Gallimard

  • Luc Boltanski et Arnaud Esquerre restituent le mouvement historique qui, depuis le dernier quart du XXe siècle, a profondément modifié la façon dont sont créées les richesses dans les pays d'Europe de l'ouest, marqués d'un côté par la désindustrialisation et, de l'autre, par l'exploitation accrue de ressources qui, sans être absolument nouvelles, ont pris une importance sans précédent. L'ampleur de ce changement du capitalisme ne se révèle qu'à la condition de rapprocher des domaines qui sont généralement considérés séparément - notamment les arts, particulièrement les arts plastiques, la culture, le commerce d'objets anciens, la création de fondations et de musées, l'industrie du luxe, la patrimonialisation et le tourisme. Les interactions constantes entre ces différents domaines permettent de comprendre la façon dont ils génèrent un profit : ils ont en commun de reposer sur l'exploitation du passé. Ce type d'économie, Boltanski et Esquerre l'appellent économie de l'enrichissement. Parce que cette économie repose moins sur la production de choses nouvelles qu'elle n'entreprend d'enrichir des choses déjà là ; parce que l'une des spécificités de cette économie est de tirer parti du commerce de choses qui sont, en priorité, destinées aux riches et qui constituent aussi pour les riches qui en font commerce une source d'enrichissement. Alors l'analyse historique revêt, sous la plume des auteurs, une deuxième dimension : l'importance, l'extension et l'hétérogénéité des choses qui relèvent désormais de l'échange ouvrent sur une critique résolument nouvelle de la marchandise, c'est-à-dire toute chose à laquelle échoit un prix quand elle change de propriétaire, et de ses structures. La transformation, particulièrement sensible dans les États qui ont été le berceau de la puissance industrielle européenne, et singulièrement en France, devient indissociable de l'analyse de la distribution de la marchandise entre différentes formes de mise en valeur. On comprend d'entrée que cet ouvrage est appelé à faire date.

  • 'Au printemps 1968, dans les rues de Paris, une révolution de la révolution a donc eu lieu, juge Blanchot, qui nous invite à vivre et à penser
    les luttes politiques hors de tout horizon d'une prise de pouvoir, en accord avec l'injonction marxienne à "la révolution en permanence".'
    Jean-François Hamel et Éric Hoppenot.

  • "Dans cette anthologie, Mai 68 apparaît sous une forme paradoxale : intense et insignifiant, vivant et disparu, haï et regretté, utopie réaliste qui demande l'impossible, phénomène contradictoire qui agrège tous les imaginaires du temps sans jamais s'y limiter. Mais sa force réside encore aujourd'hui dans cette force de subversion et cette capacité de saper tout ce qui croyait pouvoir durer et qui, depuis, se sait provisoire. Une brèche fut ouverte. Mai aura cette année cinquante ans. L'âge des pères qu'il giflait, l'âge largement dépassé de la génération à laquelle il a donné son nom. Le temps de métamorphoser à force de discours la plaie en cicatrice."
    S. Doudet

  • La meilleure façon de saisir une société, c'est de comprendre ses obsessions. La nôtre est obsédée par la célébrité. Ce livre cherche à comprendre pourquoi, et comment, la notoriété est devenue un objectif suprême. À cet égard, il s'est produit plus qu'une évolution : une révolution. Comment le narcissisme a-t-il pu ainsi triompher de l'humilité ? Certes, jadis, la gloire était encensée. Mais la célébrité n'est pas la gloire, les people ne sont pas des héros. Tenter de saisir cette rupture, c'est saisir la nature de notre époque. Pourquoi les people suscitent-ils autant d'attrait ? Leur présence dépasse aujourd'hui de loin la presse spécialisée. Ils ont envahi Internet, et même les journaux les plus sérieux se penchent aujourd'hui sur leur sort. Alors que les people ne sont célèbres que pour leur célébrité, l'attention dont ils bénéficient ne cesse de croître. Cet essai vise à comprendre un tel paradoxe. Pour ce faire, il convoque un univers bien éloigné de celui de Nabilla et de Justin Bieber : celui des sociologues qui, de Weber à Simmel, se sont attachés à expliquer la modernité. Car les people constituent le parfait résumé de notre époque. Comprendre le rôle qu'ils jouent auprès de nos contemporains permet de mieux comprendre notre société. Ce nouveau culte de la célébrité pour elle-même révèle la condition des anonymes, depuis l'individualisme contemporain jusqu'au consumérisme. À travers le people, c'est le peuple qui est éclairé.

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