Presses Universitaires du Septentrion

  • La commémoration du centenaire de la Grande Guerre a donné lieu à de nombreuses publications. L'économie n'a pas été oubliée. Mais la perspective est souvent restée très nationale. Cet ouvrage s'intéresse à l'économie du principal adversaire et perdant, l'Allemagne. Lui non plus n'était pas préparé à une guerre longue. Lui aussi s'est trouvé pris dans la contradiction entre mobiliser toutes ses forces sur le front et préserver la main-d'oeuvre pour assurer l'approvisionnement par l'arrière. L'État, avec un poids plus fort du pouvoir militaire en Allemagne, s'en est également mêlé de plus en plus, sans aller jusqu'à remettre en cause complètement l'initiative privée. La défaite finale était largement inscrite dans la disproportion initiale des ressources, aggravée par l'entrée en guerre des États-Unis. Les contributions des meilleurs spécialistes allemands, du charbon à l'agriculture, en passant par l'aéronautique ou la chimie, sont discutées ici par leurs homologues français.

  • Dès le Haut Moyen Âge, la cour de France observe une pratique qui frappe par son ampleur et sa persistance à travers les siècles : elle se déplace régulièrement d'une résidence à l'autre et traverse parfois le pays entier dans le cadre de grands voyages. Ce mode de vie a laissé des témoignages émerveillés des contemporains qui assistaient au passage d'un cortège dont la taille pouvait atteindre 14 000 personnes. Peu étudiée, cette pratique du pouvoir est au coeur du présent ouvrage qui explore la mobilité royale sur le temps long et dans une perspective comparative. Il permet de mieux appréhender les effets de l'itinérance sur la vie politique et sociale ainsi que sur la cour royale qui en a été profondément marquée. L'histoire des déplacements est révisée grâce à une étude statistique inédite portant sur cinq siècles ; ses particularités émergent d'enquêtes dédiées à d'autres cours européennes et à la mobilité de grands courtisans. En s'inscrivant dans la recherche sur les pratiques du pouvoir, les dix-huit études réunies dans cet ouvrage proposent un regard neuf sur une tradition indissociable de l'histoire politique française et européenne.

  • Maître-mot du mouvement ouvrier, concept clé pour nombre de théoriciens socialistes, l'association cristallise dans l'Europe du xixe siècle les aspirations à une réorganisation plus juste et égalitaire du travail. Permettant de penser la liberté contre le libéralisme, l'association des travailleurs peut être ainsi appréhendée comme l'expérience en actes d'un pouvoir d'agir collectif et autonome des ouvriers et des ouvrières. Mais c'est aussi un phénomène pluriel. Cet ouvrage vise donc à déconstruire l'objet « association ouvrière » pour rendre compte de la myriade d'expériences concrètes qui se trouvent regroupées sous ce terme. Les contributions rassemblées éclairent les prémisses en France de l'association de travailleurs et de travailleuses sous la monarchie de Juillet, son âge d'or lors de la révolution de 1848, et la multiplication des expérimentations associatives en Europe et au-delà jusqu'à la fin du siècle.

  • De quoi les enfants souffrent-ils ? Où les soigner et les accueillir ? Comment et quand les vacciner ? Dans la théorie et la pratique médicales, le souci de l'enfance a une histoire, non linéaire et aux multiples facettes, que ce livre veut explorer. Il montre, à travers une série d'éclairages variés et détaillés, la manière dont la conscience d'une spécificité de l'enfant a contribué à modeler la médecine depuis l'époque moderne. Les enfants sont tour à tour, de la part des parents, des médecins ou de l'État, objets de curiosité scientifique, de sollicitude ou encore d'inquiétude. Des études savantes, que viennent enrichir les témoignages de deux médecins, font se croiser l'histoire de la pensée médicale, des pratiques vaccinales, de l'architecture hospitalière et des institutions de la santé publique. Les textes de cet ouvrage sont issus d'un colloque tenu en septembre 2018 à l'Université de Picardie Jules Verne et à l'Académie nationale de médecine.

  • La révolution de 1848 a des origines politiques : le refus de la réforme électorale par le roi Louis-Philippe et son ministre Guizot. Or sous la monarchie de Juillet, la Chambre des députés avait aussi son mot à dire. Les députés étaient désignés par une minorité d'électeurs censitaires et accordaient leur confiance aux ministres du roi. Il s'est trouvé qu'en 1846, les élections législatives donnèrent au gouvernement une solide majorité parlementaire. Et celle-ci partagea les vues du roi sur la réforme électorale. Toute la question est donc de savoir si les élections ne furent pas corrompues et si ces députés une fois élus soutinrent Guizot sans menace ou intimidation. L'étude montre que l'osmose était profonde entre cette majorité et le gouvernement de Louis-Philippe au point qu'on peut se demander si ce n'était pas elle qui imposait ses vues à ce dernier. Aussi par dérision, la presse d'opposition qualifia ces députés ministériels de « satisfaits ».

  • En quoi l'horizon est-il un concept central de la phénoménologie husserlienne ? Si elle n'est pas neuve, cette thèse n'a, chez les commentateurs successifs, cependant pas encore reçu de véritable justification. Ce livre veut montrer qu'elle ne la recevra qu'en embrassant simultanément le problème de l'horizon et celui de la phénoménologie husserlienne comme telle. Car comment justifiera-t-on la centralité d'une notion dans une philosophie, sans déterminer le centre d'une telle philosophie - centre à partir duquel seulement on peut fixer de façon motivée l'importance de cette notion ? Et comment apprécier le sens et la fonction de l'horizon dans la phénoménologie de Husserl sans avoir défini le principe de cette dernière ? L'horizon comme problème ne peut donc être déterminé que dans le cadre d'une entreprise phénoménologique dûment définie. En retour, on verra comment l'histoire de ce concept contribue à porter un regard neuf sur l'histoire de la phénoménologie husserlienne elle-même.

  • L'habitat participatif est traité dans cet ouvrage par une articulation d'approches avec l'objectif d'inscrire l'analyse dans un cadre à même de nourrir la réflexion sur l'urbanité. De la sorte, il est appréhendé autant par une sociologie de la ville, en tant que rapport à l'espace et à autrui, que par une prise en compte de l'action publique et des aspirations à limiter les processus d'individualisation propres à nos sociétés contemporaines. Il est le fruit d'une équipe constituée en 2013 pour répondre à un appel à projet Recherche-citoyen qui associe le Clersé (UMR 8019-Université de Lille-CNRS), Eco Habitat Groupé et le CEREMA dans un dispositif soutenu par la Région portant sur le thème de L'habitat participatif, essor de nouvelles formes de rapport à la ville. La dynamique des trois partenaires repose sur la volonté d'aborder à nouveaux frais, et par une analyse distanciée, les questions fondamentales attachées à cette forme d'habitat que bon nombre de ses usagers définissent par la volonté de participer ainsi pleinement à la vie de la cité. Partant de la volonté de combiner recherche, engagement militant et expertise, sans confondre les registres de réflexivité, il est écrit à plusieurs mains pour traiter de ces différentes dimensions.

  • Cet ouvrage collectif veut montrer que, contrairement à l'idée reçue, Mai 68 a exercé une influence à la fois rapide, profonde et durable sur la littérature. Non seulement les écrivains se sont engagés dans l'action à l'instar de Blanchot ou Duras, mais le mouvement a inspiré aux romanciers, poètes et dramaturges, témoins ou acteurs de Mai, une écriture contemporaine ou quasi contemporaine de l'événement, ainsi que le prouvent les exemples de Merle, Lainé, Gary, Heidsieck, etc. Dans ce livre sont analysés en outre la place prise par Mai 68 dans l'imaginaire littéraire des générations antérieures (Leiris, Aragon, Malraux) et postérieures (Quintane, le collectif Inculte) ainsi que le rôle joué par Mai 68 dans une série de mutations littéraires, telles que l'émergence d'une écriture féminine revendiquant sa spécificité (Duras, Rochefort), ou la structuration institutionnelle de genres jusque-là réputés mineurs comme la science-fiction ou le roman noir.

  • Les « potagers », au sens large de cultures alimentaires mises en oeuvre par des citoyens, figurent dans une grande variété de mouvements, d'initiatives et de mobilisations citoyennes, au caractère contestataire plus ou moins affirmé. Débordant aujourd'hui largement le cadre d'usages privés au sein de l'économie domestique, potagers et agricultures urbaines symbolisent la réinvention du quotidien et des modes de subsistance dans les villes. On peut y voir également une re-politisation de l'alimentation et des approvisionnements urbains. L'institutionnalisation de ces mouvements pose toutefois question : lorsque les gouvernements des villes s'en saisissent, est-ce pour favoriser l'écologisation des modes de vie ou de nouvelles modalités du contrôle social ? Cet ouvrage s'attache à rendre compte de la multiplicité des formes de militantisme qui recourent aux cultures nourricières, en soutenant l'idée que se jouent, dans ces rapports d'opposition plus ou moins marqués, des « conflits d'urbanité » et des enjeux démocratiques et sociaux plus larges.

  • Image évocatrice, objet convoité, enjeu de pouvoir, la carte dessine le monde. Outre les géographes-cartographes, de nombreux chercheurs, stimulés par sa puissance de représentation, l'utilisent afin de répondre à quelques-unes des interrogations de la société actuelle. La diversité des points de vue, des regards et des usages scientifiques, par conséquent la multiplicité des questionnements, se combine à la profondeur historique des références en apportant au lecteur curieux du monde des éléments de compréhension spatiale de processus, de circonstances, d'événements et de concepts propres à l'humanité. La carte, vivante et mouvante, est un reflet de l'imaginaire et la représentation d'un réel. Depuis l'Antiquité, les représentations de la Terre instaurent des mondes successifs, en jouant avec la géométrie, les distances et les formes, les plans et les volumes. Inscrites dans le temps, les cartes intègrent les temps de la terre et des sociétés. De nouvelles cartographies réinventent le monde du xxie siècle.

  • Avec cette histoire condensée de la Suisse, Thomas Maissen délivre la nouvelle vue d'ensemble longtemps attendue. S'appuyant sur les recherches les plus actuelles, il décrit de manière fluide l'émergence de la Confédération suisse, son extraordinaire continuité, mais aussi les nombreuses lignes de fractures qui la traversent jusqu'à aujourd'hui. Comment se sont formés les ligues fédérales et les mythes fondateurs ? Pourquoi la Confédération, divisée entre catholiques et protestants, n'a-t-elle pas éclaté ? La guerre du Sonderbund était-elle nécessaire pour que naisse, en 1848, un État fédéral moderne ? Pourquoi Hitler n'a-t-il pas conquis la Suisse en juin 1940 et comment la Suisse se positionne-t-elle dans l'Europe et le monde au xxie siècle ? Si l'interprétation de l'histoire suisse est controversée depuis plusieurs années à l'intérieur du pays, elle a aussi été remise en question par des critiques venues de l'extérieur. Rédigée avec clarté, cette synthèse solide et exhaustive met au jour les racines historiques du régime politique actuel de ce pays plurilingue au coeur de l'Europe. Dans sa version allemande, cet ouvrage de référence en est à sa sixième édition. La présente traduction en propose une version remaniée et actualisée.

  • L'intensification et l'amplitude des migrations internationales à l'aube du xxie siècle placent l'Europe devant de nouveaux défis. Au coeur d'un système migratoire d'ampleur inédite, il lui faut d'urgence élaborer une stratégie visionnaire pour assurer ou refonder sa cohérence. Condition préalable : la compréhension de son passé migratoire récent. Fondé sur les derniers résultats de la recherche, ce livre explore les articulations complexes entre mobilités, migrations et constructions identitaires en contexte transnational. Les migrations étudiées ici dans plusieurs aires géographiques d'Europe et jusqu'en Israël sont appréhendées dans leur dimension culturelle, économique ou ethnographique, mais aussi historique et politique. Ainsi rassemblés, les articles proposés par des auteurs de diverses nationalités marquent l'état de la réflexion scientifique et constituent un observatoire pertinent dans le contexte contemporain d'une Europe inquiète, marquée par « la crise des réfugiés ». Ce livre vise à nourrir la réflexion politique et civile sur la question migratoire.

  • Parmi les oeuvres qui inaugurent le « tournant linguistique » de la pensée contemporaine, l'Herméneutique de Schleiermacher (1768-1834), théologien, philosophe, philologue, selon les catégories de l'époque, tient une place essentielle. Conçue en pleine expansion de l'idéalisme allemand, mais pour une large part contre lui, elle développe la première théorie du discours individuel et définit les méthodes de compréhension qui lui sont appropriées. L'observation minutieuse des mécanismes du langage y va de pair avec une analyse étonnamment actuelle de leurs incidences sur le processus de formation de la formation subjective. Entièrement revue et augmentée de deux textes sur la critique philologique, cette traduction intègre les corrections philologiques et chronologiques de l'édition critique.

  • En dépit de sa taille réduite, de sa population d'un million d'habitants, Djibouti est parvenu en quelques années à acquérir une notoriété internationale. Cette notoriété peut surprendre. Le pays bénéficie d'un positionnement stratégique essentiel dans la Corne de l'Afrique. Un héritage qui s'est imposé à ses dirigeants et à la société politique djiboutienne. Ce positionnement, à l'entrée du Golfe d'Aden entre la mer Rouge et l'Océan indien, demeure un outil primordial pour sécuriser les soutiens politiques, économiques et militaires des puissances. On peut néanmoins chercher dans les choix djiboutiens les fondements d'une stratégie visant à exploiter ce positionnement. Il nous a paru que Djibouti est un cas singulièrement intéressant, et ce particulièrement pour l'étude des politiques étrangères de petits États. Celui-ci nous invite donc à nous intéresser à la puissance des États de petite taille et à leur capacité à exploiter leur positionnement géographique malgré leur taille.

  • Au cours du règne de Charles III, la création de nouvelles juridictions transforma l'empire espagnol : une vice-royauté, deux capitaineries générales, trois Audiencias et des intendances presque partout aux Indes réorganisèrent le maillage impérial. Ce moment est unique dans l'histoire de la monarchie espagnole par l'ampleur des réformes adoptées. Mais plus que les réformes elles-mêmes, c'est la naissance d'un nouveau système de gouvernement des Indes qu'examine cet ouvrage. Sa chronologie (1765-1787) se confond avec la visite générale de José de Gálvez en Nouvelle-Espagne, puis avec sa nomination, en 1776, au Secrétariat d'État des Indes. L'étude du réseau de José de Gálvez, sur près de 30 ans, permet de saisir la naissance d'un nouveau système de gouvernement et de voir comment logique réticulaire et réformes étaient étroitement mêlées.

  • « Chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de soi-même ». Et si ce constat dressé par Marcel Proust pouvait également s'appliquer à ce lecteur collectif qu'est l'espace de réception, dans le cadre d'un transfert culturel littéraire ? L'observation de la diffusion, de la réception et de la traduction de l'oeuvre de Proust au Brésil permet d'appréhender les mutations culturelles que connaît le pays dans la première partie du xxe siècle. On découvre que cette oeuvre importée y est lue en rapport avec les différents espaces culturels du pays, et on comprend alors de quelle manière À la recherche du temps perdu devient dans ces Brésils un classique littéraire. En partant de la circulation littéraire, on mesurera le rapport des élites brésiliennes avec les interlocuteurs fantômes que sont durant la période la France et sa vie culturelle. Cette circulation de Proust est un révélateur qui offre une radiographie des milieux intellectuels brésiliens du premier xxe siècle.

  • Créés en même temps que les lycées de garçons en 1802, les proviseurs se retrouvent au coeur de la vaste réorganisation du système éducatif engagée par Napoléon Bonaparte. Ils appartiennent à un corps qui se construit progressivement, par la volonté de l'État, tout au long du xixe siècle et qui atteint son apogée sous la iiie République. Fonctionnaires de l'encadrement intermédiaire, issus très majoritairement du monde de l'enseignement, de plus en plus fréquemment agrégés, les proviseurs sont environ 1 200 à exercer jusqu'en 1914 (parmi lesquels 108 prêtres). Être proviseur, c'est, tout à la fois, diriger un établissement scolaire, servir l'État et affirmer son rôle d'éducateur pour former la jeunesse. Hommes de terrain, au contact avec une multitude d'acteurs au quotidien dans et en-dehors du lycée, leur travail est considérable. Ils sont aussi au coeur des enjeux sociaux et politiques de leur époque, devant faire vivre une culture républicaine et laïque.

  • Les cartes sont au coeur de l'action publique et des dynamiques qui la façonnent. Instruments de réforme politique et territoriale, supports de représentation des problèmes publics, vecteurs de conflits et de mobilisations citoyennes, elles constituent un objet central pour les sciences sociales. Cet ouvrage pluridisciplinaire interroge les usages politiques des cartes, à travers une perspective multiniveaux et par la confrontation entre différents secteurs (politiques de la ville, gestion de l'eau, éducation, aménagement, santé et réforme administrative). À partir d'enquêtes approfondies et originales, les chapitres montrent que les cartes de l'action publique contribuent à la constitution, à la représentation et à la légitimation d'autorités politiques et de territoires, participent de la construction négociée ou conflictuelle des problèmes publics, et constituent des vecteurs de changement de l'action publique tout autant qu'elles en sont des miroirs.

  • Dans Aristote au Mont-Saint-Michel, Sylvain Gouguenheim prétend réfuter ce qu'il nomme une vulgate : le rôle des Arabes dans la formation de l'Europe latine. Celle-ci aurait reçu la pensée grecque de chrétiens orientaux puis des traducteurs gréco-latins. Ce livre amène les médiévistes à s'interroger sur la méthode historique et la déontologie des historiens, en adoptant différents points de vue : histoire de la philosophie et des sciences, histoire sociale, codicologie (Jacques de Venise)... Al-Kindi et al-Farabi sont de remarquables connaisseurs d'Aristote ; Avicenne a accompli une percée décisive en métaphysique par la distinction de l'essence et de l'existence ; en mathématiques et sciences physiques, la créativité des auteurs arabophones est, pour les spécialistes, incontestable. Quant au rôle d'intermédiaire attribue au Mont-Saint-Michel, il relève de la fable : Gouguenheim ignore tout de la production et de la circulation des manuscrits. Qu'un éditeur prestigieux ait fait paraitre un pareil livre conduit les médiévistes à s'interroger sur la formation et la diffusion de leur savoir : eux dont les recherches sont financées par des fonds publics, doivent se faire entendre des qu'un dès leur divague. Le présent ouvrage introduit de la rationalité et de la sérénité dans les débats interculturels. Il s'adresse à ceux qu'intéressent le dialogue des cultures, aux professeurs du secondaire qui, charges d'un enseignement sur ce thème, ont été déconcertés.

  • À la lumière des découvertes archéologiques récentes de production de sel dans le nord de la Gaule, ce livre rassemble une série de contributions montrant la variété des approches pour l'étude du sel. En effet, l'exploitation du sel depuis les Temps anciens correspond avec la sédentarisation des hommes. L'imagination déployée par les populations pour produire le sel indispensable à la vie peut être perçue à travers divers prismes. La géologie nous offre l'occasion de comprendre la formation du sel et de mieux repérer les lieux d'exploitation de cet élément précieux que l'on appelle aussi l' « or blanc ». L'archéologie et l'histoire nous aident à percevoir les modes de production et de commercialisation du sel. Les usages du sel sont variés (salaisons, usage médical...). En outre, si la conversation « ne manque pas de sel », ce sont les auteurs antiques qui ont adopté les jeux de mots de la gamme piquante et relevée du sel. Enfin, le commerce du sel a fait la richesse et contribué au rayonnement de nombreuses villes au fil des siècles.

  • Les changements importants que le monde du travail est en train de vivre ces dernières années ont encouragé la réflexion historiographique autour de la précarité et de la flexibilité professionnelles. Loin d'être un trait exclusif des sociétés actuelles, la mobilité des travailleurs a aussi caractérisé l'époque moderne. Les traces de cette mobilité professionnelle, vécue aussi bien comme condition d'instabilité que comme opportunité de promotion sociale, se retrouvent partout, dans les archives des institutions étatiques, des tribunaux, des corps de métier, des instituts d'assistance et des familles. Le présent ouvrage réunit neuf essais qui offrent, à la lumière des récents débats historiographiques, autant de points de vue sur la mobilité professionnelle, en montrant l'intérêt et la complexité du phénomène. Les stratégies des acteurs face à l'intermittence du travail, la défense de la mobilité professionnelle en tant que ressource, le rapport entre mobilité professionnelle et mobilité géographique figurent parmi les nombreux thèmes abordés.

  • En 1914, la résistance de la place-forte de Maubeuge fut la plus longue. Elle suscita une vive polémique politico-militaire autour du gouverneur Fournier, laissant cours à deux légendes : l'investissement par 60 000 Allemands et si « Maubeuge avait tenu 24 h de plus » le sort de la guerre eut été changé. Le journal du viie CAR de von Zwehl publié en 1921, ignoré pendant un siècle et retrouvé à Zurich consultable grâce à une traduction et une étude critique, met en évidence les erreurs d'estimation du plan Schlieffen, la présence de 25 000 Allemands, les retards d'approvisionnement en munitions, la perte de 25 à 30 % des effectifs du viie CAR à l'issue de sa marche forcée le 13 septembre au matin sur le Chemin des Dames. L'édition de cette source, ignorée pendant un siècle, est complétée par des extraits des rapports des généraux von Bülow et von Kuhl sur le contexte militaire et deux articles de journaux mettant en avant la puissance de l'artillerie lourde. Il appartiendra au public de mesurer la réflexion de Jean Jaurès : « Dans les grandes plaines du Nord... qu'y-a-t-il pour répondre ? Le seul camp retranché de Maubeuge, un îlot surnageant dans une grande nappe d'invasion ! »...

  • Savons-nous ce que nous faisons quand nous lisons des textes ? Savons-nous ce que nous comprenons quand nous devenons des lecteurs ? Ces questions iconoclastes sont rarement posées car elles dérangent et viennent perturber nos rapports aux oeuvres, aux arts et à la pensée tels qu'ils s'expriment dans les textes. C'est donc bien le problème du sens d'un texte qui se pose alors même qu'il passe comme allant de soi parce que ne faisant que très rarement l'objet d'une interrogation de la part des lecteurs que nous sommes. Nous lisons donc comme si la signification des oeuvres n'était pas la question centrale. L'oeuvre du philologue Jean Bollack n'hésite pas à poser ces questions encore et toujours nouvelles dans notre modernité. Lors d'échanges approfondis avec le philosophe Patrick Llored sur ce que lire veut dire, il livre son discours de la méthode philologique en explicitant les enjeux de son travail d'interprétation d'une multitude d'oeuvres appartenant à de nombreux genres littéraires tout comme à la pensée lorsqu'elle prend la forme universelle de la philosophie. Littérature, théâtre, poésie et philosophie font dans ce volume unique l'objet de cette nouvelle manière de déchiffrer les oeuvres. C'est toute notre culture qui prend ainsi un sens nouveau, toujours ancré dans l'histoire, sens partageable avec l'humanité qui peut s'approprier les oeuvres de manière rationnelle.

  • La traduction est aujourd'hui omniprésente et indispensable pour permettre la communication entre les peuples et les cultures. C'est pourtant une activité multimillénaire, qui n'a pas toujours revêtu les mêmes formes ni connu les mêmes enjeux. L'histoire de la traduction, partie intégrante de la discipline que l'on appelle la traductologie, permet de mieux cerner les contextes culturels dans lesquels s'inscrit la traduction et de suivre l'évolution des réflexions concernant cet objet polymorphe. Dans cet ouvrage publié à titre posthume, le chercheur internationalement reconnu qu'est Michel Ballard nous livre le fruit de ses dernières réflexions et apporte un nouvel éclairage sur la place de la traduction dans l'Antiquité, en tenant compte des publications récentes dans le domaine. La période examinée va de l'Égypte ancienne à saint Jérôme, en passant par la Mésopotamie, la Grèce, l'époque ptolémaïque et Rome.

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