûle malgré lui, se fait moquer par les femmes... Chaque sortie dominicale le renforce dans son ridicule et dans sa solitude. Véritable petit roman-feuilleton, aussi drôle que Bouvard et Pécuchet, Les Dimanches d'un bourgeois de Paris sont une condamnation sans appel du conformisme, de ce bon sens qui confine à la bêtise, caractéristique du bourgeois au XIXe siècle.

    Ce volume contient également dix autres nouvelles ou chroniques journalistiques de Maupassant mettant en scène des petits-bourgeois célibataires ou des petits fonctionnaires, qui montrent combien ces figures obsèdent l'auteur ; trois chroniques qu'il consacre à Flaubert et Zola, ses maîtres ; et des textes de trois autres auteurs sur les mêmes thèmes : nouvelles de Huysmans, entrées du Dictionnaire des idées reçues de Flaubert, extraits de M. Prudhomme d'Henri Monnier, l'archétype du bourgeois ridicule.

  • Paul et Virginie est un exemple du roman de la fin du XVIII e siècle, écrit par Jacques Bernardin Henri de Saint-Pierre.

    Paul et Virginie.

    Virginie et Paul.

    Nés tous deux au cœur d'un Eden intemporel, luxuriant et inviolé, ces deux-là sont inséparables. Dans toute l'île de France (de nos jours Maurice), on ne compte pas d'enfants plus beaux, plus vertueux ni plus purs – et quand l'amour fleurit, chez ces cœurs innocents, c'est encore la nature, comme on cueille un fruit mûr, qui prédestine leurs sentiments... Las, la société viendra les arracher l'un à l'autre. Virginie sans Paul. Paul sans Virginie. D'une harmonie brisée, Bernardin de Saint-Pierre fait le triomphe du romantisme exotique, l'ode définitive aux paradis perdus.

  • Les essais

    Michel de Montaigne

    À bien des égards, Les Essais constituent l'oeuvre fondatrice des lettres françaises et de la pensée occidentale moderne, dont Montaigne est l'un des pères. Or rares sont ceux qui, en France, peuvent vraiment lire Montaigne, hormis les spécialistes, à cause des difficultés du moyen français. Une nouvelle édition des Essais s'imposait, non pas " modernisée " et encore moins " traduite en français moderne ", mais rajeunie et rafraîchie, pour rendre enfin accessible l'oeuvre du plus contemporain de nos classiques, le seul qui sache allier savoureusement des réflexions sur l'amour, la politique, la religion, et des confidences plus intimes sur sa santé ou sa sexualité. L'objectif de cette monumentale entreprise conduite par Bernard Combeaud, avec le concours de Nina Mueggler, est d'offrir des Essais restaurés et revitalisés, à partir de l'édition de 1595, pour que chacun puisse s'entretenir commodément avec un écrivain aux idées foisonnantes, salué par Stefan Zweig comme " l'ancêtre, le protecteur et l'ami de chaque homme libre sur terre ". Les traductions du grec et du latin sont toutes originales, les notes ont été réduites au minimum. Seules la ponctuation, l'accentuation, l'orthographe ont été systématiquement modernisées dans le souci constant de préserver la saveur originelle d'une langue si singulière, de préserver les images, les jeux de mots, les idiotismes gascons ou latinisants propres au style de Montaigne. Dans une longue préface inédite et percutante, Michel Onfray désigne l'auteur des Essais comme l'un de ses maîtres à penser et à vivre. Il explique " pourquoi et comment il faut lire et relire Montaigne ", philosophe qui apprend à " savoir jouir loyalement de son être ".

  • Édition enrichie (Introduction, notes, chronologie et bibliographie)« Rire est le propre de l'homme », disait Rabelais et, pour nous faire rire, il invente Pantagruel, le fils de Gargantua. Gargantua était le héros d'un livret de colporteur publié avec succès à Lyon : Les Grandes et Inestimables Chroniques de l'énorme géant Gargantua. Pantagruel est, lui aussi, un géant, qui, par mégarde, comble une carie dentaire en avalant des soldats ! Il a pour ami Panurge, un fieffé voleur vivant de la vente des indulgences et du mariage des vieilles femmes.
    Par cette farce énorme, Rabelais lutte avec humour contre un certain obscurantisme du Moyen Age. Manger du lard en Carême avait conduit Marot en prison. Rabelais, en humaniste, s'intéressait à tout : médecine, philosophie, éducation, géographie. Sa verve, sa truculence et sa fantaisie sont restées inégalées. Et il y a aujourd'hui dans le monde autant d'intolérants et d'ignorants qu'en son époque pour que son livre fasse toujours rire.
    Edition établie par Pierre Michel. 

  • Voici une famille hors norme, qui a produit quatre écrivains, tous fauchés en plein vol (morts avant quarante ans), soudés autour du père, vivant et créant ensemble, entre mélancolie et humour noir. Face aux drames des jours sombres, le clan fait bloc. Face à la difficulté d'être une femme qui écrit, les soeurs Brontë publient d'abord sous pseudonyme masculin (Charlotte, Jane Eyre ; Emily, Les Hauts de Hurlevent), souhaitant que leurs livres les consolent du destin, rendent possible l'amour et soient assez puissants pour enlever au lecteur tout désir d'en connaître l'auteur. Leur succès en a décidé autrement. Leur voeu d'invisibilité est aujourd'hui rompu, leur idée de l'intime nous est devenue étrangère. Il est temps de reconnaître qu'une oeuvre embrasse aussi tout ce qui lui a permis de surgir. Cette correspondance passionnante en est la preuve. Sur les mille lettres échangées par le père et les quatre enfants, entre 1821 (mort de la mère) et 1855 (mort de Charlotte), cette édition en retient trois cent dix. On entre dans ce recueil sur la pointe des pieds, comme si quelqu'un, en ouvrant une porte dérobée, nous faisait signe de nous approcher et nous rendait témoins de l'extraordinaire force de vie qui anime ces cinq êtres : le désir de prendre son envol, d'aimer, d'écrire - de vivre malgré tout.

  • En plus de deux petits chefs-d'oeuvre comme Regrets sur ma vieille robe de chambre et la Satire première, le présent choix de texte s'emploie à montrer les différentes faces d'un génie singulier. Une série d'articles pour l'Encyclopédie, où Diderot fit son apprentissage, témoigne de sa capacité à traiter de sujets variés avec beaucoup de verve. Des extraits de ses Mémoires pour Catherine II révèlent un grand planificateur intéressé par l'aménagement de la ville. Enfin des textes tirés des Éléments de physiologie, son dernier ouvrage testamentaire, nous rappellent que Diderot se passionna sa vie durant pour la médecine qui le familiarisa avec l'idée de la discontinuité fondamentale de l'être humain.

  • Un roman cosmopolite et européen qui évoque la France, l'Angleterre et l'Italie à l'aube du romantisme dans la diversité de leurs moeurs et de leurs cultures. L'histoire d'une femme, la poétesse Corinne, qui inaugure le débat sur la condition féminine, sur le droit de la femme à vivre en être indépendant et à exister en tant qu'écrivain. Corinne, c'est Mme de Staël elle-même, "la femme la plus extraordinaire qu'on vit jamais" selon Stendhal, "un être à part, un être supérieur tel qu'il s'en rencontre peut-être un par siècle", disait Benjamin Constant. Napoléon lui-même, qui voyait en Mme de Staël une dangereuse messagère de liberté, déclara un jour : "Il faut reconnaître après tout que c'est une femme d'un très grand talent ; elle restera."

  • C'est la première oeuvre de Cazotte - célèbre pour Le Diable amoureux (1772) et la prophétie que lui prête La Harpe, publiée en appendice de l'ouvrage -, un conte loufoque, jonglant avec les conventions du genre. Le motif du héros empêché par son long nez fait songer à Cyrano ou Gogol mais derrière la pure fantaisie les clins d'oeil satiriques (contre les courtisans, la mode philosophique...) anticipent le conte philosophique voltairien.

  • Mythe du chevalier se battant contre les moulins à vent, dessin de Gustave Doré, de Picasso, de Dali, tel est le don Quichotte qui survit aujourd'hui dans nos mémoires. Pourtant, ce fou de littérature, ce dévoreur de romans de chevalerie, qui part à l'aventure pour vair si ce que disent les livres est vrai, est le héros du premier roman moderne.
    Retraduire don Quichotte, c'est tenter de redonner au lecteur d'aujourd'hui le même plaisir et la même passion qu'éprouvèrent les lecteurs contemporains de Cervantes. En restituant l'originalité des dialogues et des jeux de mots, en faisant rebondir l'aventure qui, pour la première fais dans l'histoire littéraire, va et vient entre réalité et fiction, en rendant à Sancho sa dimension de personnage, avec une voix et une langue qui lui sont propres, Aline Schulman fait tout à coup surgir la merveilleuse modernité du Quichotte enfouie sous un palimpseste de traductions archaïques. Par-là même elle reste fidèle à l'esthétique de Cervantes et réconcilie, à 400 ans de distance, les deux termes in dispensables à toute littérature : l'auteur et le lecteur.

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