Drame

  • Il existe des dizaines de traductions en français de Macbeth (1606), une des plus célèbres tragédies de Shakespeare. Celle de François-Victor Hugo, qui date du XIXe siècle et a longtemps été la référence, apparaît aujourd'hui datée. Depuis, la pièce a donné lieu à des multiples travaux scientifiques, réalisées par des universitaires, linguistes et grammairiens, qui ont privilégié l'exactitude plutôt que l'esthétique.
    Voici enfin une traduction littéraire du chef-d'oeuvre de William Shakespeare par un des écrivains les plus imaginatifs de la littérature française : Marcel Schwob, également auteur, avec Eugène Morand (père de Paul Morand), d'une traduction de Hamlet parue en 1901. Son Macbeth, publié posthume en 1927, n'a jamais été réédité depuis.
    Seuls les écrivains savent traduire les écrivains. Il fallait le sens poétique et l'imagination de Schwob pour retrouver, en français, la richesse, la finesse et l'énergie du texte de William Shakespeare. 

  • Une ambiance de fête règne à la cour de François Ier. Le roi s'encanaille : il boit et rit des railleries de son bouffon Triboulet, qui l'incite à la débauche. Tous ignorent que l'amuseur bossu a une fille, Blanche, un joyau qu'il chérit et tient précieusement éloigné des frasques des courtisans.
    Mais la vigilance d'un père ne saurait empêcher une malédiction de se réaliser et le roi de convoiter la belle Blanche...
    Jalousies, complots et vengeances composent ce drame écrit en 1832, au coeur de la bataille romantique.

    L'édition :
    o Parcours de lecture
    o Groupement de textes : les résonances dramatiques de la pièce (Dom Juan, Phèdre, Lucrèce Borgia)
    o Du texte à la représentation : mise en scène de Jean-Luc Boutté à la Comédie-Française, 1991
    o La réception de la pièce (EMI)

  • L'otage

    Paul Claudel

    Dans ce drame, Claudel a peint l'effondrement de la société traditionnelle issue de la monarchie. Deux aristocrates, un homme et une femme, qui ont survécu aux massacres de la Terreur, tentent, au péril de leur vie, de leur amour et de leur honneur, de sauver le Pape : ce dernier a été enlevé de la prison où l'avait relégué l'Empereur et caché dans leur domaine. Mais un préfet de l'Empire a éventé sa présence et se livre à un odieux chantage. La violence des sentiments et des situations confère un pouvoir dramatique intense à ce conflit des intérêts et des passions qui s'élève entre une aristocratie déchue et un pouvoir sujet aux variations de l'Histoire. "Comment ai-je pu être aussi cruel ?" s'interrogeait l'auteur de ce premier volet d'une 'saga' où sont évoqués à grands traits, par-delà les destinées individuelles, les déchirements et les bouleversements de la société française au XIVe siècle, préfigurant l'avènement des temps modernes.

  • Étranges prisonniers réunis par Genet dans la cellule d'un quartier de haute sécurité ! Loin de souhaiter échapper à leur condition, ils constituent à eux trois un petit monde clos dont ils exagèrent l'enfermement. Yeux-Verts, le seul assassin du groupe, est un pôle attractif pour les deux autres : ils n'aspirent qu'à l'honneur de l'imiter, sinon de le rejoindre dans le ciel héroïque du crime et de la mort pour lequel la prison se révèle le meilleur tremplin.
    Prison et enfermement métaphysiques donc. Yeux-Verts, le plus avancé sur la voie du détachement, fuit dans une sorte de rêve de gloire ; les deux autres s'entre-déchirent pour avoir les meilleures chances d'accéder à une existence vraie en captant à leur profit le reflet de celui qui appartient déjà à l'autre monde. Ce désir luciférien de néantisation salvatrice ne peut aboutir qu'à l'échec. Qui s'en étonnerait ?

  • Sirène, ondine, naïade... Il arrive que les noyées, les suicidées ou les jeunes femmes emportées prématurément par une mort violente se métamorphosent en l'une de ces créatures mythiques que les Slaves nomment Roussalka. Elles charment les hommes par leur chant et les attirent tout près du bord pour les entraîner avec elles. De cette figure universelle, Pouchkine tire un drame à la couleur typiquement russe.
    La fille d'un meunier aime un prince éperdument. Quand il la délaisse, enceinte, pour en épouser une autre, elle se jette dans le Dniepr et la campagne russe prend soudain des airs de conte fantastique. Le meunier devient fou : sa fille lui parlerait du fond des eaux. Le prince lui-même entend la voix de son enfant. La jeune paysanne l'aime toujours et elle l'attend. Ce ne sont peut-être que des regrets... Mais c'est bien vous que l'envoûtement de La Roussalka pourrait emporter.

  • Cine Nouv.

    Cine

    La Tristura

    Un homme d'aujourd'hui, espagnol, décide d'entreprendre le voyage qu'il n'a jamais osé faire. Il part en quête de son identité dont il ne reste aucune trace visible depuis sa naissance à la fin des années 1970. Sa biographie se confond avec celle de son pays, en un palimpseste tumultueux. CINÉ est le récit de ce voyage qui progressivement, nous révèle les origines cachées d'une vie et, par là même, moult secrets qui oscillent entre tabous intimes et engagement politique.
    Pour La Tristura, le théâtre est un lieu propice au dévoilement, à l'incursion dans les limbes de la mémoire, un lieu où des coulées s'entrouvrent au coeur du récit, métamorphosé ici en un texte sur les enfants volés durant l'époque franquiste. C'est le lieu d'un paradoxe inextricable.
    D'après les auteurs, différentes associations et travailleurs sociaux estiment que le nombre d'enfants volés en Espagne atteint les 300 000 entre 1939 et jusqu'aux années 1980.
    Les séquences, parfois elliptiques, se succèdent et construisent une mosaïque composée de voix et de guerres autant réelles qu'inventées. Le théâtre accomplit alors sa fonction tragique, celle de mettre en relation la destinée individuelle avec celle, plus collective, d'un ordre fondé sur des valeurs politiques qui nous échappent.

  • L'enfance et la violence faite aux jeunes femmes sont ici présentées avec une tristesse infinie, à travers un enchaînement de récits dramatiques qui forment une mystérieuse mosaïque.
    Ainsi, plusieurs formes d'agression ont lieu simultanément à différents endroits de la planète. À Pattaya, des milliers de visiteurs, surtout des hommes solitaires, marchent égarés au milieu de la foule. Alex est l'un d'eux. Il ne cherche aucune compagnie hormis celle de Roly, son chien. À quelques kilomètres, une petite fille vêtue d'une robe bleue est assise à côté d'un touriste, sur un quai. Loin de Bangkok, un groupe d'amis célèbre un enterrement de jeune fille où le vrai jeu est celui des attouchements. À la même heure, en Inde, une mère jette le foetus de son enfant dans un fleuve. Pendant ce temps, à Madrid, un policier enquête sur le suicide d'une adolescente. Énigmes qui restent à résoudre dans ce clair-obscur, et que la prouesse dramatique nous présente sous la forme d'un carrousel.

  • Ushuaia

    Alberto Conejero

    Située aux confins du monde, la ville d'Ushuaia abrite en son sein Mateo, reclus et isolé au coeur de ce paysage de glace. Il convoque une jeune femme pour s'occuper des tâches quotidiennes. Introduite dans l'univers de cet homme étrange et mystérieux, Nina tente de retrouver les traces du passé nazi de Mateo, afin de venger l'histoire. Mais sous un voile de vérité, toute certitude n'est pas inaliénable, et l'Histoire cache plus qu'elle ne dévoile.
    La véritable identité de Mateo se dessine au fil des scènes au sein des décombres d'un triangle amoureux, tissé par des voix réelles et fantasmagoriques, fantômes du passé. La recherche historique devient un palimpseste où la mémoire, à travers les limbes du temps, fait ressurgir l'horreur mêlé à l'universalité du sentiment amoureux. Entre mensonge et vérité, le texte devient le porte-parole de voix disparues, notamment celle de Róza Eskenázi, chanteuse juive séraphade et figure active de la résistance pendant la Seconde Guerre mondiale.
    Mais l'amour n'est-il pas rédempteur comme dans La vie est un songe, le texte phare du grand Siècle d'or espagnol, dans lequel réel et fiction font de la langue le moteur central de la vie ?

  • Elena et Daniel ont accueilli et soigné un lévrier durant plusieurs mois. Sous le regard avisé et quelque peu décalé de Rita, Hans et Greta devront prouver qu'ils sont aptes à l'adoption.
    Avec un humour cinglant, l'auteure décline cette situation sous toutes ses formes (économique, sociale ou langagière), à travers la joute oratoire des deux couples, espagnol et allemand, qui vont se faire face au beau milieu d'un salon.
    Animal racé, élégant et majestueux, le lévrier espagnol est associé à l'aristocratie comme en témoigne la célèbre Partie de chasse de Goya, qui illustre avec justesse une société européenne en crise. Scène après scène, les rivalités apparentes dévoilent une visée tout autre, illustrant le conflit politique entre Nord et Sud qui, à son tour, laisse transparaître une crise représentative des relations de couple. Tous les clichés contemporains vont passer dans le prisme de la langue. Les dialogues, enlevés, précis, mais aussi douloureux, nous montrent une humanité qui n'en finit pas de chercher son bonheur.
    Grâce à une succession de situations comiques, les véritables visages de chacun se dévoilent, au bord de l'abîme... et de la crise de nerf !

  • Je ne me souviens toujours pas de son visage parle de notre attachement à la terre et à sa mémoire, de l'expropriation à l'expulsion. Sous forme de conte dramatique et d'hyperbole, la violence y est sans commune mesure, nous donnant à voir la dévastation du territoire mexicain. Jamais frontale, toujours avec délicatesse, l'oeuvre construit elle-même ses images bien qu'elle s'appuie sur un fait avéré, celui des villages dits magiques, pour composer un tableau autonome de son origine. Les personnages, abandonnés au milieu d'une guerre invisible sont victimes des narcotrafiquants. Les complices, eux, sont flous, moins tangibles.
    La routine du village de Mier est brisée lorsqu'une tête apparaît, littéralement, au bord d'une route, à titre d'avertissement. Elle parle, mais ne se souvient plus de son âge. Elle est là depuis toujours dit-elle, cette tête. Elle est une preuve du crime organisé, et devient la protagoniste de ce drame de facture surréaliste qui rompt tous les codes de la vraisemblance pour nous mener dans un espace imaginaire où dignité et solitude vont main dans la main.
    Lara reprend le dispositif dramaturgique d'une oeuvre parlante, tout comme le programme gouvernemental « Magical town » destiné à stimuler le tourisme dans certaines villes.

  • Le Sol qui porte Hande est le récit dramatique de l'assassinat et de la disparition de Hande Kader en 2016, activiste transgenre turque, remarquée lors de la Marche des Fiertés à Istanbul l'année précédente. La dramaturgie de ce texte tente de retracer sa vie, de sa naissance à sa disparition.
    Cette quête fragmentée qui prend la forme d'un texte-paysage, d'un individu, de son corps, de sa famille, de son identité, est construite par une fable bigarrée de césures - de pages manquantes. Le lecteur spectateur citoyen doit irrémédiablement faire appel à son interprétation, à sa capacité d'imaginer, pour en trouver un fil conducteur. Le théâtre devient une déambulation où l'écriture cherche à comprendre pourquoi et comment il est aujourd'hui possible qu'une société contienne tant de haine, de détresse et de violence. Ainsi, l'auteur démantèle la forme tragique classique, en intégrant le choeur au plateau des acteurs. Par un procédé d'inversion, la collectivité agit elle-même sur le récit devenu fiction.
    Par là même, ce texte interroge le statut et la valeur de la parole, celle qui commente la réalité pour la rendre soit plus intelligible, soit plus opaque. C'est donc l'origine même qui est en question, celle de l'autorité des uns sur les autres, du théâtre sur soi, et de soi sur le système démocratique d'aujourd'hui.

  • Snorkel

    Albert Boronat

    Le snorkel est un sport, à ce qu'on dit. Dans ce récit pour la scène, les personnages semblent revenir d'une fête lointaine et aquatique qui n'est que souvenir. Des voix, multiples et en écho, tentent, à l'instar des femmes et des hommes d'aujourd'hui, de sortir la tête de l'eau, d'autant plus que leur regard est rivé sur la beauté des fonds marins. Parole et corps devraient, par la performance à venir, trouver un équilibre, grâce à la parfaite composition dramaturgique du texte.
    L'observation, sous forme kaléidoscopique, d'un paysage lacustre, d'un campement de touristes, d'un monastère où la modernité va se reposer, donne à voir une ascension où toutes et tous se cassent la figure, avec humour et réalisme.
    Les personnages ne sont pas toujours humains, n'ont pas toujours un nom, et ne partagent pas toujours le même temps, mais ils ont en commun la conscience de naviguer à la dérive en essayant de comprendre un monde que Snorkel compose dans voyage vertical, de la profonde obscurité d'un lac jusqu'à la première colonie humaine sur Mars.

  • Au coeur de la terre andalouse s'érige un projet familial d'une importance fondamentale : un père de famille, propriétaire terrien, ambitionne de faire fortune par la culture massive de tomates. Ses trois fils tentent chacun d'y trouver une place, peinant à avancer sur leur propre voie. Le père, brutal et intransigeant, place ses espoirs les plus chers dans la culture de ses fruits, faisant fi de la portée morale de ses actes et de leurs conséquences.

  • À l'heure où la question de l'altérité se pose plus que jamais, la découverte de l'autre se fait amoureuse, sexuelle et sociétale. En s'éprenant de Pap, Sénégalais, le personnage de María interroge notre rapport au monde à travers le prisme ancestral de la famille.
    María décide d'explorer l'Afrique dans le cadre de voyages initiatiques, provoquant l'incompréhension de son entourage. Le détroit de Gibraltar, lieu de passage, devient le symbole de la quête personnelle et intrinsèque de ce qui constitue « l'Autre ».
    Dans ce voyage à rebours qui la mène à Lavapiés, le quartier madrilène le pus ethnique de la capitale, puis à Burgos, sa ville natale, María va désapprendre tout ce qu'elle a appris à ce jour.
    Dans ce questionnement des origines, la découverte du monde s'effectue au sein de méfiances quasi-animales, faisant du corps et de sa sexualité un lieu de rencontres et de batailles incessantes. Intimité amoureuse, quête de soi et engagement politique sont étroitement liés, opposant réalité et fiction.
    Désincarnée et dédoublée par l'écriture, la voix de l'auteure trouve son écho dans le personnage de María, afin d'illustrer cette affirmation rimbaldienne: « Je suis l'autre ». D'une plume audacieuse, elle dresse le portrait de notre nature profonde d'animal social, que la pensée et la parole définissent à chaque instant.

  • Au sein d'un univers aquatique, les Nageurs de la nuit forment un Ordre secret, constitués d'hommes et de femmes écorchés, délaissés et souffrants. Tous cohabitent autour d'un lien qui les rassemble, celui de la solitude, de la violence, mais aussi celui de la joie. Ils forment une communauté unie mais secouée par l'effondrement de ses représentations habituelles.
    Damnés de l'amour, ils apparaissent telles des voix fragmentées, résonnants en un choeur contemporain. Les personnages deviennent le portrait d'un monde malade et morcelé, dans lequel l'innocence ne trouve plus sa place. Le sujet intime défie le politique tandis que le corps politique s'insinue dans l'intime.
    Dans la relation littéraire que l'auteur entretient avec le plateau, la littérature se situe dans le sillon des auteurs sud-américains, placée entre un langage métaphorique et une parole exclue de la réalité.
    La scène devient un lieu d'expérience poétique, dans lequel le temps et l'espace semblent flottants, à l'image de la déstructuration formelle du texte.
    L'écriture de Mora met en tension le spectacle incessant que chacun des personnages donne de soi au monde, mais aussi le moi déchiré des individus modernes.

  • L'Araignée du cerveau est l'histoire d'une jeune fille qui s'invente un frère, tue ses parents et va en prison. Puis qui revient, croit-elle, chez elle après sept années. Elle va puiser dans un imaginaire polymorphe les éléments nécessaires pour supporter le souvenir d'une enfance étouffée, privée de sa substance, de joie et d'amour.
    Ce récit du retour au foyer familial est d'autant plus troublant que les scènes se répètent comme des variations souffrant quelques altérations : un tremblement permanent. Il se construit entre le souvenir d'un passé incertain, un présent instable, à travers des personnages qui tournent comme les aiguilles d'une montre dans un espace clos. Dans une savante mise en abîme, les espaces se réduisent progressivement jusqu'à ce que nous découvrions que tout ce qui a été joué n'est qu'un ensemble de voix et d'images qui se tissent dans le cerveau de la jeune fille, prisonnière d'une famille absente. De fait, il n'est pas toujours facile de différencier ce qui est réel de ce qui a été inventé. Que se passe-t-il quand les émotions de l'enfance nous ont été volées, quand l'on nous dérobe le bien le plus précieux de la vie, celui d'inventer notre propre langage ?

  • Quelque part, un corps est le voyage - au sens littéral, onirique, vital et imaginaire - d'un jeune homme en quête du corps, de la parole et des yeux de celle avec qui il a passé, un jour lointain et proche à la fois, quelques heures. Cette rencontre, unique et irremplaçable, marque pour lui le début d'une rupture avec le monde dont il s'éloignera pour amorcer un nouveau chemin contre vents et marées.
    Cette quête se poursuit pendant des années et constitue un voyage chaotique, mais à la matrice solide, au pattern inébranlable. C'est surtout celle d'un dialogue avec un autre personnage-figure aux multiples visages, un ange gardien qui égrène chacune des étapes de ce texte mystérieux. Guidé par le souvenir d'un regard qui fonde une vie entière et dont le corps absent creuse progressivement un lieu dans lequel chacune et chacun se love. Dans ce voyage à travers le temps et l'espace, l'énergie de la langue devient un point de fuite, un horizon à atteindre.
    Ce qui en ressort, c'est que fiction et réel sont assujettis à une croyance, une conviction qui bien que nous soyons tous issus de ce creux, de ce lieu où se trouve l'amour, nous le fuyons autant que nous y revenons sans cesse.

  • L'Obéissance de la femme du berger est un triptyque sur la soumission, des femmes envers les hommes mais aussi des hommes en général, à travers trois monologues féminins pris dans le prisme d'un pornographe. La Femme d'un berger qui va bientôt mourir, la Femme abandonnée, seule dans un asile, et un Bébé, incarnent trois générations d'une même famille qui coexistent dans un même lieu : une maison de campagne. Cette maison est celle de la violence extrême que le texte nous dévoile comme le territoire de tous les traumatismes liés à une logique patriarcale.

  • Générations de femmes : Skarga, cinquante-six ans, se tient devant l'absence de sa mère qui vient de mourir. Il y a aussi la mère sous la plinthe, la grand-mère, fantôme ou voix intérieure. Pour la femme qui reste et pour celle qui a péri en mettant sa fille au monde, la mort s'affronte sans larmes et sans vanité. Peu à peu se tisse un dialogue étrange et pourtant quotidien. Les femmes se racontent par bribes, par à-coups, crient la souffrance du travail, de la guerre, de la maternité, l'absurdité des on-dit et des il-faut. Dehors, les saumons pleuvent, comme si, là-haut, c'était l'océan tout entier qui déversait les pleurs d'un chagrin inhumain.

  • R.O.O.T

    Christophe Marachian

    Dans une société qui n'est pas sans rappeler Le meilleur des mondes d'Aldous Huxley, la Guilde - organisation étatique mystérieuse - a mis au point un traitement permettant d'effacer les souvenirs de la population : pas d'histoire, pas d'enfance, pas de famille, pas de traumatismes.
    Plus de souvenirs, plus de souffrances.
    « Vivez heureux. Vivez l'instant. Profitez. »
    Mais ROOT, lui, n'est pas heureux. Il est sujet à la mélancolie, à l'angoisse et souffre d'insomnie.
    Un jour, il rencontre des dissidents - les porteurs de lumière - qui lui offrent le moyen de se souvenir : les fruits d'un arbre prodigieux, dépositaire de la mémoire du monde.
    Mais qui sont ces ombres qui errent derrière les brumes de son esprit ?
    Et quelle est cette bête effrayante qui gratte à la porte de sa mémoire ?

  • L'amour 1900

    Eliane Kherris

    Une adaptation théâtrale sur le thème du couple, réalisée à partir de scènes ou de pièces d'auteurs de la seconde moitié du 19e siècle et du tournant du 20e : Eugène Labiche, Henry Becque, Anton Tchekhov, Georges de Porto-Riche, Jules Renard, Tristan Bernard, Georges Feydeau, Sacha Guitry. Au-delà de la peinture d'une société révolue et d'un voyage dans le temps de la Belle Époque, une analyse subtile des sentiments qui donne à ces « folies bourgeoises » des résonances très modernes.

  • Le 1er septembre 1944, le maire de la ville portuaire de Larchelles est fusillé au camp du Struthof avec tout le réseau de résistance auquel il appartient. Ce héros, mort pour la France, est un modèle honoré par des noms de rues, de places, de lycées... Oui, mais. « Homme de son temps », il est aussi un chef d'entreprise dont la fortune s'est constituée par la colonisation. Jeune metteuse en scène et comédienne, Blanche Vogiel, une de ses descendantes, entreprend de monter une pièce sur son aïeul. Elle choisit, pour l'incarner, de confier le rôle à un comédien noir. Dédouanement facile face à son passé ? Délit d'appropriation culturelle ? Privilège blanc ? Recontextualisation ? Vogiel coupable ? Retraçant avec un troisième comparse le parcours du personnage, les trois comédiens interrogent théâtre, histoire et devoir de mémoire...

  • À la cour du Roi Soleil, la redoutable Athénaïs de Montespan, favorite en titre de Louis XIV, suscite autant l'admiration par son esprit cinglant et sa beauté éclatante, que la crainte par ses violents accès de rage. Tandis que la fête, l'amour et la luxure règnent en maîtres, d'étranges rumeurs font trembler le royaume : des enfants disparaissent, des nobles sont violemment assassinés et de terrifiantes sorcières surgissent des faubourgs, accusant de crimes terribles les proches du roi... Dans un tumulte de passions, les personnages s'aiment à la folie, se haïssent à mort et se livrent à de féroces duels oratoires pour parvenir à leurs fi ns. Basée sur des faits historiques, cette pièce de théâtre tragique mais pleine d'humour suit les pas de l'une des femmes les plus puissantes de l'histoire.

  • Petites pièces désabusées (sélection) constitue une géographie réelle et fictive, marquée par des situations qui donnent lieu à notre désolation quotidienne. Non sans humour, une voix narrative se déploie à travers différents récits qui sont rarement en lien avec les grands sujets de l'histoire souvent considérés comme transcendants.
    Ainsi, nous nous confrontons à des situations apparemment anecdotiques qui bloquent nos vies et nous empêchent d'être en osmose avec nos désirs. C'est alors que commence le drame de notre solitude. Le style de ces récits, qui fonctionnent pour la plupart à partir d'une voix intérieure, nous renvoie à une sorte d'Intranquillité, d'agitation calme en surface. Les personnages affrontent leurs fantômes, leurs contradictions, et aussi les pièges de leur propre parole. La réalité, hostile, nous interroge inlassablement sur nous-mêmes et nos représentations, faisant de nous des petites marionnettes.
    L'ironie est une clef essentielle pour lire cette mosaïque de textes entrelacés et entendre le murmure des voix qu'ils abritent. Des textes à déplier donc, pour y retrouver des êtres incomplets, insatisfaits et fragiles face à la brièveté du temps. L'horizon n'est sans doute pas si infini que l'on veut bien nous le faire croire.

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