• Nommé au Collège de France, Michel Foucault a entrepris, durant la fin des années soixante-dix, un cycle de cours consacré à la place de la sexualité dans la culture occidentale : l'Histoire de la sexualité, articulée en trois volumes (La volonté de savoir, L'usage des plaisirs et Le souci de soi). Il y prolonge les recherches entreprises avec L'archéologie du savoir et Surveiller et punir, mais en concentrant ses analyses sur la constellation de phénomènes que nous désignons par le "sexe" et la sexualité. L'axe de cette entreprise n'est pas de s'ériger contre une "répression" de la sexualité afin de la "libérer", mais de montrer comment la vie sexuelle a enclenché une volonté systématique de tout savoir sur le sexe qui s'est systématisée en une "science de la sexualité", laquelle, à son tour, ouvre la voie à une administration de la vie sexuelle sociale, de plus en plus présente dans notre existence. Foucault fait ainsi l'archéologie des discours sur la sexualité (littérature érotique, pratique de la confession, médecine, anthropologie, psychanalyse, théorie politique, droit, etc.) depuis le XVIIe siècle et, surtout, au XIXe, dont nous héritons jusque dans les postures récentes de libération sexuelle, l'attitude de censure et celle d'affranchissement se rencontrant finalement dans le même type de présupposé : le sexe serait cause de tous les phénomènes de notre vie comme il commanderait l'ensemble de l'existence sociale.

  • Du voyage en Amérique qu'il effectue au début des années 1830, Tocqueville tire ce qui deviendra, dans la riche littérature politique du XIXe siècle, l'une des oeuvres les plus lues et les plus commentées. Car l'étude des institutions de la jeune république américaine lui inspire une véritable philosophie de la démocratie, toujours nuancée et souvent visionnaire.
    Comment accorder l'égalité et la liberté, exigence centrale pour un régime démocratique ? Quels sont les effets pervers de ce système politique et les moyens de s'en prémunir ? Les réponses de Tocqueville à ces questions essentielles n'ont cessé de nourrir les réflexions des générations ultérieures, jusqu'à trouver leurs prolongements dans les débats citoyens d'aujourd'hui.

    Dossier :
    1. Sur les valeurs d'égalité, de fraternité et de souveraineté
    2. Les perversions de la société démocratique : entre désordre et uniformisation
    3. L'exercice du pouvoir démocratique : tyrannie de la majorité et despotisme pastoral
    4. Les remèdes à la centralisation.

  • " Faire son deuil ", tel est l'impératif qui s'impose à tous ceux qui se trouvent confrontés au décès d'un proche. Se débarrasser de ses morts est-il un idéal indépassable auquel nul ne saurait échapper s'il ne veut pas trop souffrir ? L'auteure a écouté ce que les gens racontent dans leur vie la plus quotidienne. " J'ai une amie qui porte les chaussures de sa grand-mère afin qu'elle continue à arpenter le monde. Une autre est partie gravir une des montagnes les plus hautes avec les cendres de son père pour partager avec lui les plus beaux levers de soleil, etc. " Elle s'est laissé instruire par les manières d'être qu'explorent, ensemble, les morts et les vivants. Elle a su apprendre de la façon dont les vivants se rendent capables d'accueillir la présence de leurs défunts.
    Depuis un certain temps, les morts s'étaient faits discrets, perdant toute visibilité. Aujourd'hui, il se pourrait que les choses changent et que les morts soient à nouveau plus actifs. Ils viennent parfois réclamer, plus fréquemment proposer leur aide, soutenir ou consoler... Ils le font avec tendresse, souvent avec humour. On dit trop rarement à quel point certains morts peuvent nous rendre heureux !
    Prix des Rencontres philosophiques de Monaco 2016
    Prix de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique 2019

  • Elles sont parmi les habitants les plus nombreux de notre planète et pourtant la philosophie les a négligées, voire haïes : les plantes ont depuis toujours été la cible d'un snobisme métaphysique. Malgré le développement de l'écologie, la démultiplication des débats sur la nature ou sur les questions animales, les plantes - leur forme de vie, leur nature - restent une énigme pour la philosophie. En mêlant exemples tirés de la philosophie, des sciences naturelles et de l'art, ce livre s'efforce de pénétrer le mystère de ces êtres singuliers.

  • L'oeuvre de Hobbes est au centre du débat qui divise depuis la fin du XIXe siècle, historiens et philosophes sur le thème de la sécularisation de la pensée politique moderne. Considérée par les uns comme annonciatrice de l'athéisme contemporain, rattachée par les autres à l'orthodoxie anglicane de son temps, il n'existe pas d'oeuvre dont l'interprétation ait subi sur ce point d'aussi grandes fluctuations. Ce livre apporte une importante contribution dans la mesure où il met clairement en évidence le rôle joué par la théologie de la toute-puissance dans la constitution de la philosophie morale et politique de Hobbes. L'auteur établit notamment que le fondement de cette philosophie, à savoir la mort violente qui étend sa menace sur tout un chacun dans l'état de nature, constitue le corollaire de la thèse selon laquelle la mortalité naturelle procède de la volonté de Dieu de dominer les hommes par sa toute-puissance. Après avoir exposé le ressort conceptuel de cette théologie à savoir l'absence de contrat ou d'Alliance au fondement de la dominationdivine, l'ouvrage montre en quoi la thèse d'une domination de Dieu par nature contribue à l'élaboration d'une anthropologie politique fondée sur l'égalité, au déploiement d'une politique de la souveraineté et à une critique des théologies politiques de l'Alliance. Si elle s'oppose à une interprétation linéaire du procès de sécularisation, l'étude de Luc Foisneau n'entend donc pas relancer les spéculations des théologiens politiques, mais s'attache au contraire à faire apparaître les conséquences politiques de la prise en compte par Hobbes de la mortalité humaine. * François Noudelmann a accueilli le 15 février dernier Luc Foisneau sur le plateau de son émission Les vendredi de la philosophie sur le thème "Les passions de Hobbes".
    Pour écouter l'enregistrement de l'émission, suivez le lien : http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/vendredis/

  • En déclarant la mort de la nature, nombreux sont ceux qui voient dans l'Anthropocène l'opportunité de prendre enfin les commandes d'un système-terre entièrement modelé par les humains.
    À rebours de cet appel au pilotage global, Virginie Maris réhabilite l'idée de nature et défend la préservation du monde sauvage. Elle revisite pour cela les attributs de la nature que les fantasmes prométhéens du contrôle total s'appliquent à nier : son extériorité, en repensant la frontière entre nature et culture ; son altérité, en reconnaissant la façon dont les non-humains constituent leurs mondes tout comme nous constituons le nôtre ; et enfin son autonomie, en se donnant les moyens de respecter et de valoriser ces mondes multiples.
    L'auteure invite à remettre au cœur de la réflexion sur la crise environnementale la nécessité de limiter l'emprise humaine sur la planète, en redonnant toute sa place au respect de cette nature indocile qui peuple nos paysages, nos imaginaires, et qui constitue finalement l'autre face de notre humanité.
    Virginie Maris est philosophe de l'environnement au CNRS. Elle travaille au Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive (CEFE) à Montpellier. Ses travaux portent sur la biodiversité, les sciences de la conservation, les valeurs de la nature ou encore les rapports entre écologie et économie. Elle est l'auteure de Philosophie de la biodiversité. Petite éthique pour une nature en péril (Buchet-Chastel, 2010) ainsi que de Nature à vendre. Les limites des services écosystémiques (Quæ, 2014).

  • Il n'est pas certain qu'il y ait davantage qu'un air de famille et un jeu complexe d'hérédité entre toutes les choses que l'on rattache à la vénérable idée de philosophie. Ce livre n'a pas d'autre ambition que de présenter un choix d'instantanés de la pensée de quelques-uns des plus illustres membres de cette famille. Né de la volonté de créer un outil pour les élèves et les professeurs des classes de terminale et de classes prépa, mais aussi plus largement pour les jeunes adultes, ce livre entend faciliter un premier rapport avec des auteurs qui, en d'autres circonstances (et notamment dans leurs propres ouvrages), peuvent se montrer effrayants et malpolis, surtout avec les nouveaux venus.
    En prenant appui sur courts extraits de textes de référence choisis pour leur accessibilité, ou l'effet de surprise qu'ils peuvent créer, chacun des textes de ce volume développe un aspect de la pensée d'un philosophe susceptible de piquer la curiosité du lecteur et de l'inciter à prolonger la discussion avec les penseurs dont la société lui semble la plus agréable. Les extraits choisis ont tous cette qualité de pouvoir être appréciés et compris pour eux-mêmes, sans appeler de long exposé sur l'auteur ou sur le système dans lequel il s'insère.
    Fort d'une expérience de recherche et d'enseignement dans le supérieur ainsi qu'au lycée, Thibaut Giraud alias Monsieur Phi s'efforce de tenir un propos à la fois accessible et rigoureux d'un point de vue scientifique et argumentatif : c'est le défi d'une vulgarisation qui ne se contente pas d'être superficielle et anecdotique mais donne au lecteur le moyen de plonger véritablement au coeur des sujets traités.

  • Charité bien ordonnée : de saint Augustin à Goethe Nouv.

    Les adages les plus paradoxaux n'ont cessé de hanter les penseurs les plus exigeants. Celui selon lequel la charité bien ordonnée commence par soi-même a déterminé les métamorphoses du sujet et de la conscience en Occident. Un livre éclairant pour ne pas finir désordonné. Charité bien ordonnée commence par soi-même : le dicton est si commun qu'on a cessé de s'en étonner. Pourtant, il n'a rien d'anodin. Non seulement parce que la charité, selon saint Paul, ne cherche point son intérêt, mais aussi parce que les notions d'ordre et d'amour semblent mal s'accorder. Si l'amour de soi est premier, quels sont les autres amours qui devraient s'y ordonner ? Et surtout, comment définir le
    bon ordre ?
    Répondre à ces questions signifie retracer la fortune d'un thème augustinien, celui de l'ordre de la charité, du Moyen Âge à l'époque moderne. Les six études réunies ici proposent moins une histoire de ce thème qu'une analyse de ses métamorphoses les plus marquantes. Car l'idée d'
    ordo charitatis s'épanche comme une sève au cours des siècles et sous les plumes d'innombrables auteurs, qui s'en emparent et la refaçonnent.
    De saint Augustin à saint Bernard, saint Thomas et Dante ; de Montaigne et Thomas Browne à Descartes, Pascal et Goethe. Mais aussi des juristes médiévaux aux casuistes du xviie siècle et aux théoriciens de la raison d'État : l'
    ordo charitatis revient sans cesse, en se chargeant d'enjeux multiples et parfois contradictoires. De sorte qu'il faudra désormais y reconnaître une de ces cellules idéelles qui structurent en profondeur l'histoire de la culture européenne.

  • 'Enquêter sur des archives qui auraient été rassemblées par Michel Foucault. Déplier chacune de ses pièces pour suivre la trace d'individus qui se sont retirés du monde au XIXe et au XXe siècle. Redécouvrir, en marge du dossier, que dans une forêt des Vosges, il est un autre ermite qui a marqué mon enfance.
    Lors du dépouillement de cette généalogie sauvage, il arrivera que je me perde, mais n'est-ce pas le propre du chercheur que de s'aventurer en un territoire où plus il avance plus ce qu'il croyait savoir se dérobe sous ses pas.'
    Philippe Artières.

  • Signes, pour Maurice Merleau-Ponty, n'était pas un alphabet complet, mais plutôt ces signaux soudains comme un regard que nous recevons des événements, des livres et des choses.
    Ou qu'il nous semble recevoir d'eux : il faut croire que nous y mettons du nôtre, puisqu'il y a des constantes dans ces messages. En philosophie, l'idée d'une vision, d'une parole opérante, d'une opération métaphysique de la chair, d'un échange où le visible et l'invisible sont rigoureusement simultanés. En politique, le sentiment que les mécanismes d'étouffement, de paralysie ou de terreur ne sont pas irréversibles. Si l'auteur a bien lu, ces signes, donc, ne seraient pas de si mauvais augure.

    En sorte que Signes, loin d'être une traversée des apparences, devient pour le lecteur d'aujourd'hui une traversée de l'oeuvre même, dans ses grandes interrogations, de Merleau-Ponty.

  • Vous êtes face à un jeu vidéo. Vous pressez les touches, déplacez la souris, appuyez en cadence sur les boutons du pad. Qu'est-ce qui se produit alors ? Quel est cet état si particulier, à la limite du vertige et de l'hallucination ?
    Depuis les premiers hackers, qui programmaient la nuit sur les ordinateurs géants d'universités américaines, jusqu'à la console de salon, en passant par la salle d'arcade des années 1970, ce qui s'est à chaque fois inventé, au fil de l'histoire des jeux vidéo, ce sont de nouvelles liaisons à la machine, de nouvelles manières de jouir de l'écran.
    On aurait tort de négliger ces petits objets qui ressemblent fort à de simples gadgets : ils concentrent en fait les logiques les plus puissantes du capitalisme informationnel. Et ceci parce qu'ils combinent, comme aucune autre forme culturelle, désir, marchandise et information. Les jeux vidéo sont de petites poussières de rêve grâce auxquelles le capitalisme se secoue de son grand sommeil mais ce sont aussi des miroirs brisés qui renvoient une image complexe de la subjectivité contemporaine : en s'y intensifiant, les logiques du management informationnel y redeviennent visibles, accessibles à la critique, actionnables, reconfigurables, jouables.

  • Spinoza est peut-être le plus grand philosophe de l′Occident, mais il est si difficile à lire que très peu arrivent à le comprendre. Voici son Éthique rendue enfin accessible à tous dans une version simplifiée et modernisée enrichie de précieuses explications et de nombreux exemples. Reformulant l′Éthique dans le sens des sagesses non-duelles, Bruno Giuliani met en lumière l′intuition la plus révolutionnaire de l′oeuvre, souvent incomprise de ses lecteurs, à savoir que le véritable sens de Dieu - c′est-à-dire la nature - est en réalité la Vie. Accompagnant le lecteur tout au long de l′ascension spirituelle qui va de la souffrance de l′ignorant à la liberté du sage, il montre comment se libérer des illusions de la morale et s′éveiller à la grâce de l′amour par la seule compréhension de la vérité. L′Éthique apparaît alors clairement pour ce qu′elle est : une extraordinaire pédagogie du bonheur dont la méthode est la thérapie de l′affectivité par l′éveil de notre intuition. Plus nous comprenons nos affects comme des expressions nécessaires de la Vie, plus nos passions se transforment en vertus et plus nous devenons libres, aimants et heureux, jusqu′à la plus haute béatitude. Une invitation magistrale à éveiller notre coeur à l′unique source du bonheur - et au sens même de l′existence : la culture de la joie. Pour lire les premières pages : cliquez ici

  • Ce texte posthume, dont Nietzsche avoua l'importance dans son orientation vers la philosophie, fut dicté à l'un de ses amis en 1873. L'auteur de La Naissance de la tragédie y expose une conception du langage qui restera la même tout au long de son oeuvre.Il s'y attaque à la prétention philosophique d'élaborer un système comme une «pyramide de concepts ». Contre l'idée d'un discours entièrement rationnel, il fait valoir les droits de la métaphore, cette force instinctive qui produit des images, bien avant que l'homme ne songe à établir une rigueur théorique fondée sur les distinctions lexicales et les conventions morales.Le philologue est ainsi devenu philosophe, mais son style sera celui d'un « poète-prophète ».
    Présentation, traduction et commentaire de Marc de Launay.
    Marc de Launay est chercheur aux Archives Husserl de Paris (ENS-Ulm). Il a traduit des philosophes allemands (Kant, Schelling, Nietzsche, Husserl, Cohen, Rosenzweig, Scholem, Cassirer, Adorno, Habermas, Blumenberg) et vient de recevoir le Grand Prix Etienne Dolet. Il dirige l'édition des oeuvres de Nietzsche dans La Pléiade.

  • « Nous avons besoin aujourd'hui d'un humanisme vital. Et cela nous ramène à la "valeur" de l'humain qui est la condition de tout humanisme et sur laquelle on s'est beaucoup trompé. Car cette "valeur" n'est pas une propriété simple qui excepterait l'humain du vivant ou qui pourrait être écrasée par lui. Elle réside plutôt dans des inventions humaines, réponses toujours perfectibles à tous les dangers vitaux à la fois. Ainsi, cet humanisme est vital non seulement parce qu'il situe l'humain dans le vivant, mais parce qu'il le considère comme nécessaire et urgent, pour la vie de tous les vivants. L'humanisme suppose encore autre chose : un accès universel à tous les humains. Or, ici, nous partageons bien quelque chose mais n'est-ce pas d'abord une inquiétude ? Oui, en effet. C'est même ce qui m'a poussé à vous écrire. Mais je savais, dès que je m'y suis engagé, que cela nous permettrait aussi de rejoindre nos joies. » F. W. Dans ces lettres adressées à une amie « inquiète et qui sait penser », Frédéric Worms explique pourquoi l'humanisme vital est la réponse philosophique aux dangers de notre temps. Frédéric Worms est professeur de philosophie contemporaine à l'École normale supérieure, dont il est directeur adjoint depuis 2015, et l'auteur remarqué d'ouvrages de philosophie. Il est membre du Comité consultatif national d'éthique et l'un des producteurs, sur France Culture, de l'émission Matières à penser. 

  • Saviez-vous que votre cafetière ou votre grille-pain n'étaient pas « que » des objets matériels ? En effet, ils ont également des aspects psychiques : une forme de mentalité primitive, présente partout dans l'univers.

    Le chemin qui mène à défendre une telle affirmation - qui peut sembler pour le moins étrange, voire absurde ! - est un parcours intellectuel passionnant.
    Jiri Benovsky présente d'une manière étonnamment accessible les théories philosophiques traditionnelles concernant la nature de la conscience, et en montre les limites à travers une série d'expériences de pensée et de réflexions qui sont à la fois très sérieuses et pleines d'humour.
    Truffé d'idées stimulantes et surprenantes, ce livre aborde les grandes questions concernant la nature de l'esprit, du Soi, et de l'identité personnelle, qui nous font comprendre que la place de l'humain dans l'univers est celle d'un élément essentiellement connecté à tout ce qui l'entoure.

  • La démoccratie règne sans partage ni mélange. Elle est venue à bout de ses vieux ennemis, du côté de la réaction et du côté de la révolution. Il se pourrait toutefois qu'elle ait trouvé son plus redoutable adversaire : elle-même.
    Ce livre rassemble des textes écrits sur vingt ans qui scrutent sous différentes faces le prodigieux changement auquel il nous a été donné d'assister. Nous avons vu la démocratie non seulement l'emporter et avancer de façon décisive, mais revenir à ses sources en se recentrant sur les droits de l'homme et en se remodelant à leur école. Sauf que, par un retournement encore plus inattendu, cette ressaisie des premiers principes la conduit en réalité à saper ses propres bases. Elle se défait en progressant. C'est cette difficulté d'être inédite qu'explore Marcel Gauchet, de la politique à la psychologie, en passant par l'éducation.
    "Rien n'échoue comme le succès", observait Chesterton. La démocratie survivra-t-elle à son triomphe ?

  • Dans la crise de civilisation où nous sommes entrés, les figures du héros et du saint semblent faire l'objet d'une nouvelle attente. Si la philosophie commence avec l'étonnement, il y a là matière à méditer. De fait, héroïsme et sainteté sont des besoins collectifs et personnels - mais pourquoi ? Quelle est la réalité de ces deux conduites ? En quoi se séparent-elles et en quoi fusionnent-elles ? Pourquoi ont-elles été à ce point dévaluées ? Ces êtres d'exception n'ont rien à voir avec le surhomme ou le transhumain. Ils ne constituent pas des fuites hors de l'humanité. Ils nous rappellent ce que nous sommes - autre chose que des animaux et des machines - et nous appellent à vivre en conséquence. Ils sont paradoxalement les gardiens de notre finitude.
    Né en 1954, Robert Redeker est agrégé de philosophie. Collaborant à plusieurs périodiques, il a notamment publié : Le Déshumain ; Nouvelles Figures de l'homme ; Egobody ; L'Emprise sportive ; L'Éclipse de la mort ; L'École fantôme. Il fut pendant quinze ans, à l'appel de Claude Lanzmann, membre du comité de rédaction des Temps Modernes. Ses livres sont traduits en plusieurs langues étrangères.

  • Depuis ses tout premiers travaux, l'ambition de François Jullien est de construire un rapport interculturel Chine-Europe tout à la fois effectif et fécond, c'est-à-dire qui se garde de l'universalisme à bon marché, comme du relativisme, son double inversé. Il était donc requis d'emblée dans son programme de recherches qu'il se consacrât un jour à la question même de l'universel, et à ses enjeux politiques..
    Jullien commence par retravailler le sol conceptuel de la notion même d'universel. Qu'est-ce qui distingue et en même temps relie cette notion à celle d' « uniforme » ? Et les deux précédentes notions à celle de « commun » ? Puis il entreprend d'éclairer en profondeur la façon chaotique dont la dimension de l'universel a émergé en Europe. Car lorsqu'on l'examine d'un point historique (et dans le temps long qui est celui des idées), il est frappant de voir à quel point l'universel est une notion composite, voire hétéroclite, en ce qu'elle plonge ses racines dans trois régimes de pensée et d'histoire très hétérogènes : celui de la logique, via la philosophie et les sciences, celui du droit, via l'Empire romain, et enfin celui de la religion, via la christianisme et saint Paul.
    Oui, il y a bien une « idéologie européenne ». Oui, les notions de « démocratie » et de « Droits de l'homme » subissent une torsion lorsqu'elles passent en Chinois. Non, cela ne signifie pas pour autant que le relativisme est la seule option rationnelle et le fin mot de tout. Et encore moins que les jeunes Chinois de la place Tian an'Men ne savent pas de quoi ils parlent lorsqu'ils revendiquent de telles valeurs. Oui, on peut dire quelque chose de neuf, aujourd'hui encore, sur l'universel et sur le dialogue des cultures.
    Et de fait, si la démarche « sinophilosophique » de F. Jullien présente un avantage, c'est bien justement celui de renouveler et de relancer toutes les questions qu'elle rencontre, même les plus rebattues, et nous surprendre ainsi à chaque livre.

  • La saga culte de George R. R. Martin décryptée dans ses profondeurs philosophiques. Un essai aussi rigoureux qu'original, alors que la saison 7 de la série s'apprête à être diffusée sur HBO.
    Pour la première fois de son histoire, la série télévisée au succès planétaire Game of Thrones a rattrapé les livres dont elle est l'adaptation. Les fans du monde entier sont plongés dans un suspense insoutenable : qui est appelé à régner sur le Royaume des Sept Couronnes ?
    Pour répondre à cette interrogation, Marianne Chaillan convoque les meilleurs experts possibles : les philosophes. Elle imagine une soirée télé en compagnie des meilleurs spécialistes de philosophie morale et politique pour déchiffrer les clés de la série tirée de la saga de George
    R.R. Martin. Qui, selon Kant, mériterait de régner ? Qui faut-il soutenir pour Hobbes ? Qui semble le plus doué pour conquérir le pouvoir selon Machiavel ?
    Pour aller plus loin, cet essai stimulant vous met à contribution : grâce à d'étonnantes expériences de pensée, vous pourrez ainsi découvrir de quel philosophe vous êtes le banneret et de quel personnage vous êtes le plus proche. Alors êtes-vous un Stark ou un Lannister ? Daenerys a-telle plus de chance de régner que Cersei ?
    Ce voyage d'Essos à Westeros en compagnie des plus grands philosophes démontre que regarder Game of Thrones peut se révéler aussi instructif que divertissant.

  • Cette introduction à la pensée et l'oeuvre de Claude Lefort (1924-2010) met en lumière la réflexion particulièrement novatrice du philosophe sur la démocratie, nourrie de l'expérience du totalitarisme, notamment sous sa forme stalinienne.
    Après être revenu sur l'engagement militant de Lefort au sein du groupe Socialisme ou Barbarie et sur les raisons qui l'ont conduit à s'éloigner du projet révolutionnaire, cet ouvrage montre ce que doit sa pensée à la réflexion philosophique développée par le philosophe Maurice Merleau-Ponty, particulièrement sur les questions de société, de politique et d'histoire. Il fait aussi ressortir l'immense travail de réinterprétation de Machiavel accompli par Lefort, qui a débouché sur une théorisation de la démocratie en tant que régime capable de faire vivre la conflictualité inhérente au politique. Il explique enfin comment Lefort a approfondi sa réflexion sur la démocratie à partir de Tocqueville notamment, et cherché à redonner un contenu politique à l'idée des droits de l'homme.

  • Arrivé au bout de sa vie, M. Heidegger voulait jeter un pont entre l'Occident et l'Orient. C'est le Japon qui a répondu présent. Sur fond de fragments présocratiques et de jardins Zen, voici le plus paradoxal et le plus fécond des dialogues entre les cultures.
    L'ouverture de Heidegger à la pensée orientale, d'abord timide, devient manifeste durant la dernière période de sa vie.
    Avec les interlocuteurs japonais, l'écoute se transforme en un véritable dialogue.
    Examinant le versant asiatique de celui-ci, surtout l'École de Kyôto, l'étude de Bernard Stevens souligne comment l'herméneutique heideggeriennne a fourni les outils grâce auxquels toute une génération de penseurs d'Orient a pu participer aux débats philosophiques contemporains, ouvrant des horizons inédits à la réflexion.
    Un essai d'une grande clarté, qui jette un pont solide et durable entre l'Europe et l'Asie.

  • Aimer
    Star Wars, est-ce aussi se montrer philosophe ? La saga de George Lucas a tout du mythe contemporain. Les répliques les plus célèbres émaillent le langage courant et les personnages eux-mêmes sont devenus des figures emblématiques sur toute la planète.
    Loin de la simple épopée pour adolescents,
    Star Wars se révèle sans doute plus philosophique qu'on pourrait le croire. La question du bien et du mal, mais aussi celles de la religion, de la politique, de la technique, de l'identité ou de la liberté, y sont abordées.
    Animé d'une verve caustique et décalée, et avec le concours des grands philosophes, Gilles Vervisch débusque les thèmes que recèle ce mythe fondateur de la pop culture.
    De Dark Vador à Platon, d'Obi-Wan Kenobi à Jocho Yamamoto, de Palpatine à Machiavel, il n'y a qu'un pas, et l'on peut s'initier à la philosophie en regardant Star Wars. C'est ce que démontre avec brio Gilles Vervisch.

  • " Qui suis-je ? " La question formulée par Descartes dans les Méditations métaphysiques traverse les courants les plus divers de la philosophie, sous des formes variées et conflictuelles. Wittgenstein, trois siècles plus tard, la reprend et la retravaille. Est-il possible, par un jeu de confrontation entre Descartes et Wittgenstein, de renouveler cette question de l'identité subjective ? C'est le projet que se fixe Pascale Gillot dans cet ouvrage.

    Elle nous fait entendre, chez ces deux philosophes traditionnellement opposés, une même attention à la grammaire spécifique de la subjectivité, qui n'est ni un quelque chose, ni un rien. Les expériences de pensée proposées par Wittgenstein, autour d'une expérience phénoménale ne renvoyant pas au corps propre (la possibilité d'avoir mal dans le corps d'un autre), rencontrent alors les analyses cartésiennes d'un Je, le Je métaphysique, un sujet sans référent corporel. Loin de s'identifier à une substance fantomatique, à un moi psychologique, ce Je inassignable donne à entendre le caractère constitutivement évanouissant de la subjectivité, une subjectivité rétive à la grammaire de l'objectification.

    Paradoxalement, le caractère insaisissable du sujet, sa vacuité, offrent un socle de résistance aux injonctions managériales à " être soi-même ". Ainsi se conçoit une possible libération à l'égard des multiples assignations à tel statut civil ou social ; autrement dit, un refus des identifications aliénantes autant qu'imaginaires.

  • Qu'y-a-t-il de commun entre un masque du Bénin et un quatuor de Schubert ? Entre la Pietà d'Avignon et un ready made de Marcel Duchamp ? Qu'est-ce qui constitue la dignité esthétique d'un objet ? Si ce n'est une propriété intrinsèque de l'objet, par quelle visée originaire la conscience se dispose-t-elle à la constituer en objet d'art ?
    Analysant les doctrines et les oeuvres, c'est à ces questions que tente de répondre cet essai. Prenant appui sur les témoignages de romanciers, de philosophes et de peintres, Nicolas Grimaldi montre que l'art n'a jamais rien figuré de naturel, et qu'à l'inverse de la vie, le propre de l'art est de nous faire percevoir, en ses objets, de tout autres mondes. C'est justement parce que cette représentation est un jeu que l'expérience de l'art est celle d'une re-naissance.
    INÉDIT

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