CNRS Editions

  • Crêtes multicolores, vestes à clous, pantalons issus de surplus militaires, bouteilles de bières entassées, No Future, voix et musique saturées rythmant le pogo d'une foule bariolée : le mot " punk " charrie à lui seul son lot d'images toutes faites. Par-delà les clichés, comment ce style musical venu de New-York et de Londres s'est-il implanté en France ? Si le mouvement punk connaît son âge d'or dans les années 1980, avant d'être supplanté sur la scène médiatique par d'autres musiques contestataires, il n'en demeure pas moins prégnant dans certains espaces sociaux et géographiques. Mais qui devient punk ? Où ? Comment ? De quelle vision du monde cette musique est-elle le vecteur ? En quoi est-elle aussi un mode de vie, placé sous le signe du Do It Yourself, qui offre un point de vue décalé sur la société française et ses évolutions ?

    Pour comprendre les multiples facettes du punk et retracer son histoire, cette enquête au long cours mobilise tous les outils de la sociologie : observation participante, analyses statistiques, entretiens et suivi dans la durée de nombreuses trajectoires individuelles d'amateurs comme de musiciens. Ouvrant les portes d'un monde à part, elle parvient de la sorte à reconstituer les logiques sociales expliquant la genèse, l'organisation et la persistance d'une musique qui est aussi un style de vie.

  • De l'an mil à 1789, la noblesse fut en France une qualité transmise par le sang, dans le cadre, prépondérant sinon exclusif, du mariage chrétien. Spécifiquement, son histoire visait à s'inscrire sous le signe de la reproduction sociale. De 1300 à 1500, le fort sentiment d'identité de ses membres se trouva encore renforcé par l'intervention des hérauts d'armes. Quoique très minoritaires, les nobles persistèrent alors à jouer un rôle central, malgré les crises auxquelles ils furent confrontés et les contestations dont ils furent l'objet.

    Les études ici réunies traitent de ce vaste sujet, l'accent étant mis sur le château, vu de l'intérieur et de l'extérieur, la seigneurie comme source de pouvoir et de revenus et les chevaux " de nom ". Parmi les activités propres à ce milieu – telle la chasse avec chiens ou oiseaux et plus encore les armes –, les joutes et les tournois, ce sport aristocratique pratiqué dans le cadre de la vie de cour, ne sont pas oubliés.

    Certes, juridiquement et idéologiquement, on est en présence d'une société d'ordres, ce qui aurait dû conduire à un immobilisme structurel. Mais la réalité est plus complexe, comme le montre, au sein des " bonnes villes ", la place des nobles face aux notables. La noblesse ? Une " élite " parmi d'autres, qui, de facto sinon de jure, se renouvelait régulièrement. Ici comme ailleurs, la vie l'emportait sur les principes.

  • La domination masculine est un fait quasi universel : plus de 80 % des groupes humains sont patrilinéaires et à fort pouvoir masculin. Le Néolithique, qui voit l'émergence de l'agriculture et de l'élevage, est sans doute une des périodes parmi les plus importantes pour comprendre comment et pourquoi nos sociétés sont encore aujourd'hui ainsi configurées. Examiner comment se constituent et interagissent les deux catégories sociales fondamentales que sont celles des femmes et des hommes lors du passage au statut d'agriculteurs-éleveurs sédentaires représente un enjeu majeur dans la recherche des origines des inégalités.

    Les rapports de genre au Néolithique ont été encore peu explorés. Il faut néanmoins se montrer prudent, et fonder les conclusions sur ce que disent les données mobilisées. Or, le genre n'a d'existence que s'il s'accomplit, s'il est visible. Il se matérialise par des attributs, des postures et des gestes, par des habitudes, par la manière de conduire des activités. Cette matérialité bénéficie à la discipline archéologique dont le support principal est l'analyse des productions matérielles des humains sous toutes leurs formes : parures, costumes et outillages, modes alimentaires, activités de subsistance, etc.

    L'une des premières cultures néolithiques européennes, le Rubané, se prête parfaitement à une telle approche : de nombreux caractères de cette société sont connus et peuvent être mobilisés pour faire ressortir les premières informations qu'il est possible d'énoncer sur les conditions des femmes au Néolithique.

  • Considéré comme un des grands anthropologues français du XXe siècle, Philippe Descola réalise son premier terrain en Amazonie. En ethnographe, il vit des années durant au sein de la tribu des Jivaros Achuar, et observe les relations que ces Amérindiens entretiennent avec les êtres de la nature. En ethnologue, il montre que l'opposition traditionnellement établie en Occident entre nature et culture ne se vérifie pas chez les Achuar, qui attribuent des caractéristiques humaines à la nature. En anthropologue enfin, il définit quatre modes de rapport au monde que sont le totémisme, l'animisme, le naturalisme et l'analogisme permettant de rendre compte des relations de l'homme à son environnement.

    En un texte clair et didactique, Philippe Descola nous restitue les grandes étapes de son parcours et nous introduit de manière vivante à la pratique de l'anthropologie et à une " écologie des relations ".

  • Près de 600 notices, une équipe de 126 auteurs venus de vingt pays et réunissant les meilleurs spécialistes de Pierre Bourdieu, sociologues, politistes, philosophes, historiens, anthropologues, littéraires... Par sa dimension collective, internationale et interdisciplinaire, ce Dictionnaire renouvelle en profondeur l'état des savoirs sur l'auteur de sciences sociales aujourd'hui le plus cité au monde.

    Les entrées portent aussi bien sur les concepts, objets de recherche, méthodes, disciplines et courants intellectuels avec lesquels Bourdieu a dialogué, que sur ses auteurs de prédilection et ses rapports avec ses contemporains, ses ouvrages, les revues, éditions, associations qu'il a fondées, les événements marquants comme la guerre d'Algérie, Mai 68, les grèves de 1995, ainsi que les principaux pays de réception de son travail (de l'Europe à la Chine et au Japon en passant par l'Amérique latine, les États-Unis et le monde arabe). S'y trouvent également abordés, entre autres aspects biographiques, la passion de Bourdieu pour le rugby ou son aspiration de jeunesse à devenir chef d'orchestre, ses relations avec ses professeurs (Raymond Aron, Georges Canguilhem, Jules Vuillemin), les groupes qu'il a créés, sans oublier ses engagements politiques, qu'il concevait sous la forme d'un " intellectuel collectif ". Forme que ce dictionnaire incarne aussi à sa façon...

    Comité éditorial :

    François Denord, Julien Duval, Mathieu Hauchecorne, Johan Heilbron, Franck Poupeau

    Coordination éditoriale :

    Hélène Seiler

  • Fleuve le plus puissant au monde après l'Amazonie, le Congo draine un immense bassin partagé entre neuf États. Il a donné son nom à deux d'entre eux. Au cœur d'une histoire tumultueuse qui mit en contact les sociétés d'Afrique équatoriale et l'Europe, soumis à une exploitation coloniale brutale, il n'a cessé d'être convoité pour ses richesses naturelles. " Potentiellement " riches, les pays riverains du grand fleuve comptent en réalité parmi les plus pauvres du monde.

    Ce paradoxe de la puissance contrariée, tant par la nature qui a coupé le fleuve de son ouverture atlantique que par le cours d'une histoire souvent chaotique, constitue le fil conducteur d'un voyage fascinant aux pays du Congo. L'auteur les a parcourus durant trois décennies. Il en montre les mutations comme les freins au développement, et interroge les promesses de l'or blanc, de l'or vert, de l'or bleu. Il livre en six tableaux le fruit d'une réflexion sans tabou, murie au carrefour de la géohistoire, de l'anthropologie économique, de la politique, de la culture et des arts. Cet essai de géographie globale propose des clés essentielles pour comprendre la complexité du bassin du Congo dans son rapport au monde.

  • Le 27 juillet 1942, ce cri est lancé par le philosophe et résistant Valentin Feldman aux soldats allemands qui s'apprêtent à le fusiller. Si le mot est devenu célèbre, on en a oublié son inventeur.

    Né à Saint-Pétersbourg, réfugié en France après la révolution russe, Feldman est un élève brillant, qui décroche la première place de l'épreuve de philosophie au Concours général en 1927. Neuf ans plus tard, il publie le seul essai paru de son vivant, L'Esthétique française contemporaine. Ses proches se nomment alors Claude Lévi-Strauss, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir ou Georges Politzer.

    Confronté aux enjeux intellectuels et politiques de son temps (antifascisme, soutiens au Front populaire et à l'Espagne républicaine, etc.), le jeune homme s'engage volontairement en 1939 sous l'uniforme français. Stationnant à Rethel, il entame son Journal de guerre, un document irremplaçable sur l'effondrement de mai-juin 1940.

    Français d'adoption, juif et communiste, Valentin Feldman est de ceux qui s'engagent immédiatement contre l'occupant nazi. Nommé professeur à Dieppe, il lance un journal clandestin, L'Avenir normand. Rattrapé par le statut des juifs de Vichy, il est exclu de l'enseignement à l'été 1941 et bascule dans la clandestinité. Arrêté en février 1942 après un sabotage, il est mis à l'isolement, torturé puis condamné à mort par un tribunal militaire allemand.

    Avec Valentin Feldman disparaît l'un des intellectuels les plus prometteurs de sa génération, dont les prémices de l'œuvre future, avortée, seront repris par d'autres : " Il n'y a d'héroïsme que dans l'acte qui engage la vie, qui la place d'emblée, et simplement, spontanément même, à la limite de l'être et du néant. [...] Tout le reste est littérature ", écrivait-il dans son Journal en août 1941.

  • L'anti-démocratie est-elle le nouveau visage de l'avenir ? Les régimes iranien, russe et turc aimeraient sans doute le faire accroire.

    Derrière une façade démocratique, tous trois donnent à voir une même fuite en avant. Culte d'un chef infaillible investi d'une " mission historique " ; " pureté " de la nation trop longtemps humiliée et volonté de revanche face à un Occident corrupteur ; mobilisations de la religion ; organisation d'un État parallèle fondé sur les liens personnels, la corruption et l'accaparement des ressources ; développement d'un appareil sécuritaire pour répondre à une paranoïa savamment entretenue vis-à-vis des " ennemis extérieurs et intérieurs " ; institutionnalisation d'une réalité alternative sur laquelle les faits n'ont plus de prise...

    Plongée stupéfiante au cœur des logiques de radicalisation des régimes autoritaires, cette comparaison aiguisée entre l'Iran, la Russie et la Turquie de ce début de xxie siècle est un puissant avertissement pour nos démocraties qui doutent d'elles-mêmes.

  • Qu'elle provienne du Canard enchaîné, des Guignols de l'info ou de Dieudonné, la satire frappe et scandalise. Elle bouscule les normes sociales et dérange le politique en usant d'armes singulières : le comique, l'exagération et la caricature. Distincte du simple pamphlet, elle est d'abord un genre littéraire et artistique dans lequel le satiriste oppose ses valeurs morales à une réalité qu'il juge absurde.

    Les attentats contre Charlie Hebdo de 2015, les polémiques à répétition au sujet de dessins de presse et de certains registres humoristiques révèlent que la satire se situe sur une ligne de crête : dénonçant les travers de la société ou le ridicule de certains comportements, elle est souvent accusée de mépriser les plus faibles et de tourner en dérision les choses les plus sacrées. En réunissant historiens, juristes, philosophes, politistes, sociologues et linguistes, cet ouvrage offre un large regard sur la pratique satirique, sur les contraintes qui l'entourent et les conditions qui la rendent possible, notamment les contours de la liberté d'expression. Il examine la façon dont la satire se construit entre conventions artistiques et règles juridiques, comment elle a évolué dans ses formes, ses contenus et ses stratégies depuis le XIXe siècle jusqu'à ses usages politiques récents, en particulier pendant les élections présidentielles de 2017.

    Alors qu'elle doit désormais jouer avec un nouvel " esprit de censure ", la satire montre qu'elle est depuis bien longtemps l'art périlleux de choisir ses cibles.

    Avec les contributions de Marc Angenot, Paul Aron, Laurent Bihl, Marlène Coulomb-Gully, Laurence Danguy, Philippe Darriulat, Marie Duret-Pujol, Guillaume Grignard, Pierre-Emmanuel Guigo, Guy Haarscher, Olivier Ihl, Dominique Lagorgette, Jacques Le Rider, Nelly Quemener, Denis Saint-Amand, Carole Talon-Hugon, Léa Tilkens, Dominique Tricaud et David Vrydaghs.

  • " Chacun sait que la publicité cible prioritairement notre cerveau reptilien. " L'affirmation issue des colonnes d'un grand quotidien français témoigne du succès de la notion proposée par le neuroscientifique américain Paul D. MacLean au tournant des années 1960. Elle s'inscrit dans une théorie générale du cerveau qui rapporte à une part archaïque de notre héritage évolutif un ensemble d'attitudes " primaires " : instinct sexuel, défense du territoire, agressivité...

    Tôt considéré comme erroné puis obsolète sur le plan scientifique, le " cerveau reptilien " n'en a pas moins connu une formidable carrière, retracée ici dans une enquête qui conjugue une étude de sa formulation, des analyses de ses circulations ou réappropriations – d'Arthur Koestler à Michel Onfray, en passant par Alain Resnais – et une ethnographie de certains cercles thérapeutiques invitant aujourd'hui encore, pour vivre mieux, à accepter le " crocodile " dissimulé en nous.

    Pourquoi et comment se diffuse une théorie fausse ? Cas limite, le " cerveau reptilien " permet d'envisager à nouveaux frais la question de la diffusion des savoirs dans la culture, et ainsi des rapports entre science et société.

  • Été 1815 : Napoléon quitte une dernière fois le sol français, exilé dans la lointaine île de Sainte-Hélène. Immédiatement des rumeurs se répandent. L'Empereur a-t-il réellement capitulé ? Ne prépare-t-il pas la reconquête du pays ? D'ailleurs, n'est-il pas déjà sur le continent ?

    Été 1815 : Napoléon quitte une dernière fois le sol français, exilé dans la lointaine île de Sainte-Hélène. Immédiatement des rumeurs se répandent. L'Empereur a-t-il réellement capitulé ? Ne prépare-t-il pas la reconquête du pays ? D'ailleurs, n'est-il pas déjà sur le continent ? Certains prétendent l'avoir vu et aidé, d'autres disent même avoir mangé à sa table...

    Aussitôt apparaissent ici et là sur le territoire des mystificateurs qui se font passer pour l'Empereur lui-même : ils sont vagabond, instituteur, colporteur ou homme d'Église et parcourent les campagnes françaises à la recherche d'argent ou de reconnaissance...

    Les personnalités au destin exceptionnel ont toujours provoqué ce type de fraude, que racontent déjà les historiens antiques. Mais une figure aussi colossale que Napoléon peut-elle être, quelque temps à peine après son abdication, facilement imitée ? Et surtout, le pouvoir royal fraîchement restauré peut-il laisser faire s'il veut asseoir efficacement son autorité ?

    Ces usurpations d'identité, loin de n'être qu'anecdotes en marge de la Grande Histoire, sont puissamment révélatrices du climat de l'époque. Elles donnent à voir les préoccupations, les attentes, les craintes des populations, surtout rurales. Mais ces faux Napoléon constituent aussi un reflet de la représentation populaire de l'Empereur, et leurs aventures témoignent du souvenir qu'il a laissé dans l'esprit public.

  • En Syrie, terre de passage depuis des millénaires, chaque civilisation a laissé sa trace et des milliers de sites y sont répertoriés. Ce n'est cependant qu'à la fin du XVIIe siècle que des Européens commencent à s'intéresser à ces vestiges. La description de Palmyre par le pasteur Halifax en 1691, puis celle des " antiquaires " Robert Wood et James Dawkins en 1751, ainsi que le récit de voyage de Richard Pococke en 1737, sont à l'origine d'un véritable engouement pour les ruines syriennes. Jusqu'au milieu du XIXe siècle, aventuriers et érudits n'hésitent pas à s'aventurer dans des régions inexplorées, comme le Hauran ou la vallée de l'Euphrate.

    Aux voyageurs succèdent les savants pour étudier ce riche patrimoine et éclairer une histoire mal documentée. Le mandat exercé par la France sur la Syrie et le Liban après la Première Guerre mondiale entraîne l'ouverture de multiples chantiers archéologiques et épigraphiques dont beaucoup étaient encore actifs en 2011. À cette date, une vingtaine de missions internationales œuvraient à exhumer et à mettre en valeur un patrimoine exceptionnel. Mais les destructions et pillages massifs occasionnés par dix ans de guerre y ont depuis causé des pertes irréparables.

    L'auteur nous raconte cette aventure archéologique haute en couleur et ses principales découvertes depuis le XVIIe siècle.

  • Deux tours monumentales, une majestueuse galerie des rois, des voûtes aériennes portées par une structure d'une légèreté inédite : Notre-Dame, monument-clé de l'histoire de France, est aussi un parangon de l'art gothique. Une cathédrale dont le terrible incendie du 15 avril 2019 a ému la terre entière.

    Pour saisir sa profonde singularité, Dany Sandron, familier du monument depuis plus de vingt ans, nous livre les clefs des premiers siècles de cet édifice. Dans cette passionnante synthèse, il nous en offre une étude globale, à la fois historique, artistique et sociale. Revenant sur sa construction, ses acteurs, notamment les artistes et artisans, et les ressources mobilisées, il nous introduit dans les différents mondes qu'elle domine : le palais épiscopal de Maurice de Sully, le cloître des chanoines et l'hôtel-Dieu. Il souligne aussi, en spécialiste du Paris médiéval, les liens étroits de la cathédrale avec la ville et au-delà avec le diocèse dont elle est l'église-mère. Notre-Dame entretient également des relations privilégiées avec la royauté capétienne qu'elle magnifie dans une savante mise en scène. Elle sert enfin de référence majeure à l'action édilitaire des souverains et de leurs alliés jusqu'au début du règne de Saint Louis.

    Dans ce réseau complexe qui associe la cathédrale à tous les niveaux de la société médiévale, c'est l'esprit de Notre-Dame qui nous est révélé.

  • " L'art, c'est la création propre à l'homme ", aime-t-on répéter avec Victor Hugo. Est-ce à dire pour autant que la capacité à apprécier la beauté du monde est exclusivement réservée à notre espèce ? Mais alors comment comprendre, par exemple, que le paon mâle ait développé, pour courtiser les femelles, une queue si voyante et volumineuse qu'elle en diminue ses propres chances de survie ?

    Cet apparent paradoxe est au cœur de la réflexion de Charles Darwin, qui donne au sens proprement esthétique à l'œuvre dans la sélection sexuelle animale une place cruciale dans l'évolution du vivant. Bousculant les présupposés de la philosophie de l'art autant que les attentes de ses disciples, il pose ainsi les fondements d'une histoire naturelle de l'esthétique, riche de surprises et de perspectives nouvelles.

    De la fameuse expédition du naturaliste anglais sur le Beagle aux travaux les plus récents des sciences cognitives, en passant par les apports de l'archéologie préhistorique, de l'anthropologie, de la psychologie expérimentale et même de l'ornithologie, cette enquête interroge le passage du sens esthétique animal à la naissance de l'art et révèle le rôle décisif de la beauté dans notre propre évolution.

    Présentation de Jean-Marie Schaeffer

    Traduit de l'italien par Sophie Burdet

  • La France a une relation particulière avec les coups d'État. C'est chez elle, au début du xviie siècle, que le terme a été créé ; elle est aussi l'un des pays d'Europe qui en a connu le plus. Mais avec le temps, la signification du coup d'État a bien changé. De manifestation éclatante et louable de l'autorité royale, il est devenu synonyme, depuis 1789, de captation illégale du pouvoir par un homme ou un groupe, agissant par surprise et avec violence. Si tout le monde peut aujourd'hui s'entendre sur cette définition, il est beaucoup plus difficile d'établir avec certitude quels événements de notre histoire contemporaine y répondent.

    Le coup d'État est très vite devenu moins un concept qu'un élément de la polémique politique, à laquelle les historiens ont parfois eu du mal à échapper. Comment par exemple étudier les débuts de la Cinquième République en faisant abstraction du " coup d'État permanent " dénoncé par François Mitterrand ? L'auteur examine les variations et utilisations de ce concept tout sauf neutre. Il s'attache à décrire les coups d'État de référence, mais également ceux qui ont échoué, ceux qui n'en étaient pas vraiment, et nombre d'événements qui ont pu être qualifiés comme tels, au moins à un moment donné, par certains contemporains ou historiens.

    Du 18 Fructidor au putsch d'avril 1961, en passant par le célèbre coup d'État du 2 décembre 1851, l'auteur nous invite à découvrir l'histoire de ces objets politiques mouvants et à revisiter notre passé avec un regard original.

  • Qu'est-ce que qui fait société ?

    Ce ne sont ni les rapports de parenté, ni les rapports économiques, mais bien les rapports politico-religieux (les rites d'initiation, les institutions, les valeurs, etc.). L'analyse de ces rapports politico-religieux est essentielle à la compréhension des identités en conflit... ces identités plus que jamais réaffirmées et revendiquées avec l'entrée dans l'économie capitaliste mondialisée. Pour mieux saisir les grands enjeux actuels de notre monde globalisé et fracturé, l'anthropologie est plus utile que jamais.

  • Du Discours du Caire, adressé en 2009 par Barack Obama à un " monde musulman " dont il présupposait l'unité, à la prolifération des " dialogues interreligieux pour la paix ", la religion apparaît aujourd'hui comme centrale dans les relations internationales. Cette perception débouche sur des initiatives politiques présentées comme autant d'antidotes face aux troubles attribués au " retour du religieux " dans l'espace mondial.

    Pourtant, contrairement à ce que laisse entendre le mythe d'un système international sécularisé, les dieux n'ont jamais cessé d'être mêlés aux affaires du monde. En Europe même, où la souveraineté de l'État s'est formée contre l'autorité de l'Église, les relations entre religion et politique sont restées imbriquées. Dans le monde postcolonial, des mobilisations à dimension religieuse ont souvent formé un ressort de l'accès à l'indépendance et donc une condition de l'acquisition de la souveraineté.

    La longue ignorance de cette " part des dieux " a laissé place, à partir des années 90, à une surinterprétation du retour du religieux dans l'analyse des relations internationales. Le succès des représentations confessionnalisées du désordre mondial et des initiatives politiques qui s'en sont inspirées, souvent en réponse à différents avatars de la thèse du " choc des civilisations ", a eu un effet auto-réalisateur : elle a incité des acteurs qui échappaient jusqu'alors aux labels religieux à les mobiliser stratégiquement. C'est au prisme du terrain indonésien notamment que l'auteure étudie cette évolution, tout en s'attachant à montrer l'autonomie d'individus et de sociétés échappant aux assignations d'identités religieuses uniformisantes.

  • Si les changements environnementaux liés à l'humanité ne font aucun doute, leur ampleur et leurs conséquences ne sont pas si faciles à évaluer. Pour le savant, il s'agit d'établir les liens de causalité et les impacts avec le plus de précision possible, puis de poser un diagnostic. Le présent dictionnaire s'appuie sur le concept récent d'" anthropocène ", qui a le mérite, qu'on l'approuve ou non, de relancer la réflexion sur les rapports entre nature et société, entre constat scientifique et action politique, à travers une approche spatiale et territoriale. Procédant de façon critique, et fruit d'une démarche collective, cette vaste entreprise éditoriale se fonde sur une pratique de terrain, attentive aux détails et méfiante à l'égard des discours pré-établis.

    Parmi les 330 notices, plusieurs thèmes sont au cœur des débats contemporains (biodiversité, changement climatique...), d'autres se réfèrent à des courants de pensée (écoféminisme, transhumanisme...). Les concepts mobilisés abordent des questions politiques (capitalocène, justice environnementale...), philosophiques (catastrophes, Gaïa...), ou épistémologiques (finitude, population...). Des notions classiques sont réinterrogées (nature, ressource...), tandis que des concepts sont précisés (biosphère, écosystème...).

    D'autres notices discutent de mécanismes environnementaux (érosion, tsunami...), de pratiques récentes (agroécologie, ville durable...), de phénomènes territorialisés (déforestation, désertification...) ou d'artefacts (aéroport, autoroute...). Certaines examinent des lieux emblématiques (Amazonie, Fukushima...). D'autres, enfin, offrent un regard original sur l'anthropocène, sa faune (chien, ours...), ses mutations socio-économiques, institutionnelles ou politiques (biopiraterie, ZAD...).

    Un dictionnaire de référence sur un concept devenu incontournable.

    Ce dictionnaire a été coordonné par

    le groupe Cynorhodon comptant 16 géographes :

    Frédéric Alexandre, Fabrice Argounès, Rémi Bénos, David Blanchon, Frédérique Blot, Laine Chanteloup, Émilie Chevalier, Sylvain Guyot, Francis Huguet,

    Boris Lebeau, Géraud Magrin, Philippe Pelletier, Marie Redon,

    Fabien Roussel, Alexis Sierra, Didier Soto.

  • La poésie américaine dite " moderniste ", malgré l'influence qu'elle exerça sur de nombreux écrivains français, malgré la place acquise par ses auteurs dans le canon mondial, demeure relativement peu connue en France. Qu'est-ce que le " modernisme ", et comment se manifeste-t-il en littérature ? Comment la poésie qui s'y voit associée se pense-t-elle et s'y réinvente ? Existe-t-il une spécificité américaine au sein d'un modernisme qui comptait parmi ses traits saillants le dédain des frontières et la circulation réticulaire des œuvres et des idées ?

    C'est un parcours de lecture, jalonné de nombreuses citations, que nous propose cet ouvrage, en prenant comme point focal la première génération de poètes modernistes américains, nés à la fin du xixe siècle et actifs, aussi bien aux États-Unis qu'en Europe, jusque dans les années suivant la Deuxième Guerre mondiale.

    Tout en s'efforçant de clarifier la généalogie et le devenir des différents mouvements (imagisme, vorticisme, objectivisme), il s'attache aux pas de figures singulières parfois bien identifiées, parfois plus discrètes : Ezra Pound, Gertrude Stein et T. S. Eliot bien sûr, mais aussi William Carlos Williams, H. D., Wallace Stevens ou Marianne Moore.

    Une bibliographie en fin de volume permettra au lecteur curieux de repérer les éditions des textes originaux et leurs traductions françaises et de s'orienter dans la critique.

  • Tant que le théâtre est en crise, il se porte bien ", assurait Jean Vilar à la fin des années 1960. Provocation, boutade de cet homme de théâtre ? Bien au contraire, comme le montre cet essai qui renouvelle l'histoire des spectacles et contribue, plus largement, à une histoire sociale, culturelle et politique de la nation.

    Les discours autour de la " crise du théâtre ", qui trouvent leurs prémices au siècle des Lumières, se déploient particulièrement à partir des années 1890, en lien avec l'industrialisation du secteur et la concurrence d'autres formes de loisirs. L'auteure étudie les discours eux-mêmes, leurs auteurs, et les acteurs qui les véhiculent, mais aussi et surtout, leurs effets dans les pratiques.

    Car ces discours, parfois mortifères et nauséabonds, puisant dans des registres pluriels – moral, politique, esthétique, économique ou social – ont profondément modifié les catégories de jugement, les répertoires, les comportements, les goûts des spectateurs et les politiques publiques.

    L'auteure consacre ses recherches à la France, qui entretient des relations passionnées avec le théâtre, tout en esquissant des comparaisons avec d'autres pays européens.

    Si ces discours de crise se sont ainsi perpétués, c'est aussi – et tel n'est qu'un des nombreux paradoxes apparents de cette histoire – parce qu'ils ont permis de forger une unité de groupe et de procurer une légitimité à ce petit monde, avant tout masculin, qui aime la controverse.

    Ce livre permet ainsi d'éclairer sur la longue durée les questionnements actuels autour des sentiments déclinistes.

  • Puissance globale ou acteur européen ? Référence culturelle mondiale ou nation oubliée ? Le rang de la France dans le monde, ainsi que sa marge de manœuvre, posent aujourd'hui de nombreuses questions.

    Les bouleversements géopolitiques récents, comme la montée en puissance de l'Asie, le Brexit ou le développement de populismes illibéraux, impliquent la redéfinition de l'action extérieure de la France. Du couple franco-allemand à l'alliance atlantique, en passant par le rapport aux Suds marqué par l'héritage colonial, c'est toute la relation de la France à ses voisins plus ou moins proches qui est étudiée ici. Les instruments à sa disposition sont aussi passés au crible : l'outil diplomatique, la compétence militaire, bien sûr, mais aussi la promotion de son modèle laïc.

    Un livre pour mieux comprendre et penser le rôle international de la France, adapté aux temps qui viennent.

  • La question des origines s'est toujours posée à l'humanité. Longtemps, ce passé nébuleux a fait l'objet de constructions plus proches des mythes et légendes que d'une quelconque histoire de l'homme. C'est au xixe siècle que le mot " préhistoire " est entré dans le langage courant. Pour autant, les horizons qu'il évoque ne sont pas les mêmes selon qu'on est adulte ou enfant, spécialiste ou néophyte. Des désirs différents y résonnent. Ils contribuent à donner toute sa richesse et sa complexité à l'idée de préhistoire aujourd'hui.

    La préhistoire des préhistoriens est très concrète, forgée à partir d'indices matériels qu'ils réunissent à la manière de détectives. Malgré l'absence de documents écrits, cette très longue durée est mieux comprise grâce aux techniques fines de fouille, aux progrès des datations et de l'analyse des vestiges. Anthropologues, philosophes, psychanalystes et historiens portent sur la préhistoire un œil plus distancié. Artistes et écrivains y voient un monde perdu, un âge d'or, à moins qu'elle ne soit pour eux le miroir déformant de notre propre société. Autant de visions qui se nourrissent mutuellement.

    Ont collaboré à cet ouvrage préhistoriens, historiens, philosophes, anthropologues, psychanalystes, spécialistes d'histoire de l'art et de littérature, mais aussi des médiateurs, des artistes et des écrivains comme Renaud Ego, Maylis de Kerangal, Zad Moultaka et Jean-Loup Trassard, qui ont accepté de raconter leur rencontre avec la préhistoire.

  • Phénicien, araméen, hébreu, grec, latin, étrusque, berbère, arabe, turc, espagnol, italien, français : ces langues du pourtour méditerranéen nous parlent de l'histoire de ce continent liquide. Elles sont d'abord la trace des empires et puissances qui se sont succédé en Méditerranée, mais aussi celle du commerce des hommes, des idées et des denrées, qui ont constitué cet espace en un ensemble homogène. Ce livre se fondant sur une approche sociolinguistique et géopolitique, prend donc les langues, " linguae nostrae ", comme le fil rouge de cette histoire. Car les langues et les mots ont une mémoire. Ils sont le témoin des interactions, des conquêtes, des expéditions, des circulations. Que ce soit dans les emprunts, la sémantique, les alphabets, ou la toponymie, les traces des échanges au sein de cette mare nostrum sont nombreuses. Du voyage d'Ulysse aux migrations d'aujourd'hui, en passant par les croisades et les échelles du Levant, ces langues ont façonné et habité la Méditerranée, au rythme des événements historiques qui l'ont marquée, et qui en font le laboratoire de l'humanité depuis plus de 3 000 ans.

  • Qu'est-ce qu'un rapport social ? Y a-t-il une " essence " de l'homme ? Quels sont les différents systèmes de parenté ? Que nous apprend la mort sur la vie des hommes ? Quels sont, tout compte fait, aux yeux de l'anthropologue, les fondamentaux de la vie sociale ?

    Abordant ces questions qui constituent à la fois l'objet des enquêtes de terrain et le coeur de la réfl exion des sciences sociales, Maurice Godelier identifi e notamment cinq préconditions de l'existence qui dessinent une " nature humaine ", à laquelle s'ajoute toujours le caractère imprévisible et ouvert du devenir historique.

    Soulignant les apports de sa discipline pour la compréhension des sociétés humaines dans leur diversité, Maurice Godelier revient de manière vivante sur les grands jalons de ses recherches, défend à la fois distanciation méthodologique et sens de l'engagement, et dresse, à rebours d'un certain discours post-moderne, un portrait de l'anthropologue en savant de l'humanité toute entière.

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